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Aristide peut-il transmettre sa popularité à Maryse Narcisse?

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image Jean Bertrand Aristide et Maryse Narcisse

Malgré sa sortie houleuse de la scène politique le 29 février 2004, l’ex-président Jean-Bertrand Aristide demeure un des politiciens haïtiens les plus populaires. Particulièrement sur le plan international. Il ne laisse personne indifférent. Des fanatiques qui l’aiment éperdument aux détracteurs qui le haïssent autant. Son parti politique, la Fanmi Lavalas, semble bien vouloir transférer la popularité de son chef  inamovible à la candidate qu’il a lui-même désignée pour les élections présidentielles : le Dr Maryse Narcisse. Pourra-t-il effectivement lui transférer cette popularité et la traduire en votes favorables? Cette question attire au plus haut niveau les chercheurs qui s’intéressent aux sciences politiques et à l’économie politique. 

La question dépasse les frontières haïtiennes pour s’introduire dans les sphères de la politique américaine. Par exemple, l’ex-président américain Bill Clinton reste encore très populaire au niveau de l’opinion publique américaine et étrangère. Pourra-t-il transmettre cette popularité à sa femme et la convertir en votes le jour des élections? Si la réponse est affirmative, il suffirait alors à un candidat de se faire accompagner des personnalités adorées du grand public durant la campagne électorale pour se faire élire. Auquel cas, les stars auraient un pouvoir politique inégalé. 

Si cette stratégie peut s’avérer payante, elle semble être insuffisante à elle seule à faire gagner un candidat. Elle est payante dans la mesure où une proportion des partisans de l’ex-président Aristide ira à coup sûr voter pour le Dr Maryse Narcisse. Quelle est cette proportion? La science n’a pas encore tranché là-dessus. C’est pourquoi les chercheurs s’intéressent encore à la question. Si les sondages électoraux étaient fiables en Haïti, on pourrait comparer le pourcentage des intentions de vote obtenu par la candidate de Fanmi Lavalas avant l’implication de son mentor à celui qu’elle aura effectivement obtenu aux urnes le jour des élections. Cela donnerait une idée très claire de l’impact de l’implication de l’ex-président Aristide dans la campagne de Mme Narcisse sur le pourcentage des votes qu’elle aura obtenu.  

Cette implication peut ne pas être suffisante puisque l’endossement n’aura pas que des regains positifs. La tournée dans le Grand Nord de la paire Aristide/Narcisse l’a bien prouvé. Aux Gonaïves comme au Cap-Haïtien, il n’y pas eu que des supporteurs à gagner les rues. Le passif de l’ex-président Aristide peut donc rejaillir sur la candidate de Fanmi Lavalas. Et à ce niveau, le spectre des dérives pré-2004 peut refaire surface. Comme c’est le cas de Bill Clinton dont le passif, notamment en Haïti, vient hanter le parcours de sa femme à la campagne électorale pour les prochaines élections présidentielles américaines. 

Le point de presse de l’ex-président Aristide dans le département du Nord n’a pas rassuré non plus. Sa propension à polariser n’a, semble-t-il, pas fléchi d’un iota. Il voit la majorité qui va gagner et la minorité qui est déjà paniquée. Ce, malgré le faible score obtenu par sa candidate dans les sondages. Il n’a tout simplement pas ajouté le qualificatif «zwit » à la minorité comme il l’avait fait lors des soulèvements politiques pré-2004. Il voit le tableau de « Lavalas » qui descend, ce qui fait ressurgir les préoccupations pré-2004. Cela pourra avoir comme conséquence de mobiliser les forces anti-Aristide contre la candidate Maryse Narcisse. Alors qu’en période électorale, il faut plutôt s’atteler à fédérer les forces autour du candidat et réduire les antagonismes. 

Pour contrer ces potentielles externalités négatives dans les intentions de vote, les qualités intrinsèques du candidat doivent jouer un rôle primordial. Or, sur ce point, Maryse Narcisse n’a pas encore fait ses preuves. On ne l’a pas encore vue à l’œuvre en terrain inconnu, de façon autonome. Elle est d’ailleurs attaquée par ses concurrents sur sa capacité à faire campagne seule et à diriger le pays de façon indépendante. Son éventuelle élection à la magistrature suprême de l’État est donc perçue comme la reprise du pouvoir par l’ex-président Aristide et donc un retour à la période pré-2004 qui peut inquiéter plus d’un. 

Désormais, la candidate Maryse Narcisse doit prouver qu’elle pourra diriger seule sans être la marionnette du leadeur historique de son parti. Elle vend présentement l’image du médecin à la disposition de son chef. Le public reste encore assoiffé de ses prises de position autonomes. On l’a entendue trop souvent lire de courtes déclarations à la presse et non participer à des débats contradictoires dans la presse indépendante. Notre confrère Valéry Numa qui anime la rubrique «Invité du jour» à Radio Vision 2000 depuis 15 ans, une des émissions radiophoniques matinales les plus écoutées, n’a jamais reçu le Dr Maryse Narcisse comme invitée. Elle a toujours trouvé un moyen de décliner les invitations de l’animateur. 

Il en est de même pour notre confrère Jean-Monard Métellus, animateur de l’émission Ranmase sur Radio Caraïbes, l’une des émissions politiques les plus populaires du pays. Le Dr Maryse Narcisse y a fait de courtes interventions mais n’a jamais participé au débat contradictoire avec des adversaires politiques bien rodés. Idem pour notre confrère Péguy Jean, qui espère quand même l’accueillir en entrevue (pas pour participer au débat) ce samedi 24 septembre à l’émission très prisée Moment Vérités sur Signal FM. Elle a jusqu’ici toujours refusé les sollicitations de l’animateur. 

Notre confrère Gary Pierre-Paul Charles, animateur de la très populaire émission Haïti Débat sur Scoop FM tous les jours du lundi au vendredi de 2h à 4h p.m., n’a jamais reçu non plus la candidate de Fanmi Lavalas. Celle-ci y est intervenue à deux reprises au téléphone pour lire à chaque fois un communiqué de presse du parti. Comme c’est le cas pour les autres leadeurs d’opinion.      

Jusqu’au samedi 17 septembre, cinq des six candidats choisis par le Groupe d’intervention en affaires publiques (GIAP) pour participer au débat du 20 septembre 2016 avaient déjà confirmé leur présence. Sauf Maryse Narcisse, d’après les précisions de monsieur Hérold Jean-François, l’un des organisateurs du débat, sur Radio Kiskeya. C’est donc légitime que des observateurs s’interrogent sur la raison pour laquelle la candidate de Fanmi Lavalas fuit les médias. Peut-on vraiment gagner les élections présidentielles en fuyant constamment les médias?  

Certains observateurs se réfèrent à l’élection de l’ex-président René Préval pour justifier une telle stratégie. Cependant, celui-ci était déjà très connu du grand public et bénéficiait d’un momentum très différent du contexte actuel. En 2006 par exemple, c’était une élection René Préval versus Leslie Manigat. L’électorat Lavalas s’était alors rangé autour de René Préval. Mais aujourd’hui, le vote Lavalas est tiraillé entre Maryse Narcisse, Jean-Charles Moïse, Jean Henry Céant et Jude Célestin qui attire chacun une frange de la mouvance Lavalas. Sans compter les Lavalassiens et les Aristidiens convertis en Tèt Kale qui soutiennent ouvertement Jovenel Moïse. 

Dans un tel contexte, le simple fait par Maryse Narcisse de se faire accompagner par l’ex-président Aristide pourra ne pas suffire à lui faire gagner les élections. Elle devra également jouer sa partition en participant activement au débat public à travers les médias afin de démontrer son autonomie de pensée et d’action. Jovenel Moïse a clairement indiqué qu’il compte innover et corriger les faiblesses de la politique de son prédécesseur Michel Martelly. 

Jude Célestin n’intervient pas beaucoup dans les médias mais il accorde quand même quelques entrevues dans les émissions à grande écoute. Il semble avoir aussi à sa disposition des porte-paroles qui interviennent en son nom dans les médias. Le public attend de savoir comment une présidence de Maryse Narcisse se distinguera d'Aristide. 

La paire Aristide/Narcisse peut drainer la grande foule partout à travers le pays, la grande question demeure : qui vient assister au meeting parce qu’il compte voter Maryse Narcisse? Qui y assiste par simple curiosité ou tout juste par le désir de voir l’ex-président Aristide sur scène? Le jour du vote, combien de partisans du président Aristide voteront effectivement pour Maryse Narcisse? Attendons le jour du scrutin pour la réponse ! Il faut cependant être conscient que nous sommes à l’heure des choix. Le choix du décollage économique ou du prolongement du sous-développement chronique. Voter est donc un acte de développement par excellence !

Thomas Lalime source le nouvelliste


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