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Décès à Miami de Myrtho Bonhomme, fondateur de l’ANDC

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Il est décédé vendredi dernier (6 Août) peu après 1:00 de l’après-midi à Jackson Memorial Hospital de Miami entouré de ses proches qui, en dépit du brutal diagnostic des oncologues de ce centre hospitalier, croyaient encore au miracle. Quand j’ai laissé le pavillon des soins intensifs en début de soirée, le 22 Août dernier, j’avais promis à cet ami d’enfance de le visiter à nouveau avant de retourner à Boston le 24 Août. «Guilloux, je te vois à ton retour de Jacksonville » m’a-t-il lancé (sous forme de souhait) avant de tourner son regard vers sa fille Indhira arrivée de Washington dans l’après-midi. J’ai décidé de différer ma visite à l’hôpital au mois de septembre espérant que les effets de la chimiothérapie sur la santé physique de cet ami-frère n’étaient que passagères.

Faut-il finalement avouer que je n’ai pas le male courage de sa cousine Marie Carmelle Bastien, de son fils Réginald et de son frère Karl pour affronter cette dure réalité qui consiste à rester en contact avec un être cher couché sur le lit de mort.

Pour comprendre «Myrtho », il faut être «petit-goâvien » d’abord et ensuite avoir eu le rare privilège de vivre dans l’entourage des John Alexis , André Allen, Maurice Bonhomme, Lhérisson Cayemitte, Yvon Chéry …. ces «professeurs de leçon morale » qui se donnaient pour mission d’inculquer à tous les enfants de la ville le culte du travail bien fait, du respect des « grandet », du bien d’autrui et surtout de la participation dans les «affaires de la cité ». C’est peut-être ce dernier aspect qui a marqué Myrtho dans sa vie professionnelle d’abord comme journaliste à Radio Haïti Inter, au Petit Samedi Soir, à Hebdo Jeune Presse dans le années 70 avant de rejoindre à Chicago en 1978 son frère André Léonard et sa mère Margot Fontin.

Loin de la terre natale, Myrtho restait toujours branché sur le quotidien en Haïti à travers ses articles dans le Petit Samedi Soir. Quand je l’ai revu pour la première fois (1979) depuis son départ pour les Etats-Unis, il était déjà très actif au sein d’une communauté haïtienne qui dépassait, peut-être, un millier de personnes (étudiants et professionnels)  et dans les cercles consulaires de pays francophones où il comptait déjà de nombreux amis. Le train de vie traditionnel  aux Etats-Unis «métro, boulot, dodo », il n’en voulait pas vraiment car le cœur n’y était pas. Et ce n’est pas l’arrivée à Chicago de ses sœurs en 1979 (Régine, Yvonelle et Danielle) et de son cousin Mignon l’année suivante qui allait l’enraciner dans la ville adoptive de Barack Obama.

Une fascination pour la carrière de Colbert Bonhomme
C’est sa fascination- obsession même - pour la carrière politique de Colbert Bonhomme, le cousin de son père Franck mort en exil comme ambassadeur de « papa doc »  au Vatican, qui va le porter  à choisir Washington DC pour poursuivre à la fois ses études universitaires et sa carrière de journaliste comme correspondant de presse dans la capitale politique du monde occidental au cours de la première année de Ronald Reagan. Ses héros-journalistes : Robert MacNeil et Jim Lehrer de «PBS Hour ». Ses moments préférés à Washington : les réceptions dans les ambassades étrangères en compagnie des diplomates de carrière, la couverture des grands sommets internationaux avec les leaders du monde politique et les PDG des multinationales.  En 1983, nous avons couvert ensemble le 7ème Sommet du G7 tenu dans l’une des plus anciennes universités des Etats-Unis, William and Mary, à Williamsburg en Virginie  non loin de Washington. Lors de ce sommet, il m’a confié pour la première fois qu’il caressait le rêve de faire carrière dans la diplomatie juste après avoir assisté à une conférence de presse de Jacques Delors, alors ministre des finances de François Mitterrand dans le gouvernement de Pierre Mauroy. Une année plus tard, Myrtho rentre au pays où il allait entamer sa carrière de diplomate au ministère des affaires étrangères au Quai Colomb dans le cabinet particulier du ministre Jean-Robert Estimé. Après 1986, on retrouvera Myrtho Bonhomme à l’Ambassade d’Haïti à Washington et à Ottawa avant d’être nommé Consul Général à Montreal.

Rappelé à Port-au-Prince, il allait consacrer son énergie à la mise en place des structures de l’Académie Nationale Diplomatique et Consulaire d’Haïti (ANDC). Tout a commencé au centre-ville de Port-au-Prince en 1988 avec un séminaire de trois mois en relations internationales. En 1994, l’ANDC ouvre officiellement ses portes. Grâce à la vision de son fondateur et le support de nombreux professionnels et universitaires de la place, l’ANDC est un centre de formation de référence pour nos futurs diplomates et cadres de l’administration publique et du secteur privé. Les succès des licenciés de l’ANDC dans les universités étrangères sont bien connus. Ici dans le Massachusetts, on peut citer le cas de Ronald Bernard qui a bouclé une maîtrise en Développement durable à la prestigieuse Brandeis University.

Lors de ma dernière visite à l’ANDC à la fin du mois de janvier 2012, il me parlait de ses ambitieux projets en dépit des dégâts causés à l’avenue N par le séisme du 12 janvier 2010: construction d’un campus universitaire du côté de Damiens, l’ouverture d’écoles-satellites dans les départements du Nord, du Sud et du Centre, plus de stages de perfectionnement pour «nos étudiants » aux Etats-Unis, en Europe et en Amérique latine.

L’optimiste dans un pays toujours en crise
S’il y a un sujet qui nous a divisés c’est notre vision d’Haïti. Il n’a pas eu le temps de me pardonner pour ma décision «d’abandonner », comme il me le disait souvent,  ce pays qui «vous a tout donné ». On en a discuté pendant environ un quart de siècle car il est retourné au pays alors que j’allais prendre le chemin inverse pour ne revenir qu’en tant que visiteur après deux décades.

En dehors de ses activités universitaires, Myrtho voulait participer activement dans la vie politique de son pays. Candidat malheureux aux élections législatives pour la circonscription de Petit-Goâve, il y a quelques années, il me confia lors d’une conversation téléphonique  peu de temps après sa défaite face au jeune Limongi « avoir bien rempli malgré tout son devoir de citoyen engagé dans les affaires de son pays ».

Très souvent, on causait sur les crises politiques haïtiennes qu’a connues le pays au cours de cette longue transition vers la démocratie. Jamais, il ne mentionnait les noms de nos dirigeants politiques particulièrement ceux qui ont exercé les principales fonctions.  Pour lui, le plus important c’était de pouvoir apporter une quelconque contribution au pays. «C’est tellement facile de rester à distance et de critiquer tout ce qui ne tourne pas rond au pays », me répétait-il  à chaque occasion. Et si on commet l’erreur de lui dire que le pays  a connu une descente aux enfers au cours de ces 25 dernières années, il cachera difficilement son agacement face à un jugement aussi sévère. « Et qu’avez-vous fait pour renverser la donne » vous répondra-t-il. Crises en Haïti, Myrtho n’en connait pas ou semble les ignorer.  Cet optimisme l’a accompagné jusqu’à la fin de ces jours. Même après le brutal diagnostic des oncologues de Jackson Memorial Hospital  au mois de mai dernier, il s’est armé de courage pour retourner dans son «Haïti » pour voir une dernière fois l’institution universitaire qu’il a créée en 1994. Déjà très affaibli, il est revenu à Miami au mois de juin pour être soumis à des traitements chimiothérapiques. C’était déjà trop tard. L’ambassadeur Bonhomme s’est éteint dans l’après-midi du vendredi 6 Août tout heureux d’avoir créé une institution qui permet d’exercer la plus noble profession du monde : celle d’enseignant. Cependant, il est parti sans concrétiser une autre rêve : être le Colbert Bonhomme de sa génération dans un poste d’ambassadeur d’Haïti à l’étranger.

Les membres de la famille de Myrtho Bonhomme recevront les condoléances des amis dans l’après-midi du jeudi 19 septembre à Miami. Une veillée funèbre aura lieu le vendredi 20 au local de l’ANDC à l’avenue N à Port-au-Prince alors que les obsèques seront chantées à Pétion-Ville dans la matinée du 21 septembre. Les cendres du cadavre du défunt seront dispersés dans la mer de Petit-Goâve dans l’après-midi.

Yves Cajuste InfoHaiti

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