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"Aidez-moi ou je raccroche mes pointes" : l'appel d'un athlète haïtien

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Depuis l’extinction de la flamme olympique il y a trois mois, Samyr Lainé a repris son quotidien. Loin des flashs et des caméras du stade de Londres, l’athlète haïtien s’entraîne en solitaire, sauf deux jours par semaine, où il est épaulé par un coach. Quatre heures d’exercices physiques sur la piste du lycée de Lorton, en Virginie, à 30 kilomètres de Washington DC, la capitale américaine.

Vitesse, impulsions, tonicité : le finaliste du concours du triple saut, où il a pris la 11e place, se prépare déjà pour la prochaine olympiade, à Rio, en 2016. Mais malgré sa très bonne performance lors de ses premiers JO, il ne sait pas s’il sera vraiment sur le sautoir au Brésil. Sans soutien financier, il hésite aujourd’hui à poursuivre sa carrière sportive.

"Je ne peux pas payer mon loyer ou de la nourriture"

Samyr a adressé, début novembre, un e-mail au ministre des Sports haïtien, Roosevelt René. Dans ce document qu’il a rendu public sur le site du journal Le Nouvelliste, le sportif lance un appel à l’aide. "Je suis l’un des 10 meilleurs triple-sauteurs dans le monde mais, pour le moment, je ne peux pas payer mon loyer ou de la nourriture", écrit-il. "J’ai besoin du soutien du ministère des Sports afin d’accomplir ce que nous voulons tous, une médaille aux Jeux olympiques de Rio, en 2016".

Pour sa préparation aux derniers JO, le champion n’a pas touché un seul centime de sa fédération. Le budget total du comité olympique haïtien n'est, en effet, que de 400 000 dollars contre 170 millions de dollars pour celui des États-Unis.

"Avant Londres, je suis resté à Paris, à l’Insep (l’Institut national du sport, NDLR) pendant quatre semaines, mais c’est moi qui ai payé ce stage", explique-t-il à FRANCE 24, joint par téléphone depuis la Virginie. Samyr réclame aujourd’hui environ 49 000 dollars par an pour pouvoir s’entraîner sereinement. "C’est pour le loyer, la nourriture, les compétitions, les voyages ou encore les soins", précise-t-il en français avec un fort accent américain.

"Haïti a plus besoin de moi que les États-Unis"

Le triple-sauteur sait que sa carrière aurait pu être plus simple. Né il ya 28 ans, à New York, de parents haïtiens, il avait toutes ses chances avec l’équipe américaine d’athlétisme. Élevé à des milliers de kilomètres de la patrie de sa famille, il a pourtant choisi de porter les couleurs de "la perle des Antilles". "Je pense que mes parents ont fait de moi un Haïtien. Haïti a besoin de bons athlètes, contrairement aux États-Unis. Je suis plus utile si je concours pour cette île", estime l’Américano-Haïtien qui a découvert pour la première fois son pays d’origine en 2011, après le tremblement de terre. "Mes parents qui ont fui le pays dans les années 1970 ne voulaient pas y retourner avant".

Profondément préoccupé par la reconstruction d’Haïti, Samyr a conscience que l’État dirigé par Michel Martelly a d’autres urgences économiques que d’aider les sportifs. "Mais, nous, les athlètes qui comme moi vont aux Jeux olympiques, nous sommes des ambassadeurs pour Haïti. Nous sommes une source d’inspiration pour la jeunesse et pour le pays", tient-il à souligner.

L’ami de Mark Zuckerberg

Le finaliste olympique n'a pas encore reçu de réponse du ministère des Sports, mais en cas de rejet de sa demande de bourse, il a déjà décidé d’arrêter la compétition et de reprendre sa carrière d’avocat. Performant sur les sautoirs, Samyr a aussi fait de brillantes études. Après d’excellents résultats au lycée, il a été repéré par la prestigieuse université d’Harvard. C’est là qu’il a partagé, durant une année, la même chambre que l’un des plus célèbres étudiants de l’établissement : Mark Zuckerberg, le futur fondateur de Facebook. Le sportif haïtien est la 14e personne à s’être inscrite sur le réseau social. Les deux colocataires sont toujours en contact, mais Samyr refuse de lui demander la moindre aide : "Ce serait possible, mais ce n’est pas à lui de le faire. Cela affecterait notre amitié".

Titulaire d’un diplôme de droit de l’université de Georgetown, il a aujourd’hui une proposition d’emploi d’un cabinet d'avocat new-yorkais. L’offre est tentante, mais il avoue toutefois qu’il préférerait la refuser. L’athlète rêve de suivre les traces de Sylvio Cator, qui avait remporté l’argent à la longueur aux Jeux de 1928 : "Je veux une médaille pour Haïti. Je fais seulement de l’athlétisme pour les autres, pour Haïti et pour sa jeunesse qui me voit comme un héros".

S’il doit malheureusement raccrocher ses pointes, Samyr va continuer à s’investir pour son pays. À défaut de recevoir une aide pour lui-même, il a fondé une association baptisée "Jump for Haïti" pour laquelle il récolte des fonds aux États-Unis. "Je veux développer des infrastructures sportives pour aider tous les athlètes. Je pense qu'Haïti peut rivaliser avec les autres pays des Caraïbes", affirme-t-il avec conviction. Sur la piste ou en dehors, Samyr Lainé trace la voie à la nouvelle génération.

Par Stéphanie TROUILLARD Source: France 24

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