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Financer la croissance économique, miser sur l’audace et la prise de risque

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L’absence d’un plan économique exploitable pour le pays est un des reproches adressés souvent aux différents gouvernements qui se sont succédés en Haïti. Les plans produits sont toujours mal pensés et sans ambition. Souvent, les institutions internationales tentent de combler ce vide pour déboucher toujours sur des résultats qui ne font pas avancer le pays car non seulement leurs plans ne trouvent pas porteurs au niveau national mais aussi s’attaquent superficiellement aux problèmes qui demeurent toujours non résolus. Le plan stratégique de développement d’Haïti (PSDH), objectif 20301, demeure un joli document mal connu qui n’est d’ailleurs pas accompagné d’un plan financier et aujourd’hui est peut-être déjà relégué aux oubliettes car lui aussi n’est porté par aucun responsable stratégique. Le temps pressant et devant la nécessité d’avoir une nouvelle approche économique qui donne dos au passé et ouvrir de nouveaux horizons de croissance, le GEDH estime approprié de se pencher sur les ressources financières qui devraient être mobilisées pour accomplir ce taux de croissance annuel moyen de 14% permettant de parvenir au doublement du PIB en 5 ans, nonobstant un consensus entre les acteurs de la société en vue de la poursuite d’un tel objectif.

 

Financer la croissance économique avec 22.95 milliards de dollars

AXE

Activités

Investissement

Poids

PPP (2)

Etat

I

Infrastructure

 

 

 

 

 

Energie

1,950

8.50%

1,950

-

 

Route

1,025

4.47%

1,000

25

 

Aéroports

1,170

5.10%

1,100

70

 

Ports

1,140

4.97%

 

1,140

 

Urbanisation et Logement

6,600

28.76%

6,000

600

 

Sous total

11,885

51.79%

10,050

1,835

 

 

 

 

 

 

II

Industrie

 

 

 

 

 

CPIE

3,000

13.07%

2,500

500

 

Equipements

750

3.27%

 

750

 

Sous total

3,750

16.34%

2,500

1,250

 

 

 

 

 

 

III

Secteur agricole

Investissement

Poids

PPP (2)

Etat

 

Mécanisation

415

6.36%

1200

260

 

Commercialisation

200

1.81%

 

415

 

Agro industrie

1460

0.87%

 

200

 

Environnement

250

1.09%

 

250

 

Sous total

2325

10.13%

1200

1125

 

 

 

 

 

 

IV

Tourisme

710

3.09%

400

310

 

 

 

 

 

 

V

Décentralisation

 

 

 

 

 

CSDL

3,280

14.29%

3,280

 

 

 

 

 

 

VI

Gouv Financière

1000

4.36%

300

1000

1 Le PSDH a été élaboré par le gouvernement de Michel Martelly en début de mandat.

 

Cet article présentera les montants des investissements devant financer la croissance économique, leur bien fondé et leur distribution ainsi que de leurs sources avant de traiter des moyens de les mobiliser. C’est évidemment une stratégie audacieuse qui devrait sensibiliser les haïtiens et haïtiennes sur le fait qu’ils sont tous perdants et condamnés à patauger dans la misère et l’irrespect s’ils ne prennent pas conscience de la position d’Haïti comme le plus pauvre des pays du continent, une pauvreté surtout mentale mais non en ressources matérielles et en potentialités humaines, et travailler en vue de s’en sortir.

 

Les ressources nécessaires et leurs allocations

Des simulations par secteur sur les différents projets qui devraient être matériellement mis en branle mènent à comprendre que la relance économique exigerait une enveloppe de 22.95 milliards de dollars sur cinq ans qui financeraient six 6 compartiments de l’économie nationale. Trois d’entre eux portent respectivement sur l’infrastructure économique, le secteur agricole et la construction de la base industrielle ; les trois autres s’attaquent à des volets stratégiques forts qui doivent accompagner le processus de construction socio-économique : la décentralisation, les infrastructures touristiques et la gouvernance financière. Le présent article traite des trois premiers compartiments.

Une analyse rapprochée de la distribution de l’enveloppe d’investissement sur les cinq prochaines années montre que la construction de l’infrastructure économique absorberait près de 51.79% du total, soit près de 11.9 milliards de dollars. Ce montant doit financer sur cinq ans : le sous-secteur de l’énergie mobilisant 1.95 milliards, le transport terrestre et les infrastructures routières comptant pour 1.03 milliard, les aéroports pour 1.117 milliards, les ports pour 1.14 milliards. Mais le gros des montants alloués aux infrastructures, soit 55% de l’enveloppe, est réservé à la construction et la modernisation du sous-secteur de l’urbanisation et du logement terriblement frappé en 2010 et qui à date n’a pas fait l’objet d’une approche systémique de sa reconstruction.

 

Les paris à gagner au niveau des infrastructures économiques

La construction de l’infrastructure économique renvoie à la mise en place de l’ensemble des structures physiques qui permettent la conduite des activités économiques et sociales des citoyens. Elle est composée du système de transport terrestre, du transport aérien et du transport maritime, du cadre urbain et des capacités installées de production énergétique. La présence de ces infrastructures permet au pays de fonctionner, de produire et garantit la circulation des personnes et des marchandises produites à l’intérieur du pays et avec les autres pays.

Cette infrastructure est faible, désuète et inadéquate aujourd’hui en Haïti. Sa construction s’impose comme une nécessité s’il faut ambitionner un pays compétitif et en mesure de s’intégrer dans le concert des nations modernes. Des efforts ont été faits en ce sens par nos voisins de l’Est et de la Caraïbe et les résultats sautent aux yeux. La modernisation de cette infrastructure est un pari à gagner pour Haïti.

Mais cela suppose une approche permettant l’articulation des activités conduites par chaque secteur avec celles des autres secteurs de manière à assurer leur interconnexion et la production des effets d’entrainement qui en résultent. C’est ce qui garantira que les investissements ne sont pas morts mais plutôt débordent le secteur dans lequel ils sont consentis pour stimuler la demande d’autres produits et d’autres services dans les autres branches de l’économie. Ceci n’est pas constaté en Haïti. Au contraire, les matières premières et les ressources humaines disponibles sur place ne sont pas mises en valeur lors de la réalisation de grands travaux et on constate généralement très peu d’effets d’entrainement, en raison du fait que ces matières et ces ressources sont importées par les bénéficiaires des contrats d’exécution.

Il convient à cet effet de souligner que la construction de l’infrastructure économique nécessitera trois intrants clés : l’acier, le ciment et les ressources humaines. Si le premier facteur doit être pleinement importé, les deux autres comptent parmi les ressources que Haïti possède et qui sont à valoriser dans ce vaste projet. La construction de l’infrastructure est l’opportunité de relancer la production du ciment en exploitant les réserves de pouzzolane estimées en 1992 à 3 million de mètres cubes mais abandonnées en faveur des importations en raison des faiblesses de la politique économique de l’Etat. Celui-ci a la responsabilité de s’assurer que les usines de production sont mises en place et gérées adéquatement en créant les conditions pour mobiliser les capitaux privés à leur construction.

Parallèlement, les travaux engagés dans le cadre de ce vaste projet et exécutés par les contractants internationaux auront aussi la vertu d’assurer le transfert du savoir et du savoir-faire au personnel haïtien dans les domaines dans lesquels celui-ci ne possède pas les connaissances appropriées. Ces contractants ne pourront pas se contenter d’exploiter la main-d’œuvre non qualifiée pour laquelle ils paient le salaire minimum alimentant la misère et la pauvreté alors qu’ils exportent les capitaux mis à leur disposition par l’Etat Haïtien.

Faute d’une politique claire de gestion des ressources et relative à l’articulation des branches de l’économie, les investissements consentis iront alimenter la croissance des autres pays de la région qui profiteront des emplois qui n’auront pas été créés dans les usines haïtiennes avec pour effet direct de contribuer à affaiblir la gourde en raison de son poids dans le panier des importations, aggravant ainsi déficit commercial. Les ressources mobilisées ne serviront dans ce cas qu’à endetter le pays et à construire des ouvrages qui vont se détériorer dans quelques années, faute de pouvoir les entretenir.

Le deuxième pari à gagner dans le domaine de l’infrastructure économique est bien celui de l’énergie. Dans l’état actuel des choses, la demande de l’électricité au niveau de l’ensemble du pays est estimée très faible avec moins de 500 Mégawatts de courant difficilement satisfaite par les structures en place composées de EDH et d’autres fournisseurs privés. Ces deniers sont parvenus à produire jusqu’à 1 Gigawatt en quelques occasions (en 2012, par exemple), mais seulement 35% en moyenne sont facturés; le reste étant des pertes techniques et commerciales. La complexité de ce sous-secteur commande des solutions tout aussi complexes et osées pour sécuriser la base fondamentale du développement et faire baisser les couts de manière transversale dans l’ensemble de l’économie. Mettre le pays sur le chemin de la croissance exige cependant une offre d’électricité plusieurs fois supérieures et une capacité de gestion commerciale de l’offre qui soit à même de répondre aux impératifs de l’heure.

Le troisième pari à gagner concerne les infrastructures de communication: les ports, aéroports et les routes, totalisant ensemble 14.54% de l’enveloppe des investissements. Ces trois domaines forment une base importante pour la circulation et le transport des biens et des personnes, indispensable à la bonne marche de l’économie. Le tourisme aussi bien local qu’international ne peut exister sans cette base qui est généralement mal comprise en Haïti.

Par exemple, le principal aéroport du pays a déjà atteint sa capacité de 1.5 millions de passagers depuis 2009 alors qu’au cours des cinq dernières années on se plait à embellir son intérieur, ignorant que la capacité d’un aéroport est définie par sa capacité à recevoir dans les moments de pointe les avions sur les pistes d’atterrissage et le tarmac ainsi que les passagers à l’intérieur. Quant aux activités portuaires, aucun navire transportant 50 000 tonnes de marchandises n’est en mesure de s’accoster au port de Port au Prince, le plus grand en Haïti, ce qui explique que le pays est incapable seul de profiter des meilleurs prix sur les marchés internationaux car obligé de s’approvisionner sur les marchés secondaires ou en association avec d’autres petits acheteurs.

Quant aux routes, il y a certainement urgence dans la demeure. Etant importateur de pétrole et avec la croissance du parc des véhicules, les routes deviennent une source d’inefficacité pour l’économie de manière globale au niveau des grandes villes et d’aggravation de déficit commercial en particulier. Les motorises perdent une grande partie de leur temps dans le trafic à l’aller et au retour du travail, perte de temps qui fait baisser la productivité de l’économie et gaspillant le pétrole importé à prix fort. Conçues pour des populations qui ne dépassaient pas 100 mille personnes depuis plusieurs décennies avec un nombre de véhicules limité, elles en accueillent maintenant des millions et plusieurs centaines de milliers de véhicules. La construction des routes est donc parmi les premières activités qui devraient mobiliser les responsables financières du pays.

En dernier lieu, vient le sous-secteur du bâtiment rudement éprouvé par la catastrophe de 2010. Au-delà des maisons, bâtiments publics et églises détruits, c’est le système urbain qui a été questionné par la catastrophe naturelle. La réponse a été donnée sous la forme de 200 mille morts, des centaines de milliers de blessés, des pertes matérielles estimées en plus de dix milliards. Les cinq prochaines années offrent l’occasion pour l’Etat de faire de l’expérience de cette catastrophe une leçon de reconstruction et de modernisation du système urbain du pays. A cet effet, 6.6 milliards de dollars devraient être prévus pour lancer cette reconstruction qui peut durer plus d’une décennie avant de donner une santé urbaine au pays.

Au claire, c’est l’occasion de lancer un programme de débidonvillisation des villes et de réorganisation de la cité afin que les structures de vie soient mises en place selon les normes cadastrales. Les constructions anarchiques qui ceinturent Port au Prince et toutes les grandes villes du pays, les mornes dits réservés pourtant envahis par les squatters, doivent trouver une réponse au cours des cinq prochaines années car l’Etat doit s’attaquer à l’épineuse question de l’occupation illégale des propriétés privées causant un sérieux handicap à la mobilisation de l’investissement privé par l’insécurité foncière qu’elle alimente.

Ce qu’il faut comprendre ici est le fait que la solution apportée à ces grands problèmes participera du processus de création de la richesse en créant les emplois, en générant les revenus, en suscitant l’augmentation de la demande globale qui supportera la croissance. Les responsables stratégiques et politiques ont ici la clé du succès économique et politiques des prochaines années. Les premières résistances qui seront certainement exploitées politiquement par les uns et les autres offriront l’opportunité aux hommes d’Etat visionnaires d’émerger.

 

Les paris à gagner au niveau du secteur agricole

Comme on le sait, le secteur agricole aujourd’hui mobilise entre 50-60% de la force de travail du pays estimée à plus de 5 millions de personnes. Pourtant, il occupe 20.35% du produit intérieur brut, selon les dernières estimations de l’IHSI. Cela signifie que les travailleurs s’empilent sur des lopins de terre à faible rendement, sans les moyens qu’il faut pour augmenter la productivité de la terre et la valorisation de ses produits. C’est un secteur qui est malade d’improductivité qu’il faut attaquer sur plusieurs points.

Les défis à relever dans ce secteur consistent à procéder à la réorganisation du système de valorisation de ses ressources humaines et des produits de la terre en y créant de nouvelles opportunités et en déplaçant ces ressources de position d’un bout à l’autre. En fait, il s’agit d’intervenir sur quatre volets : 1) la mécanisation du processus de production, 2) la reprise et la consolidation des activités de transformation des produits agricoles, 3) la commercialisation des produits agricoles, 4) la reconstruction de l’environnement de manière générale et agricole en particulier.

Par rapport au premier volet, on parle ici d’un processus de capitalisation qui se traduit par l’augmentation de l’outillage agricole et l’introduction des machines permettant de travailler la terre avec le moins d’effort possible, éliminant ainsi ces traditions qui ne font que ruiner le courage des travailleurs agricoles sans toutefois augmenter le rendement agricole. Le moment est donc venu d’enclencher un processus de mécanisation que doit accompagner la maitrise de l’eau nécessaire pour irriguer les terres irrigables mettant ainsi les cultures en plaine à l’abri de la sécheresse.

Cette mécanisation qui augmentera le rendement de la terre aura évidemment ses effets paradoxaux sur l’emploi. Les machines réduisant le nombre de travailleurs sur les champs agricoles, il s’en suivra le chômage d’un grand nombre de ces derniers qui doivent être replacés ailleurs. La réponse à ce problème dérivé réside dans la transformation agro-alimentaire qui devient importante pour absorber les travailleurs déplacés par les machines. Une politique agro industrielle s’impose alors. Celle-ci participe en effet de la recherche de productivité du secteur en s’attaquant au problème en amont comme en aval : produire et transformer pour la consommation. Ce qui ne manquera pas de réduire le déficit de la balance commerciale qui aujourd’hui est négativement affectée par les importations des produits alimentaires augmentées de 53.14% de 2009 à 2016.

La valorisation et la recherche de productivité du secteur agricole doivent être renforcées par une stratégie de commercialisation agressive et volontariste de la part de l’Etat qui est dans l’obligation de supporter les prix agricoles en offrant aux producteurs la possibilité de vendre leurs produits aux prix du marché régional aux moments des récoltes et de les stocker pour l’après saison. Ce qui implique la mise en place d’un programme consistant à construire des centres de stockage à travers le pays, particulièrement dans les endroits à forte production céréalière et de légumineuses diverses qui ne sont pas écoulées ou vendues aux entreprises agro-alimentaires. Dans cette catégorie d’intervention, est aussi inscrit un programme de production de protéine animale supporté par la production céréalière. D’où la relance de l’industrie de la volaille disparue dans les années 1990 à la faveur d’une politique supportant l’occupation du marché national par les abats divers.

Un tel mécanisme représente un moyen de capitaliser le secteur de manière générale et de le rendre financièrement viable et attractif pour les investisseurs qui s’intéressent à l’agriculture. La présence de l’agro-industrie qui jadis montrait des velléités d’un sous-secteur en bourgeonnement deviendra à coup sûr un facteur de croissance de la richesse nationale et capable de contenir la migration vers les villes pour grossir et faire proliférer les bidonvilles des zones métropolitaines des départements géographiques de l’Ouest, du Nord du Sud et de l’Artibonite.

En plus de tout cela, le problème de l’environnement est en soit un facteur non négligeable à gérer. Il est inconcevable de penser à la valorisation du secteur agricole sans s’attaquer à l’environnement de manière globale. Ce qui appelle à un programme de reforestation qui devient un passage obligé et les premiers pas étant à faire en milieu agricole. Les programmes de réhabilitation des bassins versants et leur reforestation à travers le pays comptent parmi les premières initiatives en raison de leur rôle dans la protection des terres arabes qui sont nécessaires pour les cultures pratiquées en pente.

Les défis à gérer sont nombreux dans le secteur agricole et on pourrait continuer à les décliner indéfiniment. Par contre, les spécialistes du secteur conviendront que ceux qui sont ici retenus forment globalement les grandes lignes stratégiques à suivre pour parvenir à son redressement et sa capitalisation. Il reste cependant que ce sont des grands défis qu’il revient aux responsables de l’Etat d’assumer s’il faut espérer sortir du carcan misérabiliste dans lequel le secteur est aujourd’hui inscrit. Et l’allocation de 2.335 milliards de dollars d’investissement sur cinq ans est ce qu’il faudrait pour apporter une première réponse à un projet de vingt-cinq ans mobilisant au moins cinq fois cette valeur pour mettre Haïti sur la carte des pays gérant leurs destinées.

 

Les paris à gagner au niveau du secteur manufacturier

Jadis la pierre de lance d’un mouvement qui semblait mettre Haïti sur le chemin de l’émergence d’une industrie manufacturière légère et dynamique, surtout dans les années 1970, la production de cette branche d’activités a connu un revirement plutôt spectaculaire vers la fin des années 1980. De son niveau de 20% du PIB jusqu’au début des années 2000, cette branche est aujourd’hui à 8% du PIB national. Ce qui soutient cette maigre part du PIB national c’est d’abord l’industrie de la sous-traitance qui elle-même a connu ses propres déboires à la faveur des soubresauts politiques enregistrés au cours de ces 30 dernières années. De 80 000 emplois créés vers la fin des années soixante-dix, ce secteur n’a jamais pu se reprendre pour en dépasser les 30 mille depuis les années quatre-vingt-dix. A ce carrefour où il est question de relancer la production industrielle, il importe de prendre les dispositions de relever le défi des importation des produits usagés communément appelés ‘pèpè’ qui ont remplacés la production manufacturière locale depuis ces 25 dernières années. Divers gouvernements se sont succédés sans se soucier de s’attaquer à ce problème économique épineux qui entravent pourtant la croissance économique et aggrave vainement la balance commerciale tout en exerçant une pression sur la gourde. Le pire c’est que dans le tableau de la balance des paiements cette rubrique passe dans la catégorie des erreurs et omissions.

Il s’agit, au cours des cinq prochaines années, de relancer les activités de l’industrie légère, une relance consistant à se reposer sur la consommation locale en vue de profiter d’un marché de près de 11 millions d’habitants. Y parvenir se traduit par un investissement 3.75 milliards de dollars sur cinq ans, mettant le paquet pour supporter une approche industrielle agressive. C’est un secteur à construire et appelé à constituer un des pivots de la croissance économique. Elle s’appuierait sur une approche qui puisse offrir les produits de manière à répondre à la demande. Cela signifie mener une politique de proximité consistant à mettre en place des centres de production industrielle là où se trouvent les poches d’emplois.

Ces centres qui accueilleraient les différentes filières de production deviendraient des pôles de croissance pour l’économie qui bénéficierait du coup de sa formalisation. Ils se constitueraient en poches de profits et de création d’emplois, ouvrant ainsi la voie à l’Etat pour collecter sans difficulté l’impôt sur le revenu et les autres taxes associées.

Placée dans un contexte de long terme, cette industrie serait supportée par des programmes de perfectionnement destinés aux pratiquant des métiers et dispensés dans des centres de formation, de spécialisation et de recyclage. Les différents corps de métiers seraient compris dans ce programme dont le but est d’arriver au relèvement de la qualité et à la standardisation de l’ouvrage sorti du processus industriel en vue d’être compétitif par rapport aux produits importés et usagés qui envahissent le marché local alors qu’une stratégie adéquate est conçue pour s’attaquer au fléau ‘pèpè’.

Quant à la production pour l’exportation, le projet industriel investirait des ressources dans la construction des zones franches et les endroits qui ont été déjà retenus ou qui répondraient aux critères de qualification définis à ce propos. Les divers accords et marchés ouverts aux produits fabriqués en Haïti serviraient à renforcer la production manufacturière et de support aux exportations des produits manufacturés.

Les détails de ces investissements sont étudiés ailleurs par le GEDH. Mais globalement ce cadre d’investissement taillé dans l’objectif de lancer un vaste mouvement de production de la richesse passerait par le lancement d’une phase pilote accompagnée par les centres de formation en place. Dans sa phase expansive, le projet bénéficierait d’un plan destiné à supporter financièrement les intéressés, une organisation visant à capitaliser les hommes et femmes de petits métiers et au renforcement des petites et moyennes entreprises (PME) évoluant dans ces centres industriels.

Dans certaines régions du pays, ces centres accueilleraient les entreprises agro industrielles dans un souci de structuration économique, évitant l’éparpillement des ressources et supports divers tels que l’énergie, le transport des matières premières et le système de stockage.

La construction de la base industrielle est une proposition audacieuse devant faire l’objet d’un plan minutieusement étudié pour ne pas rater les rendez-vous. La phase pilote est probablement le volet le plus important en raison des leçons qu’elle comprend pour la phase expansive. Le succès est toutefois garanti si tout est mis en place et chacun joue sa partition, particulièrement la partition financière. A elle seule, l’industrie peut apporter à partir de la deuxième année de son lancement plus de 25% de croissance économique dans la mesure qu’elle parvient à mobiliser les capitaux nécessaires au financement de 33 centres de production manufacturière et industrielle. Sa matérialisation nécessite un porteur convaincu que la lutte à mener pour le redressement d’Haïti passe par l’accumulation de la richesse pour le pays et pour tout un chacun.

Deux autres branches restent encore à explorer : le secteur commercial et touristique, la décentralisation entant que vecteur de croissance. Mais les trois axes de production déjà traités constituent la base de l’économie nationale et sont capables d’être le moteur de sa croissance. Par suite de certaines simulations, l’ensemble des ressources financières appelées à supporter les différentes branches d’activités totalise 22.95 milliards de dollars. Ces ressources iraient à l’infrastructure économique, à la réorganisation de la production du secteur agricole et à la relance des activités industrielles. La proposition avancée ici s’achoppe par contre sur une seule question : le financement de l’enveloppe elle-même. Un grand inconnu s’exclameraient les uns et les autres.

 

Groupe Economique pour le Développement d'Haïti




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