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Accueil des rapatriés, l’Etat marche au diesel

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image L'affiche du centre d'accueil des rapatriés. Le centre n'existe que sur l'affiche - Roberson ALphonse

Si les rapatriements massifs n’ont pas encore commencé, des immigrants illégaux haïtiens, par peur de représailles de la part des ultras dominicains, prennent le chemin du retour. Pour le moment, l’accueil de l’Etat marche au diesel à Belladère et à Malpasse où le centre destiné aux rapatriés n’existe que dans un poster.

Zone neutre, entre Haïti et la République dominicaine. Chaleur moite, arbres figés. Le tenant d’un « colmado », peu après-midi, ce dimanche 21 juin 2015, fait jouer une Bachata. Le speaker vomit des notes et un refrain. Encore un souffre-douleur à la guitare abandonné par sa dulcinée dont la vie est devenue un enfer sans amour. A six pas, sous des bâches sales, quelques clients d’un resto de fortune finissent un repas, un « awoze ». Entre des taxis motos, à moins de dix mètres de l’entrée d’Elias Piñas, une truie, deux porcelets et une chèvre déambulent. Scène ordinaire ici.

Dans le décor, il ne manque que les rapatriés, volontaires ou non, nombreux  à entrer en Haïti par ce point de passage pendant cette semaine de toutes les peurs après l’expiration le 17 juin du PNRE. « Pour beaucoup, ils sont des rapatriés volontaires trimbalant leurs effets. Lits, matelas, ustensiles de cuisine », confie Laguerre Jean Erié, cambiste, bien calé sur une chaise en bois. Mais les autres, ceux raflés et largués les mains vides, sans un sou à la frontière, on cotise pour leur donner de l’argent pour qu’ils rentrent chez eux. « L’Etat ne les aide pas », raconte-t-il, dépité par le sort fait aux Haïtiens, « pourtant utiles à des agriculteurs dominicains ».

Quelques chauffeurs de taxis motos vantent la débrouillardise de certains rapatriés. Ils ne comptent sur personne, surtout pas l’Etat, balance l’un d’eux. Pour le moment, confie un motard, un camion Ede Pèp avait distribué des plats chauds à des rapatriés. Hubert Supplice, employé de la douane rencontré au sous-commissariat de police quasi vide de Carizal, confirme. « Oui, un camion Ede Pèp était venu », ajoute-t-il, sans pouvoir communiquer de chiffre sur le nombre de rapatriés.

Personne ne peut dire combien de personnes ont été rapatriées et qui elles sont. Il n’y a que des estimations subjectives. Le bureau de l’immigration, contigu aux installations des douanes, est fermé. Il semble n’avoir pas été utilisé ces jours-ci. Enfin si, par les chèvres qui ont déféqué à l’entrée. Il était impossible aussi de trouver des infos auprès du bureau régional Centre de l’ONM. Exigu, on pourrait prendre ce bureau pour des sanitaires s’il n’y avait pas d’indications sur une façade quelque peu lézardée. Les fonctionnaires sont absents en ces temps de crise.

L’Etat ne donne pas de moyens à l’ONM et pour l’instant, mis à part les réunions, il n’y a rien de concret dans la prise en charge des rapatriés par les autorités publiques, confie Carmel Merisca, responsable du centre du GARR à Mateguasse, quartier de Belladère. Pendant toute la semaine, on a vu passer des rapatriés volontaires, explique-t-elle, soulignant en avoir reçu 16 cas. Des rapatriés forcés, certains détenteurs de la résidence dominicaine et d’autres du document d’inscription au PNRE, raconte Carmel Merisca. Elle n’a encore recensé aucun cas d’apatridie.

A Malpasse, à deux heures et demie de route en voiture, Cicéron Colon, un camionneur, déplore l’absence de l’Etat dans l’accueil des rapatriés et le fait que ceux-ci soient expulsés les mains vides, sans pouvoir récupérer le peu d’économie accumulée. A Fond-Bayard, entre Malpasse et Fond-Parisien, il y a des rapatriés cette semaine. Il y a 63 personnes, membres de 16 familles recensées, révèle Micot Charles, gilet fluorescent estampillé protection civile. Ces rapatriés viennent de Neiba, de Barahona. Tous ou presque reconnaissent leur statut d’illégaux. Parmi eux, beaucoup d’enfants en guenille. Pour toute preuve de naissance en République dominicaine, une mère dans la vingtaine montre la carte de vaccination de son fils, né, dit-elle, en République dominicaine. La naissance avait eu lieu chez elle et non à l’hôpital.

Les yeux scrutant le ciel, une autre mère semble être ailleurs. Casquette rouge vissée sur la tête, Gislaine Sénatus raconte son rafle. Elle rentrait du travail. Elle avait un passeport haïtien périmé. Ce jour-là, l’immigration lui est tombée dessus. « Il y avait dix autres Haïtiens et moi », explique-t-elle. Sans dire adieu à ses trois enfants, elle s’est retrouvée en Haïti, accueillie par le pasteur St Ulysse Sinas qui a mis un toit sur sa tête. Le pasteur appelle à l’aide, à la solidarité envers ces compatriotes, ces réfugiés économiques et environnementaux.

Sur la route de Malpasse, juste à côté des baraquements construits pour la douane, il y a une affiche du ministère de la Défense, corps du génie « Centre d’accueil des rapatriés ». Pour le moment, il n’y a aucun centre. Deux camions, un tracteur et une excavatrice sont sur place. « Nous sommes là », confie un jeune homme en uniforme. Il n’en sait pas plus, en fin d’après-midi, alors que le chef du gouvernement était en réunion pour planifier des interventions sur le terrain. Pour le moment, selon les informations communiquées dans la presse, une enveloppe de 50 millions de gourdes est disponible pour effectuer des opérations d’aide aux rapatriés. Dans des zones plus éloignées, non loin d' Anse-à-Pitre, ils ont été plus de 600 à traverser la frontière pour revenir en Haïti.

Roberson Alphonse Source Le Nouvelliste



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