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70 jours sans tenir séance

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Le Sénat vient de franchir la barre de 70 jours sans pouvoir tenir séance. Depuis la déclaration de politique générale  du Premier ministre Laurent Lamothe au Grand Corps le 8 mai dernier, aucune séance n’a pu se tenir au sein de cette Assemblée législative.  Impuissant, le bureau dirigé par le sénateur Dieuseul Simon Desras ne sait plus à quel saint se vouer pour sensibiliser au moins 16 sénateurs qui représentent le quorum au Sénat. La dissolution du groupe des 16 sénateurs fondé par Joseph Lambert, la fin du mandat d’un tiers du Sénat le 9 mai dernier et surtout la méfiance qui caractérise l’Assemblée sont en quelque sorte les causes de ce mal qui ronge les parlementaires depuis plus de deux mois.

Ordinairement dans les Assemblées législatives, quand il y a conflit entre deux ou plusieurs groupes politiques, des mécanismes de résolution de crise sont souvent utilisés par le bureau pour surmonter ce genre d’obstacle. Et souvent,  l’autorité du président s’impose aux différentes parties. Dans le cas du Sénat, il n’y a aucun conflit ouvert entre des groupes de sénateurs, puisqu’il n’y a pas de bloc politique enregistré à la Chambre haute. Les vingt sénateurs qui composent l’Assemblée représentent INITE, Alternative, Lavni, Ayiti An Action et Konba. Vraisemblablement, les partis représentés au Parlement n’ont pas réellement l’autorité nécessaire sur leurs représentants. Le scandale qui a secoué INITE récemment montre l’absence de liens solides entre les partis politiques et leurs représentants au Parlement.

Rien ne laisse apercevoir une main cachée derrière la crise qui secoue la Chambre haute. Cependant, les privilèges des uns, l'incompréhension des autres pourraient contribuer davantage à enfoncer le couteau dans la plaie. Le dossier de la formation du Conseil électoral permanent, qui devrait être l'objet de débats au sein du Sénat, a davantage divisé les parlementaires au lieu de les rapprocher. Les médias électroniques servent de tribune aux sénateurs en lieu et place de la salle de séance. Aucun consensus n'est trouvé entre les sénateurs contestataires, ceux qui sont favorables à la formation du Conseil électoral permanent et ceux qui observent l'évolution des débats via les médias électroniques. Il n'y a rien qui justifie l'abandon des séances plénières par les parlementaires contestataires. Pendant la période la plus sombre du coup d'Etat militaire de 1991, les sénateurs n'avaient jamais abandonné les séances. La politique de la chaise vide était utilisée uniquement quand un groupe se sentait minoritaire au moment d'un vote qui lui paraissait défavorable.

  Le président de la République, en sa qualité de garant de la stabilité des institutions, devrait profiter de cette crise qui secoue l’institution parlementaire pour ramener autour d’une table les pères conscrits qui n’arrivent pas à s’entendre en raison de divergences conjoncturelles. Martelly dispose jusqu’à aujourd’hui de la confiance  de la plupart des sénateurs. Toute intervention de sa part pour remettre les pendules à l’heure au sein de cette Assemblée  augmenterait son audience au sein de différents secteurs de la vie nationale. 

Lemoine Bonneau

Le Nouvelliste

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