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Suppression du TPS et coupe drastique de l’aide américaine à Haïti

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image Donald Trump

Au lieu d’être le « meilleur champion » des Haïtiens comme il l’avait promis à Little Haiti lors de la campagne pour la présidentielle des Etats-Unis, Donald Trump est devenu le pire cauchemar de 58 706 ressortissants haïtiens détenteurs du TPS. A compter du 22 juillet 2017, ceux-ci  disposent d’une « extension » de six mois pour se préparer à  quitter les Etats-Unis le 22 janvier 2018 au plus tard, a annoncé une communication de John Kelly, responsable du Homeland Security, lundi 23 mai 2017. 

La République d’Haïti, a souligné John Kelly, a fait des « progrès dans plusieurs domaines depuis le séisme de 2010 ». Il a évoqué la fermeture de 98 % des camps de sinistrés du séisme, le retrait de la Minustah, l’annonce de la reconstruction du palais national et évoqué, contrairement aux chiffres de la Banque mondiale, la croissance de l’économie haïtienne. La communication des services de John Kelly a  souligné que la décision d’accorder une extension de six mois a été prise après une « analyse attentive des conditions en Haïti » et de « conversations directes avec le gouvernement haïtien » qui a exprimé le désir d’accueillir ses ressortissants dans un proche futur.  

Déception, choc et clarification

« Je suis déçue par la décision de Homeland Security et choquée par la déclaration de Kelly que cette décision a été prise soi-disant en collaboration avec le gouvernement haïtien », a confié au journal Marlène Bastien mardi en fin d’après-midi. Brûlant d’envie de savoir qui au sein du gouvernement a parlé à John Kelly et le contexte des propos évoqués, l’activiste, qui souligne que le gouvernement haïtien n’a pas été capable d’accueillir comme il se doit des milliers de ses ressortissants expulsés de la République dominicaine, tance les autorités haïtiennes. Pour Marlène Bastien, elles ne font pas ce qu’il faut en termes de lobbying, de plaidoyer comme les responsables nicaraguayens pour leurs ressortissants, bénéficiaires aussi du TPS. 

Favorable à une extension de 18 à 24 mois, la responsable de Fan m Ayisyen nan Miami doute que la lettre du président Jovenel Moïse au président Donald Trump sollicitant l’extension du TPS pour au moins 18 mois soit arrivée à temps. La bataille va continuer ; son association est assaillie par des appels téléphoniques d’Haïtiens plongés dans l’angoisse, a expliqué Marlène Bastien, qui ne croit pas à un changement de cap de l’administration Trump quand il s’agira de faire l’évaluation de cette extension à la fin de l’année. 

Paul Altidor : la position du gouvernement n’a pas changé

La position du gouvernement haïtien n’a pas changé. Il a sollicité une extension d’au moins 18 mois pour les ressortissants haïtiens bénéficiant du TPS. Lors des conversations avec le secrétaire John Kelly, ceci a toujours été clairement explicité, a confié au journal l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, qui a voulu dissiper toute « confusion » provoquée par la communication de Homeland Security. Les discussions avec le gouvernement américain sur le TPS vont continuer, a poursuivi l’ambassadeur Altidor, qui indique que la lettre du président Jovenel Moïse au président Donald Trump n’est pas arrivée à temps. Cependant, sa teneur était connue par la Maison-Blanche. « Il y a des discussions en cours pour qu’il y ait une conversation téléphonique entre le président haïtien Jovenel Moïse et son homologue Donald Trump. Ils ne parleront pas que du TPS », a confié au journal l’ambassadeur Paul Altidor. 

John Kelly pourrait visiter Haïti

« Il n’y a juste aucune façon pour Haïti d’absorber dans six mois le retour de 60 000 de ses ressortissants », a indiqué le sénateur démocrate Bill Nelson, lundi. C’est comme avaler d’un coup une grosse portion de nourriture, a poursuivi Bill Nelson. Le sénateur démocrate a confié avoir demandé à John Kelly une extension de 18 mois. John Kelly, a révélé le sénateur Bill Nelson, cité par le Miami Herald, planifie de se rendre en Haïti pour rencontrer des officiels haïtiens. Le sénateur républicain Marco Rubio s’est félicité d’avoir sollicité et obtenu de la Maison-Blanche cette extension de six mois, cependant, de passage à Miami, le journal Le Nouvelliste a pu palper l’angoisse des Haïtiens. « Dieu seul sait ! Tant de familles risquent d’être déchirées », a laché une Haïtienne lors d’une conversation sur le sujet à l’aéroport de Fort Lauderdale mardi matin. Elle s’est mise à douter des politiciens et des promesses non tenues. 

Edwidge Danticat, un autre leadership pour éviter les humiliations

« Malgré les recommandations de journaux américains, de groupes d’élus américains, de citoyens et de religieux, le gouvernement américain a malheureusement décidé d’une extension de six mois », a indiqué la romancière Edwidge Danticat, soulignant qu’il est possible que le TPS soit éliminé pour nos frères et sœurs. « Nous continuons la lutte dans l’espoir d’un autre avenir pour nos frères et sœurs dans l’éventualité de l’arrêt de ce programme », a-t-elle indiqué, appelant les autorités haïtiennes et la société dans son ensemble à la construction de conditions nécessaires pour que les Haïtiens n’aient à subir tant d’humiliation. Qu’il s’agisse des USA ou de République dominicaine, a poursuivi Edwidge Danticat, contactée mardi soir par le journal Le Nouvelliste.

Michel Martelly : "Haïti n’est pas l’enfer"

L’ex-président haïtien, Michel Martelly, qui s’est exprimé à l’ONU sur le partenariat public-privé, a dit qu’en dernier ressort, Haïti a besoin d’échanges commerciaux et non d’aide. Il a remercié les Etats-Unis pour l’aide à Haïti après le séisme du 12 janvier. Michel Martelly a indiqué qu’il aurait souhaité voir une extension de 18 mois du TPS pour les Haïtiens afin de donner le temps au nouveau gouvernement de passer à l’action et matérialiser ses promesses. « Je sais que la fin de ce programme peut effrayer  certains mais  c’est une façon de les réveiller pour qu’ils fassent des choses…Haïti n’est pas l’enfer. C’est un bel endroit et un pays ne fait pas les gens, ce sont les gens qui font un pays », a ajouté Michel Martelly, cité par le Miami Herald. « Je veux que mes compatriotes haïtiens prennent en charge leurs vies. En retournant en Haïti, en aidant à créer une meilleure Haïti, ils créeront un meilleur peuple », a dit l’ex-président Michel Martelly. 

Trump coupe et coupe

Entre-temps, mardi, le nouveau projet de budget de Donald Trump propose de couper 33,4 millions des 191 millions de dollars alloués à l’USAID pour l’exercice 2016-2017. Cette coupe budgétaire, si elle est approuvée par le congrès américain, n’aiderait pas l’économie haïtienne déjà dans une situation difficile, a commenté l’économiste Kesner Pharel, évoquant, entre autres, l’impact de l’ouragan Matthew. Les dommages de près de 3 milliards de dollars ont fait plus de pauvres dans le pays, a expliqué l’économiste, qui, contrairement à John Kelly, ne considère pas le retrait de la MINUSTAH comme un indicateur de recouvrement d’Haïti après le séisme du 12 janvier 2010.

Contactez un avocat d’immigration

Me Lody Jean, président de l’Association des avocats haïtiens, a recommandé aux concernés de voir un avocat d'immigration afin de connaître leurs options. La situation de chaque détenteur du TPS est différente. Il y a ceux qui sont entrés légalement, ceux qui ne le sont pas et finalement ceux qui ont fait l'objet d'un ordre définitif de déportation, a-t-elle souligné lors d’une causerie sur le thème « Connaissez vos droits », vendredi dernier  à l’initiative de Fan m Ayisyen nan Miami et de l’Association des avocats Haïtiens. "Qu'est-ce qui se passe si le pire arrive? Si l'on déporte les gens qu'on aime? Ce sont des familles qui seront divisées", a indiqué Me Adonia Simpson, soulignant l'urgence d'avoir un plan, une stratégie. Cette stratégie, à côté des actions en justice, par devant des juges de l'immigration, consiste aussi à montrer que les détenteurs du TPS travaillent, paient leurs taxes. Par exemple, ils sont 500 à travailler à Disney dans l'Etat de la Floride. Ils possèdent aussi des entreprises. Le syndicat "Union" des travailleurs de l'Etat de la Floride reconnaît l'apport important de la communauté haïtienne, les détenteurs du TPS à l'économie de cet Etat, a indiqué Adonis Simpson. 

Pour Me Marlon A Hill , le TPS n'est pas une "une charité" faite aux Haïtiens. Il reflète les "valeurs américaines" de solidarité vis-à-vis de ressortissants d'autres pays en difficulté. Il faut, a-t-il appelé, convaincre le peuple américain de la nécessité de renouveler le TPS. Le climat est lourd, pesant pour les détenteurs du TPS. Ces temps-ci, il y a des patrouilles de l'immigration dans les rues. Ce sont des choses que l'on voyait dans le temps, dans les années 80, a confié Edwidge Danticat, romancière d'origine haitienne de renommée internationale, modératrice à cette causerie. « Il y a des gens dans la communauté qui ont peur. J'utilise ma voix pour ceux qui ne s'expriment pas par crainte de représailles »,  a souligné Edwidge Danticat, qui se voit "comme un pont", le porteur du message de dizaines de milliers de personnes qui veulent continuer à vivre aux USA. 

« Je suis un exemple vivant de l'intégration des Haïtiens et je veux le renouvellement du TPS. Je suis, de par mon histoire, très intéressé et très impliqué », a indiqué Jean Monestime, élu depuis 2010 au poste de maire ascesseur (commissioner) du district 2 North East regroupant  North Miami (Little Haiti), North Miami Beach, Biscayne Garden et Liberty City. Cet Haïtien d'origine, voyageur clandestin, est arrivé par bateau en Floride il y a 37 ans. « Je suis un modèle d’intégration », a-t-il mis en avant à un moment où le rêve américain semble s’éloigner pour des dizaines de milliers d’Haïtiens.

Roberson Alphonse source le nouvelliste


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