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Le gouvernement Trudeau accusé d'ignorer des migrants haïtiens

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image Des migrants haïtiens coincés à Tijuana au Mexique Photo : Radio-Canada/Jonathan Castell

Des leaders de la communauté haïtienne de Toronto déplorent le peu de cas que semble faire le gouvernement Trudeau de leur demande d'aider des migrants haïtiens coincés au Mexique. L'élection de Donald Trump les a forcés à renoncer à leur rêve d'immigrer aux États-Unis.

Amikley Fontaine, le président de la Fondation Sylvénie-Lindor, ne mâche pas ses mots. « C’est peut-être, je dirais, un mépris de la part du gouvernement fédéral à la communauté haïtienne canadienne. »

« Mépris » : le mot est lâché. Malgré le caractère délicat de la situation, Amikley Fontaine n’a pu le retenir, même si lui et son coéquipier, Rony Désir, coordonnateur de la Maison d’Haïti du Grand Toronto, savent qu’ils doivent être prudents.

C’est que les deux hommes militent depuis plusieurs mois pour que le gouvernement canadien accepte de laisser entrer au pays des migrants haïtiens coincés au Mexique, particulièrement dans la ville frontalière de Tijuana.

Un excès de franchise leur fermera-t-il des portes?

Deux poids, deux mesures?

Surtout qu’on commence à chuchoter dans la communauté haïtienne. Les gens s’interrogent, comparent l’aide consentie par le gouvernement Trudeau aux réfugiés syriens et l’absence de réponse dans le dossier des Haïtiens de Tijuana.

« C’est ce que tout le monde dit, ça, c’est sûr, raconte-t-il. Parce que quand on écrit au gouvernement, on n’a pas de réponse. »

L’impression qu’on a, c’est qu’on est abandonnés, qu’on ne veut pas nous aider.

 Rony Désir, coordonnateur de la Maison d’Haïti du Grand Toronto

Amikley Fontaine renchérit : « Je crois que c’est peut-être une négligence par rapport à une certaine communauté. Parce que lorsque d’autres communautés sont en difficulté, on voit que le gouvernement fédéral s’active pour leur venir en aide. »

Le dossier leur tient à coeur. Selon plusieurs organisations caritatives à pied d’oeuvre à Tijuana, plusieurs milliers d’Haïtiens sont coincés dans cette ville du Mexique, tout près de San Diego, en Californie.

Leur histoire n’est pas banale, mais elle est peu connue.

La récession en cours au pays de la samba les a poussés à nouveau sur la route de l’exil. Plusieurs milliers d’entre eux ont remonté toute l’Amérique latine grâce à des réseaux de passeurs, pour finalement aboutir à Tijuana.

Le refuge Padre Chava accueille les migrants haïtiens à Tijuana. Photo : Radio-Canada/Jonathan CastellDes migrants devant un refuge à Tijuana

Le refuge Padre Chava accueille les migrants haïtiens à Tijuana. Photo : Radio-Canada/Jonathan Castell

Radio-Canada a constaté sur place la grande présence d’Haïtiens dans un des quartiers les plus chauds de la ville, la Zona Norte, où les refuges qui aident normalement les Mexicains les plus démunis ont fait une place grandissante aux migrants haïtiens ces derniers mois.

Ces personnes qui sont coincées à Tijuana [...], ce sont nos frères, ce sont nos cousins, ce sont des membres de nos familles.

 Amikley Fontaine, président de la Fondation Sylvénie-Lindor

« Ces personnes vivent là-bas des situations extrêmement difficiles, surtout les jeunes qui sont exposés à la drogue, à la violence, tout ça. Ça nous interpelle », ajoute-t-il, clairement dépité.

Même inquiétude aux États-Unis?

Coïncidence : une avocate américaine d’origine haïtienne a elle aussi entrepris des démarches l’automne dernier pour alerter le gouvernement canadien.

Me Soeurette Michel, avocate spécialiste des droits de la personne, a elle-même écrit au bureau du premier ministre Trudeau en novembre.

Deux mois plus tard, on lui a signifié que son courriel avait été transféré au bureau du ministre de l’Immigration. Aucune nouvelle depuis.

Me Michel a même écrit à l’ambassade canadienne à Port-au-Prince. Dans un courriel du 7 novembre, l’avocate informe l’ambassadrice canadienne à Port-au-Prince, Paula Caldwell St-Onge, de la crise de plus en plus grave que vivent les Haïtiens à Tijuana.

Maitre Soeurette MichelLettre de Me Soeurette Michel à l’ambassadrice Paula Caldwell St-Onge

«  Je sais qu’il y a peu de chance que nous ayons une réponse positive », écrit Me Michel à l’ambassadrice, mais je crois en la générosité des Canadiens en général et à la vôtre en particulier.

«  Je vous demande humblement si le Canada pourrait au moins accepter les femmes et les enfants pour leur procurer un meilleur avenir. Rien ne vous oblige à nous aider, par exemple en soumettant l’idée à votre gouvernement, mais tout ce que vous pourrez faire pour nous sera grandement apprécié. »

Jointe par Skype à la fin de mars à Miami, Soeurette Michel était clairement déçue par les réponses minimalistes du gouvernement canadien.

« On sait pertinemment qu’il y a des migrants d’autres pays qui entrent au Canada de manière plus facile que les Haïtiens, que le Canada ouvre ses portes pour accueillir ces gens à titre d’immigrants ou de réfugiés. Mais pour les Haïtiens, on n’a jamais eu de réponse concrète au sujet de ce qui peut se faire. »

La réponse du gouvernement

Questionnée par Radio-Canada au sujet des demandes de la communauté haïtienne, une représentante du ministère de l’Immigration a expliqué comment les ressortissants étrangers peuvent être admis à titre de réfugiés.

« Pour venir au Canada comme réfugié, il faut faire l’objet d’une recommandation du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), d’une autre organisation de recommandation désignée, ou d’un groupe de répondants du secteur privé », nous a expliqué par courriel Nancy Chan, porte-parole du ministère de l’Immigration. « Personne ne peut présenter une demande d’asile directement à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. »

Mme Chan n’a toutefois pas répondu à notre question au sujet de la rencontre avec le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussein, réclamée par des représentants de la communauté haïtienne.

Amikley Fontaine parle de la réponse du fédéral qui se fait attendre

Justin Trudeau, le seul espoir?

Pour l’instant, malgré toutes les tentatives effectuées par les leaders de la communauté haïtienne de Toronto, seul le député libéral fédéral de Bourassa, Emmanuel Dubourg, a accepté de mettre une rencontre à son horaire.

Ni le ministre des Affaires mondiales Canada, ni Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada n’ont accepté de rencontrer Amikley Fontaine et Rony Désir.

Les deux hommes gardent quand même espoir. Selon eux, le tweet envoyé par Justin Trudeau le 28 janvier, en réponse au premier décret de Donald Trump sur l’immigration, est un signe que leur cause trouvera éventuellement une oreille attentive.

Justin Trudeau avait alors écrit « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera », ajoutant au passage le mot-clic « #BienvenueAuCanada ».

28 Jan

 Justin Trudeau ✔ @JustinTrudeau

À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera...

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...indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force. #BienvenueAuCanada

3:19 PM - 28 Jan 2017

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C’est après cette déclaration que tous ces migrants se sont tournés vers le Canada, dit Amikley Fontaine. « Avant ces gens [...] ne savaient pas où aller. Mais quand le premier ministre a lancé l’invitation, ils se sont tous tournés vers le Canada. [...] Donc comme c’est le premier ministre lui-même qui avait lancé la chose, nous on attend une réponse de la part du premier ministre », explique-t-il.

Rony Désir pense que ce message montre que le gouvernement canadien peut apporter son aide aux migrants haïtiens. Il ne perd pas espoir. « Je sais aussi, à cause de ce qu’il a fait, que le premier ministre est quelqu’un de très ouvert, qui va pouvoir nous aider. Je pense que c’est une question de temps [...]. Je suis optimiste et je crois en mon gouvernement. Je sais qu’une réponse positive va arriver bientôt. »

Reportage de Radio Canada



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