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Comme une épée de Damoclès

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Il a fallu que Jean-Claude Duvalier revienne en Haïti l'an dernier de son propre gré pour réveiller les velléités de poursuites à son encontre. Ce lundi, juge Carvès a décidé en son âme et conscience de son sort.
L'ancien président ne sera pas poursuivi pour les crimes de sang ou les atteintes aux droits de l'homme perpétrés pendant son règne de quatorze ans. Seuls les faits d'ordre financier pourront, un jour, amener devant un tribunal le fils de François Duvalier. Duvalier échappe au pire, mais n'aura pas à savourer le meilleur, un non-lieu.
Une belle épine sort du pied de tous ceux qui ont sur la conscience des histoires passées. Pour ceux qui ne voulaient pas le juger, la décision du juge est un moindre mal avec en prime une épée de Damoclès bien pointue qui tiendra en joue cet ancien président qui reprend goût aux bains de foule. Cette situation de ni relaxe ni procès majeur est du pain béni. Sauf pour les victimes.
Pour ce qui est des accusations de corruption, elles ne sont pas nouvelles. On peut même dire qu'elles sont éternelles. Au lendemain du 7 février 1986 déjà, elles étaient les seuls griefs reprochés aux Duvalier. L'enquête va reprendre... si la poussière des ans n'a pas recouvert toutes les traces.
Martelly, président aujourd'hui, pour le confort de son mandat et un avenir serein, ne sera pas celui qui aura à initier des poursuites pour assassinat et autres complots contre un de ses prédécesseurs à la tête de l'Etat haïtien. Après le fameux procès de la Consolidation, il y a un peu plus d'un siècle, personne n'a mis en branle la justice contre un président haïtien pour des faits survenus pendant son mandat.
On peut se réjouir ou dénoncer la décision du juge, la justice est passée.
Dans un autre registre, le ministère de l'Intérieur a sorti un communiqué qui a mis en émoi bien des parents qui ont des enfants nés à l'étranger et de nombreux Haïtiens de coeur qui se sont vu rappeler qu'ils sont ici des étrangers.
A ce titre, au-delà de quatre-vingt dix jours, il leur faut payer pour se procurer un permis de séjour.
Vu la nouvelle géographie des naissances, les redevances pour ce document vont rapporter une fortune au fisc, tant il y a d'Haïtiens qui ne le sont pas dans leurs documents de voyage.
Cela fait plus d'un siècle que dans des proportions importantes les Haïtiens voyagent, émigrent, enfantent ou naissent à l'étranger. Plus de cinquante ans que le régime des Duvalier, pour des raisons politiques ou économiques, a porté des dizaines de milliers de nos compatriotes à fuir la terre d'Haïti en quête d'un abri, ou du mieux-être, ou d'une assurance sous la forme d'un passeport étranger.
Et dire que cela ne s'est pas arrêté avec la fin de règne des Duvalier est une lapalissade. Dire que depuis plus de trente ans des familles qui n'ont ni problème politique ni problème économique accouchent à l'étranger est aussi une vérité connue de tous.
Tous ces enfants de l'exil ou du bien-être, aujourd'hui bien avancés en âge, sont des étrangers dans leur propre pays. Il leur faut un permis de séjour.
Cela dit, quel permis faut-il à un étranger pour être ministre du gouvernement ? Un simple permis de travail...
Cette affaire de nationalité est une épée de Damoclès définitivement bien pointue.

Frantz DUVAL - Editorial

Source: Le Nouvelliste

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