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BRH: entre comportements dénués d'efficacité et traitement durable de la dépréciation de la gourde

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Des problèmes économiques qui ne cessent de tracasser la population haïtienne ces derniers temps, il y a incontestablement la dépréciation continue et vertigineuse de la gourde. De 45.5596 HTG pour 1 USD au 1e octobre 2014, on est passé à 52.1417 HTG pour 1 USD au 30 septembre 2015. Donc, par rapport à octobre 2014, la valeur de la gourde a connu une chute d'environ 15% en septembre 2015. Cette chute vertigineuse se poursuit car, au 31 décembre 2015, il a fallu 56.6970 HTG pour 1 USD. De par le caractère alarmant de la chute continue et accélérée de la valeur de la gourde, il est impérieux que la BRH (Banque de la République d'Haïti) prenne des mesures qui soient de nature à traiter durablement ce mal économique. Préalablement à l'identification et à la justification du fondement de telles mesures, il convient de scruter l'efficacité des comportements affichés habituellement par la BRH face à la dépréciation de la gourde. 

Relèvement du taux de réserves obligatoires, vente du dollar américain, publication de communiqué, tenue de conférence de presse; telles sont les mesures prises généralement par la BRH à chaque fois que la gourde subit une chute substantielle par rapport au dollar américain. En réaction au grand déclin subi par la gourde durant l'exercice 2014-2015, la BRH a relevé le taux de réserve obligatoire jusqu'au niveau de 44% pour les passifs monétaires libellés en gourdes, 48% pour ceux exprimés en monnaie étrangère. Parallèlement, elle a mis sur le marché 21.15 millions USD. En réaction à la poursuite du déclin de la valeur de la gourde postérieurement à septembre 2015, la BRH a mis sur le marché 24.375 millions USD et a annoncé qu'elle allait vendre 50 millions USD durant le mois de décembre 2015.  

Si l'usage par la BRH des instruments de politique monétaire et de change est compréhensible, on ne peut en dire autant pour l'approche que privilégie la banque centrale face à la dépréciation de la gourde. La BRH devrait privilégier une approche proactive. Force est de constater que l'approche réactive, adoptée jusqu'à présent par la BRH, expose la population haïtienne à une paupérisation certaine. Durant l'exercice 2014-2015, le déclin substantiel de la gourde par rapport au dollar a débuté à la fin de la deuxième semaine du mois de mai 2015. Pendant que ce déclin n'a cessé d'accélérer, la BRH n'est intervenue de façon substantielle sur le marché des changes qu'en juillet 2015. Dans l'entretemps, les agents économiques ayant un revenu fixe (salaire, allocation, etc.) libellé en gourdes ont vu leur pouvoir d'achat diminué de façon considérable.  

En plus d'être tardives, les réactions de la BRH n'ont jamais ramené la gourde à son niveau d'avant une chute substantielle. Pour s'en convaincre, ayant passé de 47.7588 HTG pour 1 USD à la mi mai 2015 (date de démarrage du déclin brutal de la gourde) à 56.5050 HTG pour 1 USD au 21 juillet 2015 (date du pic de ce déclin), il a fallu plus de 51 HTG pour 1 USD postérieurement aux interventions de la BRH. Incontestablement, pour faire face à la dépréciation de la gourde, l'approche réactive est à reléguer à l'arrière-plan. Advenant qu'il faudra à la BRH de réagir face à un futur déclin de la gourde, cette réaction devrait vraiment être empreinte de diligence.  

A côté de la pro-activité qu'elle devrait faire montre, la BRH devrait, conformément à ce qui est prescrit en sa loi organique, œuvrer pour que le crédit octroyé par le système bancaire soit favorable au développement de la production nationale. Tout laisse croire que cette prescription de la loi organique de la BRH est tout simplement mise en veilleuse. En effet, au 30 juin 2015, plus de 24 % du portefeuille de crédit du système bancaire est alloué au commerce de gros et détail, commerce portant principalement sur les produits importés. Parallèlement, moins de 17 % de ce portefeuille est consacré aux industries manufacturières et au secteur primaire (agriculture, sylviculture et pêche). En clair, la structure du portefeuille de crédit du système bancaire, qui n'était guère différente au 31 décembre 2012, traduit éloquemment que le développement de la production nationale est tout simplement abandonné. La chute continue et accélérée de la valeur de la gourde est tout simplement l'un des effets néfastes d'un tel abandon.  

Soulignons qu'il est largement admis que le développement de la production nationale constitue un déterminant majeur de la valeur de la monnaie d'un pays. Dans cette lignée, il est impératif que la BRH œuvre en vue d'incliner le portefeuille de crédit du système bancaire dans le sens du développement de la production nationale. Adapter les moyens de paiement et la politique de crédit aux besoins légitimes de l’économie haïtienne, et, en particulier, à la croissance de la production nationale; contrôler et orienter la circulation et la distribution du crédit; voilà, entre autres, l'objet qui est clairement assigné à la BRH au niveau de sa loi organique. Donc, contrairement à ce que pourrait penser plus d'un, œuvrer pour que le portefeuille de crédit du système bancaire puisse favoriser le développement de la production nationale constitue même une obligation légale qui s'impose à la BRH.   

En conclusion, c'est un fait que le déficit budgétaire, le déficit de la balance commerciale, les turbulences socio politiques sont de nature à alimenter la dépréciation de la gourde. C'est également un fait qu'il incombe à la BRH de veiller à la stabilité de la valeur de la gourde. En ce sens, face au problème posé par la dépréciation continue et vertigineuse de la gourde, les comportements affichés par la BRH durant l'exercice 2014-2015 et l'exercice en cours sont dénués d'efficacité. En vue d'un traitement durable de ce problème, l'on s'attend à mieux de la part de la Banque centrale. Pour ce faire, la BRH devrait mettre en œuvre les préconisations qui sont précédemment exposées. Si de telles préconisations ont tout l'air d'un défi, il demeure que la BRH devrait tout mettre en œuvre pour le relever. Il y va du bien-être de la population haïtienne. Il y va également de la raison d'être de la BRH.  

Jean Thiomas GIRAUD, M.B.A. 

[email protected] 

En guise de bibliographie et webographie 

Généreux Jacques, 1999, Introduction à la politique économique, éditions Points 

Le Moniteur, no 72, Loi du 11 septembre 1979 portant création de la Banque de la République d’Haïti 

http://www.brh.net/, page consultée le 5 janvier 2016 

 



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