Les Lakers de Los Angeles : la chute imprévue et rapide d'un empire
Par Jean Robert Noel
Les Lakers ont tout perdu sauf Kobe Bryant. Le légendaire entraineur Phil Jackson n'est plus avec eux. Derek Fisher, qui dans des situations difficiles aidait toujours les Lakers avec des tirs à trois points en fin de matchs, a été transféré en mars 2012. Lamar Odom a aussi été transféré, de même qu'Ariza, un excellent lanceur de trois points, et bien d’autres joueurs.
La surprise de l’Oklahoma City Thunder
Face à l'Oklahoma, les Lakers auraient besoin de tous ces joueurs dont l’expérience dépasse la totalité de celle des nouveaux arrivés. On dirait que le personnel administratif des Lakers s'accroche à la formule « qui ne risque rien n'a rien », oubliant peut-être que celui qui n'a rien ne risque jamais rien et ne peut rien risquer. Malgré la prestation de Kobe, les Lakers n'ont pas pu remonter la pente. Il leur manquait la participation collective.
Au quatrième quart-temps du dernier match, l'Oklahoma a dominé les Lakers qui n'ont pas su mettre en place un système défensif pouvant réduire l'espace de jeu de l'Oklahoma. Pau Gasol paraissait perdu dans un vaste champ de blé. Je ne comprends pas pourquoi Gasol essayait souvent de réaliser des tirs à trois points alors que la position qu’il jouait ne l’exige pas. Il devrait être sous le panier pour attraper des rebonds et exécuter des lay-ups (panier marqué en déposant le ballon dans le cercle sans agressivité), ou des dunks/smash (action d’écraser le ballon au panier avec agressivité).
La position de Power Forward (ailier fort, puissant) en basketball requiert souvent un joueur de la taille de Kevin Garnett, Moses Malone, Andrew Bynum, Shaquille (disons Docteur Shaquille O’Neal puisqu’il vient de décrocher un Doctorat de Barry University de Miami, en Education et Leadership avec une spécialité en Développement des Ressources Humaines.
L’agonie d’une défaite
Pau Gasol se trouvait souvent en position d’ailier-shooter, toujours empêtré puisqu’il n’a pas la technique ni la vision lui permettant de s’en sortir. C’est dans cette situation qu’il se trouvait quand il essayait de passer le ballon à Ron Artest qui se positionnait derrière l’arc de cercle. Sa passe manquait de précision et Kevin Durant, intelligent et habille, a anticipé son action et a mené une contre-attaque rapide pour exécuter un tir à trois points qui enfonça le clou plus profondément dans le cercueil des Lakers.
Pau Gasol n’a jamais été réprimandé par l’entraineur. Ceci devrait être son rôle. Pourtant, c’est Kobe Bryant qui le faisait à sa place. Kobe exhibait son leadership et son droit d’ainesse, un fait normal aux yeux des gens lucides. Je remarquais une certaine confusion entre Pau Gasol et Andrew Bynum à travers toute la compétition. On ne savait pas vraiment qui fait quoi. Ils jouaient comme des joueurs en football, évoluant en position de milieu de terrain, qui se suivent verticalement, courant l’un après l’autre sur un même plan, laissant un vide au centre facilitant une contre-attaque rapide de leur adversaire.
Pau Gasol ne sait ni dribbler ni exécuter des feintes de corps pour attaquer le panier. Il ne peut non plus utiliser la technique cross-over ou le « shake and bake-mouvement où le joueur en possession du ballon exécute une feinte de corps latéralement pour dérouter l’adversaire et avancer ». La stratégie improvisée soit de Pau Gasol ou de l’entraineur n’a pas du tout aidé les Lakers. Je pense que c’est une grave erreur de la part de Mike Brown, qui sera peut-être mis à pied, même quand verbalement on lui donne la garantie d’une extension de contrat. Magic Johnson, l’ex-vedette des Lakers, est très influent dans cette organisation. D’ailleurs, il a opiné au sujet de Mike Brown. Il l’a fait d’une façon qui me force à lire entre les lignes et qui me permet de comprendre qu’une telle possibilité de licenciement n’est pas à écarter. En passant, l’entraineur de l’Orlando Magic, Stan Van Gundy, a été remercié. Les surprises des phases finales de la NBA continuent.
Qui sait ce que dira Kobe en cercle fermé. S’il veut faire renvoyer l’actuel entraineur, il le pourra. Kobe Bryant demeure l’homme fort de l’équipe. Il a la voix au chapitre. Malgré ses 34 ans, l’organisation des Lakers n’osera jamais penser à le transférer comme elle l’a fait pour Derek Fisher, Lamar Odom et autres.
Kobe Bryant représente un symbole, un monument, une légende vivante et une source de revenue non seulement pour cette organisation mais aussi pour la ligue nationale de basketball, la NBA. Kobe ne peut pas non plus de si tôt annoncer sa retraite, il y a trop à perdre. On se souvient que Michael Jordan n’a pas eu la vie facile quand il annonça sa retraite. Certaines gens trouvaient leurs intérêts personnels laissés. C’est comme si la Bourse avait considérablement chuté à Wall Street.
La voix du silence
Il existe un fait inexplicable en sport. Quand l’équipe gagne, toute la gloire va aux joueurs mais quand elle perd ou dégringole, on accuse l’entraineur de tous les maux du monde. Un autre fait mérite d’être signalé. L’homme (collectif singulier) prône toujours le changement mais il en a peur. Il n’est pas souvent bien préparé pour pénétrer l’inconnu. Est-ce pourquoi il confond souvent nouveauté et changement.
Le public et les fans des Lakers étaient si habitués à voir Phil Jackson sur le banc de cette équipe 5 fois- champion, qu’ils rêvent encore de sa présence. C’est la voix du silence qui fait écho en eux tous. Il faut qu’on apprenne à reconnaitre et comprendre la grande réalité de la vie : quand une chose n’est plus, elle n’est plus. La vie continue. On ne peut pas trop s’accrocher au passé, on risque de ne pas avancer avec le temps. Qu’on le veuille ou non, nous devons nous situer à travers les trois temps de la vie : le passé, le présent et le futur, bien que nous ne soyons pas maitres du dernier temps.
Le passé nous sert d’expérience, c’est la référence. Le présent c’est l’actualité, nous devons le vivre pleinement. Le futur c’est l’inconnu, l’univers des rêves, qui nous cache les surprises de la vie, face auxquelles nous ne pouvons reculer, même si nous l’aurions voulu. Les Lakers ne sont plus ce qu’ils étaient il y a cinq ou dix ans.
On doit se poser une simple question. Le basketball a-t-il évolué ? Oui, serait ma réponse à cette question si on me la posait. Les systèmes de jeu ont changé et ce sport devient plus physique que dans le temps de Michael Jordan. Une autre question serait la suivante. Est-ce l’équipe des Lakers qui a régressé ou bien les autres clubs qui ont évolué ? Quelque soit la réponse, les Lakers ont besoin de remue-ménages. Ils ont fait une piètre figure lors des semi-finales de la zone-Ouest. La préparation pour la reconstruction d’une équipe prend au moins cinq ans. La prochaine saison sera meilleure pour les Lakers mais l’équipe idéale ou de rêve ne sera pas à point pour gagner un titre.





