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Comment financer le développement d’Haïti ?

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image Thomas Lalime

Le président Jovenel Moïse n’en finit pas de faire des promesses coûteuses. Parmi les plus remarquables, on retrouve la relance agricole à travers la « Caravane », l’électricité 24 heures sur 24 en 24 mois et la construction d'une route périphérique qui relie la ville de Gressier à celle de Cabaret. Ce dernier projet devrait coûter environ 500 millions de dollars américains, selon les estimations du président de la République lui-même. Celui-ci n’indique pas le coût du projet d’électrification ni celui de la relance agricole dans sa globalité. On sait vaguement que les deux premières escales de la « Caravane » à l’Artibonite et dans le Grand Sud coûtent respectivement 197 millions et 3,5 milliards de gourdes. Une très grande disparité.

Pourtant, le budget rectificatif 2016-2017 n’envisage pas de grands projets d’investissements publics. Au contraire, le portefeuille d’investissement de ce budget a diminué d’environ 12 %. Le P.D.G. du Group Croissance, l’économiste Kesner Pharel, le résume ainsi: « Sur chaque 100 gourdes retrouvées dans les caisses de l’État, 50 gourdes vont être dépensées directement pour payer les employés, 29 gourdes seront distribuées pour faire fonctionner l’État et les 11 gourdes restantes financeront les transferts et les subventions. Pour ce qui concerne le financement des projets, l’État y consacre moins de dix gourdes sur 100 à travers le budget rectifié. »

Dans le budget rectificatif, les investissements publics s’élèvent à 52,3 milliards de gourdes dont 42 milliards seront fournies par les bailleurs de fonds. Les dépenses courantes incluant les salaires et traitements, les biens et services publics ainsi que les subventions totalisent un montant de 66,1 millions de gourdes. En clair, dans le budget rectificatif, le président Moïse ne dispose que de 10 milliards de gourdes de recettes internes pour financer ses grands projets, soit environ 150 millions de dollars américains pour une année. Dans le projet de budget 2017-2018, 33 milliards de gourdes de recettes internes sont allouées aux investissements publics. Donc, le président Moïse ne peut financer aucun de ses grands projets sans l’appui financier de la communauté internationale ou en absence d’un mécanisme de financement novateur. Autrement dit, le financement constitue un obstacle majeur au développement national.

Que faire ?

Le modèle de financement du développement du Québec représente un exemple éloquent qui pourrait inspirer les dirigeants haïtiens. Les notes du cours d’économie du Québec de l’enseignant Simon Cadorette ont facilité le repérage des dates importantes. En effet, durant la Révolution tranquille, période allant de 1960 à 1970, les dirigeants québécois ont mis en place des institutions de financement en vue de financer le développement du Québec. Ils ont surmonté l’obstacle du financement des grands projets avec intelligence et tact. Parmi ces institutions de financement, on peut citer la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ). Celle-ci a été fondée en 1965 pour gérer les fonds de pension des Québécois et canaliser une partie de ces fonds vers le développement économique du Québec. Aujourd’hui, elle représente l’une des plus grosses gestionnaires de fonds au Canada, avec Teachers en Ontario et le Régime de pension du Canada au niveau fédéral.

Selon la législation, la Caisse a pour mission de recevoir des sommes en dépôt et de les gérer en recherchant le rendement optimal du capital de ses déposants dans le respect de leur politique de placement tout en contribuant au développement économique du Québec. C’est un double mandat de recueillir les fonds de retraite et de les gérer de façon optimale. La CDPQ reçoit les cotisations de retraite de la majorité des institutions du Québec telles que le Fonds du régime de rentes du Québec, le Régime supplémentaire de rentes pour les employés de l’industrie de la construction du Québec, le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics, le Régime de retraite du personnel d’encadrement, le Fonds de la santé et de la sécurité du travail, le Fonds de la société d’assurance automobile du Québec et le Fonds d’amortissement des régimes de retraite.

Ainsi, la Caisse gère l’argent de tous les Québécois qui participent aux grands régimes de retraite et d’assurance publics et parapublics. Ses investissements contribuent à la solidité financière des cotisants et au développement économique du Québec. Quelques années après sa création, les recettes collectées sont devenues tellement importantes qu’elles ne peuvent plus être investies uniquement au Canada. Au 31 décembre 2016, le portefeuille d’actifs de la Caisse étaient réparti ainsi : 229,5 milliards de dollars provenant des caisses de retraite, 28,6 milliards des régimes d’assurance et 12,7 milliards d’autres organismes.

Si la CDPQ investissait tout cet argent au Québec ou au Canada, les rendements ne seraient pas trop alléchants. L’allocation serait inefficiente et présenterait un risque élevé pour les déposants. Elle place donc ces fonds à la fois au Québec et ailleurs dans le monde. Présentement, elle possède des bureaux dans huit pays : les États-Unis, la France, l’Angleterre, le Mexique, l’Australie, l’Inde, la Chine et le Singapour. Plus de la moitié de ses actifs sont investis à l’extérieur du Canada. La CDPQ figure parmi les grands investisseurs mondiaux en immobilier, en placements privés ainsi qu’en infrastructures. Elle détient des placements dans tous les marchés financiers des pays développés, en plus d’avoir une présence active dans les marchés en croissance, de façon ciblée, selon les informations rapportées sur son site Internet.

Transformons l’Ona en office de financement du développement d’Haïti

La CDPQ joue un rôle important dans le développement économique du Québec et dans l’accessibilité des Québécois aux marchés financiers internationaux. L’actif total qu’elle génère désigne la valeur de l’ensemble des fonds et biens gérés pour le compte des déposants, auquel s’ajoutent des biens gérés ou administrés pour des tiers, en majorité des propriétaires d’immeubles. Le portefeuille global comporte quatre composantes : l’actif net des déposants, le passif, les biens sous gestion et les biens administrés.

L’actif net des déposants est composé de la somme des fonds confiés à la Caisse par les déposants et des gains provenant des activités d’investissement. Le passif est constitué principalement des emprunts puisque la Caisse utilise sa capacité d’emprunter à des taux préférentiels pour bénéficier d’occasions d’investissement qui procurent un rendement supérieur au coût de l’emprunt.

Les biens sous gestion représentent majoritairement des immeubles gérés par une filiale de la Caisse pour le compte de leurs propriétaires tandis que les biens administrés, en majorité des immeubles, sont gérés par une filiale de la Caisse qui fournit des services administratifs tels que la gestion des services de location.

La Caisse gère le portefeuille de façon efficiente en vue de financer essentiellement les grands projets de développement du Québec. Dès l’année suivant sa création, en 1966, elle a fait son premier placement de 500 000 dollars canadiens en achetant des obligations de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement. En 1967, elle fait son entrée sur le marché boursier canadien avec l’achat de 3 000 actions d’Alcan et de 193 000 actions de la Banque canadienne nationale, devenue aujourd’hui la Banque nationale du Canada. En 1971, elle procède à la création du portefeuille de placements privés qui mènera à des investissements dans de nombreuses entreprises québécoises telles que : National Cablevision, Normick-Perron, Vidéotron, Gaz Métropolitain, Canam Manac et Domtar. Ce sont aujourd’hui de grandes entreprises au Canada.

En 1983, la Caisse a amorcé son processus de diversification de portefeuille par l’ajout d’actions cotées sur les marchés boursiers étrangers. Cette stratégie lui a permis d’investir dans des secteurs d’activité où les entreprises canadiennes sont peu ou pas présentes. En 1984, son premier placement privé à l’étranger a été fait dans la Compagnie financière Martin Maurel en France. Elle a ensuite investi à Bruxelles, en Belgique. Mais il faut attendre l’année 2005 pour enregistrer sa première acquisition d’envergure dans les infrastructures avec un investissement dans la société allemande Hochtief Airport Capital, chef de file de la gestion aéroportuaire. L’année suivante, la Caisse va investir dans BAA, premier exploitant mondial d’aéroports.

En 2016, la Caisse a créée, en partenariat avec DP World, une plateforme d’investissement de 5 milliards de dollars canadiens. Elle représente aujourd’hui l’un des gestionnaires de fonds de caisses de retraite les plus importants en Amérique du Nord. Elle vient de s’unir en juin 2017 avec GE Capital Aviation Services (GECAS), chef de file mondial en financement et location d’avions, pour créer une plateforme mondiale de financement d’avions de deux milliards de dollars américains.

La Caisse privilégie une gestion active en exploitant les occasions d’investissement offertes dans tous les marchés financiers et en adaptant les stratégies en fonction des enjeux économiques, politiques et sociaux. Elle adopte une approche fondamentale et opportuniste en mettant l’accent sur la valeur intrinsèque des entreprises dans lesquelles elle investit ainsi que sur leurs perspectives de rentabilité et de création de valeur à moyen et à long terme. Elle applique une gestion ouverte en faisant appel à la gestion externe ou à des partenariats pour compléter l’expertise interne, en particulier dans certains marchés éloignés. Elle mise sur la recherche interne menée par des experts internes et sur le développement de processus d’investissement innovant et rigoureux.

La Caisse fait une gestion prudente du risque en optimisant le niveau et la répartition du risque. Pour ce faire, elle utilise une variété de produits financiers et de styles de gestion tout en diversifiant les investissements, tant par la taille des entreprises que par la géographie ou le secteur d’activité. Elle s’assure que les gestionnaires de portefeuille sont pleinement responsables des résultats qu’ils produisent.

Tous ces détails montrent comment il est possible de développer un mécanisme endogène de financement du développement national. La Caisse de dépôt et de placement du Québec fait penser à l’Office d’assurance vieillesse (Ona) qui est chargé de gérer les cotisations de retraite des employés du secteur privé. L’État haïtien pourrait y ajouter les cotisations des employés du secteur public à leurs fonds de pension en vue de constituer une importante institution locale de financement du développement. Ces fonds ne serviraient qu’à financer les grands projets rentables de développement et les rendements accumulés seraient utilisés pour payer les pensions des retraités.

Jamais la Caisse de dépôt et de placement du Québec n’a accordé de prêt politique à des officiels du gouvernement. Tout le contraire de l’Ona qui utilise parfois ses fonds à des fins politiques. Haïti ne peut compter sur son budget national pour financer son décollage économique. De moins en moins sur la communauté internationale non plus. Les dirigeants haïtiens doivent penser à un mécanisme de financement du développement novateur et endogène comme le Québec l’a fait dans les années 60. La province francophone du Canada pourrait être bien disposée à donner une assistance technique à la création de cette structure. Mais cela prendra des dirigeants haïtiens visionnaires, honnêtes et compétents.

Thomas Lalime source le nouvelliste



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