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Courant 24h sur 24 : faudra-t-il privatiser l’EDH ?

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L’Électricité d’Haïti (EDH) constitue une source de préoccupation tant pour les dirigeants locaux que pour les bailleurs de fonds internationaux qui rechignent à subventionner le courant électrique. Les directeurs généraux se succèdent sans parvenir à y apporter des réponses concrètes à l’épineux problème d’accès à l’électricité à la majorité de la population. Évidemment, il s’agit d’un problème très complexe. La solution nécessitera une réflexion approfondie et une politique efficace. Au cours d’une conférence de presse en date du 14 juillet 2015, l’ex-gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Charles Castel, avait mentionné que le financement de l’État haïtien à l’EDH avait atteint un pic de 450 millions de dollars américains durant l’exercice fiscal 2013-2014. Ce montant devait aider à l’achat et à la production du courant électrique. À l’époque, il équivalait à 24 milliards de gourdes.

À la même période, le Trésor public n’avait collecté que 45,4 milliards de gourdes contre 48,7 milliards de gourdes durant l’exercice fiscal 2014-2015. Ainsi, l’État haïtien dépensait plus de la moitié de ses recettes internes en dépenses d’électricité en 2013-2014. Qui pis est, il n’arrivait même pas à fournir, de façon régulière, 12 heures de courant électrique par jour à la population. Cela voudrait dire qu’à cette date, même si l’État haïtien consacrait toutes ses recettes internes à l’achat ou la production de l’électricité, il n’arriverait pas forcément à fournir de l’électricité 24 heures sur 24 à la population. Aujourd’hui encore, moins de trois ménages haïtiens sur dix ont accès au courant électrique. Les prises clandestines représentent une part significative de la consommation d’énergie. Ces prises et les pertes techniques absorbent une part importante de la capacité totale de production disponible. 

Il faut quand même noter que la subvention de l’État n’a pas toujours été aussi élevée. En général, elle avoisine, en moyenne, 200 millions de dollars américains par an. Mais là encore, la facture demeure très salée. L’économiste Etzer Émile avait souligné le fait que, dans le budget 2013-2014, le soutien financier de l’État haïtien à l’EDH correspondait, à peu près, au total des budgets annuels des ministères de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) et de Santé publique et de la Population (MSPP) combinés. Le budget de ces ministères s’élevait à 25,6 milliards de gourdes. Le financement de l’EDH pousse l’État haïtien à consentir des déficits budgétaires très élevés sans qu’elle parvienne à être efficace. 

D’ailleurs, certaines entreprises commerciales n’utilisent plus le réseau de l’EDH à cause de son instabilité et du coût relativement élevé du kilowatt/heure. Elles optent plutôt pour des génératrices de grande capacité. L’actuel directeur général de l’EDH, l’ingénieur Hervé Pierre-Louis, a fait état des problèmes auxquels est confrontée l’institution, notamment la faiblesse de la capacité de production et l’incapacité de recouvrement des dettes des clients. Parmi ces mauvais clients se trouvent certaines entreprises publiques qui ne paient pas leurs dettes d’électricité envers l’EDH. Comme des ayants droit. 

M. Pierre-Louis promet d’œuvrer, malgré tout, à la matérialisation de la promesse du chef de l’État de fournir de l’électricité 24/24 comme si l’EDH avait fait exprès de ne pas satisfaire la population dans les années précédentes. Il en a profité pour rappeler que l’EDH ne produit que 115 mégawatts d’électricité alors que la demande nationale s’élève à 250 mégawatts. L’EDH ne dispose pas des ressources financières pour augmenter les capacités de production. Même si elle en avait, cela prendrait sûrement plus de deux ans pour doubler sa capacité.  

Avec une consommation électrique per capita de seulement 75 kilowatts par an, Haïti demeure l’un des pays les moins pourvus en courant électrique. Pourtant, l’énergie était l’une des priorités du régime Martelly pendant cinq ans. On constate que les résultats ne sont pas meilleurs aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a six ans. Le président Jovenel Moïse promet de l’électricité 24 sur 24 d’ici à 24 mois comme l’avait fait l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe. Pourra-t-il réussir là où ses prédécesseurs Tèt Kale avaient piteusement échoué? Comment arriver à donner effectivement un accès raisonnable à la majorité de la population au courant électrique ? 

Rappelons que l’EDH a été créée par la loi du 9 août 1971 suite à la nationalisation d’une compagnie privée d’éclairage qui était gérée à l’époque par la compagnie américaine « Stone and Webster Corporation ». L’EDH était conçue comme un organisme d’État autonome à caractère industriel et commercial. Le décret du 20 août 1989 lui conférait la mission de produire, transporter, distribuer et commercialiser l'énergie électrique sur tout le territoire national. Elle détenait le monopole de la distribution du courant électrique à l’échelle nationale. L’année 1971 allait marquer la mise en service de la Centrale hydroélectrique de Péligre, inaugurée le 22 juillet. Le réseau national qui connaissait un développement progressif, selon l’esquisse historique disponible sur le site de l’EDH (http://www.edh.ht/notre-histoire.php), allait enregistrer une période de stagnation, voire de déclin au cours des prochaines années. 

L’exemple d’Hydro-Québec

Faudra-t-il privatiser l’EDH? C’est l’éternelle question qui revient à chaque fois que l’on pose le problème d’accès au courant électrique. Comme s’il fallait retourner à la case départ pour espérer un minimum d’efficacité. Pourtant, certaines sociétés comme le Québec arrivent à obtenir d’excellents résultats en nationalisant le système de production, de gestion et de commercialisation d’électricité. Cette expérience montre que le problème réside plutôt dans la méthode de gestion. En ce sens, la privatisation pourrait effectivement aider à limiter les dégâts. Mais il posera également d’autres types d’inconvénients qu’il faudra chercher à résoudre.  

Ces inconvénients avaient poussé le gouvernement québécois à nationaliser les entreprises privées de production et de commercialisation l’électricité. L’histoire de la création d’Hydro-Québec, retracée dans les lignes qui suivent, pourrait bien inspirer les décideurs haïtiens. Pour retracer les dates les plus importantes, le cours d’économie du Québec de l’enseignant Simon Cadorette à l’Université du Québec à Montréal a été très utile.

En effet, entre 1930 et 1944, les entreprises privées de production d’électricité étaient prospères au Québec. Cependant, elles ne jouissaient pas d’une bonne image auprès du grand public. Les tarifs étaient jugés trop élevés, la qualité du service à la clientèle laissait à désirer. Ces entreprises réalisaient des profits énormes et faisaient montre d’une certaine arrogance face aux tentatives des gouvernements québécois de réglementer le commerce de l’électricité. On leur reprochait aussi des pratiques comptables douteuses et un refus de desservir adéquatement les milieux ruraux, étant donné leur plus faible pouvoir d’achat. Cette situation peu reluisante avait poussé le Premier ministre québécois Adélard Godbout à décider d’exproprier les actifs électriques et gaziers du puissant monopole que constituait la «Montreal Light, Heat and Power».

 M. Godbout confiait la gestion de cette société à une société d’État : la Commission hydroélectrique de Québec. Le 14 avril 1944 allait donner lieu à la création d’Hydro-Québec, une société d’État gérée selon les normes de gestion des entreprises privées. De 1945 à 1959, la croissance de la demande d’électricité allait être boostée par la prospérité de la période suivant la Seconde Guerre mondiale. Hydro-Québec va améliorer la fiabilité de son réseau de transport et de distribution qui avait été de très mauvaise qualité sous l’administration privée. Le Premier ministre Maurice Duplessis exigera à Hydro-Québec d’étendre graduellement son champ d’action au-delà de la région de Montréal. Il confiera à l’Office de l’électrification rurale la mission de l’électrification des régions rurales du Québec. 

Dès son arrivée au pouvoir en juin 1960, le gouvernement libéral de Jean Lesage avait attribué à Hydro-Québec le mandat exclusif d’aménager et d’exploiter les rivières non encore concédées à des intérêts privés. C’est à partir du premier mai 1963 qu’Hydro-Québec allait atteindre une dimension panquébécoise alors que le gouvernement l’autorise à acquérir, de gré à gré, les distributeurs privés d’électricité. À la fin des années 1960, la nationalisation de l’électricité était déjà complète. Il fallait répondre à la demande d’électricité qui avait crû à cette date à un rythme d’environ 7 % par année.  Les autorités ont dû entreprendre des projets de développement de très grande envergure en investissant des sommes importantes. 

À compter de l’année 1990, Hydro-Québec allait relancer son programme de construction pour faire face à la croissance de la demande. L’année 1997 marquait un tournant important d’Hydro-Québec sur le marché de l’électricité en Amérique du Nord. Elle allait s’ouvrir à la concurrence internationale en obtenant un permis de négociant en gros sur les marchés américains. Ce positionnement stratégique sur le marché du nord-est de l’Amérique du Nord exigeait une plus grande fiabilité des réseaux de production, de transport et de distribution à la fine pointe de la technologie. 

Aujourd’hui, la production fonctionne de façon assez autonome de la distribution. De telle sorte que, si le prix de l’électricité à Toronto ou à New York est moins élevé qu’au Québec, Hydro-Québec Distribution peut décider de l’acheter à Toronto ou New York. Donc, Hydro-Québec Production doit fournir l’électricité à Hydro-Québec Distribution à un meilleur prix pour s’assurer d’obtenir le marché québécois. 

Hydro-Québec offre des solutions techniques pour faire évoluer des infrastructures énergétiques à travers le monde. Elle représente le premier producteur d’énergie renouvelable d’Amérique du Nord et exploite un vaste réseau de transport à haute tension. Pour la quatrième année de suite,  le bénéfice net du premier trimestre de 2017 de Hydro-Québec dépasse 1,5 milliard de dollars canadiens. À ce rythme, cela ferait près de 6 milliards de dollars de bénéfice net par an. Les équipements de production et de transport ont été très performants et ont permis de réaliser un volume record d’exportations nettes pour un trimestre. Pour la première fois de son histoire, Hydro-Québec a franchi le cap des 10 térawatts/heure au cours d’une période de trois mois en termes d’exportation d’électricité en dehors du Québec. 

Pour les trois premiers mois de l’année 2017, Hydro-Québec a consacré 652 millions de dollars canadiens à ses investissements en immobilisations corporelles et en actifs incorporels, comparativement à 618 millions en 2016. Ces montants, selon les informations disponibles sur le site de l’institution, ont été affectés aux projets de développement et de croissance ainsi qu’aux activités de maintien et d’amélioration des actifs de l’entreprise. 

Comment peut-on expliquer l’impressionnant succès de Hydro-Québec et la faillite de l’EDH ? Les deux étant des entreprises publiques qui ont été nationalisées. Les réponses de tous les directeurs de l’EDH et de tous les professionnels du domaine seraient d’une importance cruciale. Mais l’exemple d’Hydro-Québec invite les dirigeants haïtiens à opter pour une gestion saine, scientifique et transparente des biens, institutions et ressources de l’État.   

Source Nouvelliste



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