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Un prêtre haïtien dénonce un "trafic de personnes" à grande échelle

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image Brésil Père Onac Axenat, d’Haïti

Rio Branco, 18 novembre 2012 (Apic) L’immigration illégale d’Haïtiens au Brésil peut se définir comme un trafic de personnes à grande échelle , affirme le Père Onac Axenat. Ce prêtre haïtien vit depuis 2010 dans l’Etat de l’Acre, dans l’Amazonie brésilienne, près de la frontière bolivienne. Il voit arriver chaque jour dans sa région de nouveaux compatriotes sans papiers. Depuis le tremblement de terre de janvier 2010 qui a frappé Haïti, plusieurs milliers d’Haïtiens sont entrés au Brésil illégalement par la frontière amazonienne.

Le missionnaire catholique de la Société des Prêtres de Saint-Jacques (Sacerdotes de São Tiago - SSST) indique que pour émigrer des compatriotes dépensent jusqu’à 4’000 dollars (USD) par personne. Ils tombent, à leur insu, dans un réseau de trafiquants composé de nombreux coyotes (passeurs) actifs en Haïti. "Parmi les migrants que je rencontre, assure-t-il, certains ont tout vendu au pays, car ils ont cru aux promesses de percevoir des salaires de 1’000 à 2’000 USD lorsqu’ils seraient au Brésil".

   Arrivé dans le pays peu de temps après le tremblement de terre qui a dévasté, en janvier 2010, la capitale haïtienne Port-au-Prince, le prêtre s’est depuis attelé a aider psychologiquement les immigrants entrant illégalement dans le pays. En tant que compatriote et comme religieux, les réfugiés haïtiens lui racontent ainsi plus facilement ce qu’ils ont dû endurer pendant leur voyage et ce à quoi ils sont confrontés depuis qu’ils sont arrivés au Brésil.

Des migrants apeurés par le climat de violence

La dernière fois qu’il a été à Brasileia, (voir encadré), une cité frontalière avec la Bolivie, au sud de l’Etat de l’Acre, l’unique chose que le Père Onac a pu entendre de la bouche des migrants haïtiens est qu’ils avaient peur. "Père, je peux rien dire pour le moment. Juste que je souffre", a même soufflé l’un d’entre eux au prêtre.

   Depuis quelques mois le climat a changé, en particulier à cause de la violence omniprésente engendrée par le narcotrafic. Un climat auxquels les migrants sont souvent confrontés. Dès lors, c’est le mutisme qui caractérise de plus en plus les entretiens du prêtre et des migrants clandestins. "Il n’est pas possible de dire quoi que ce soit de négatif sur eux (les narcotrafiquants), car on ne sait jamais ce qu’il peut arriver".

Des migrants qualifiés qui vont manquer en Haïti

Pour gagner la confiance des migrants qui sont arrivés récemment, le Père Onac Axenat doit donc faire preuve de psychologie et de patience. "Je leur rappelle que, moi aussi, je suis Haïtien, ce qui finit par ouvrir un peu le dialogue". Une situation qui émeut considérablement le religieux, d’autant que le Brésil accueille très bien ses compatriotes, en particulier les habitants de l’Etat de l’Acre. Et d’espérer "que le trafic de personnes va prendre fin".

   D’autant que les migrants auraient beaucoup à faire au pays. "Nombre d’entre eux ont suivi une scolarité jusqu’au second degré et certains possèdent même une qualification professionnelle, explique le Père Onac Axenat. Et, après la dévastation causée par le tremblement de terre, Haïti a justement besoin de cette force de travail qualifiée". Mais le religieux rappelle que tout est concentré à Port-au-Prince, la capitale, où la vie est paralysée. Pensant aux nécessités de développement de son pays, il rappelle que les 4’000 USD que réclament les "coyotes" pourraient permettre d’ouvrir une petite entreprise en Haïti, notamment un commerce.

Jean-Claude Gerez, correspondant d’Apic au Brésil

Des migrants illégaux qui souffrent de la faim

   La situation des quelques 250 Haïtiens accueillis de manière très précaire dans la maison communale de Brasileia s’est considérablement aggravée depuis le début du mois, lorsque le gouvernement de l’Etat de l’Acre a décidé d’interrompre le paiement du loyer et des charges de l’immeuble. Il ne fournit plus l’eau et l’alimentation. Depuis cette date, le local est privé d’électricité. La nourriture y est largement insuffisante, d’après les militants des associations de défense des droits de l’Homme. Ils tentent de parer au plus urgent, en collaboration avec diverses communautés religieuses, notamment l’Eglise catholique. D’après diverses sources, depuis le tremblement de terre qui a frappé Haïti en janvier 2010, plus de 5’000 Haïtiens seraient entrés au Brésil par la frontière amazonienne. L’immense majorité a franchi la frontière en toute illégalité. Une fois qu’ils sont à Brasileia, les migrants haïtiens attendent d’obtenir un visa permanent, en espérant un jour être embauchés. Généralement comme manœuvres sur les chantiers de travaux publics de la région ou du sud du Brésil. (apic/jcg/be)



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