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In Mémoriam Thierry Gardère

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image Thierry Gardere

Ma chère Muriel 

Ma chère Delphine

Mesdames messieurs les associés de la Société Barbancourt

Monsieur le président et les membres du conseil de la UNIBANK

Collaborateurs et employés de l’usine Barbancourt

Famille eplorée

Chers parents et amis,

Dans les premiers jours du mois de mai 1976, un jeune comptable venu du Sud d’Haïti, ayant bénéficié de la confiance du P.D.G. de Barbancourt  Monsieur Jean Gardère faisait ses débuts dans l’entreprise .

Un mois après, un autre jeune cadre, frais émoulu de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, quant à lui,  intégrait également à titre d’employé la même entreprise.  

Monsieur Jean Gardère prit le soin de placer le nouveau venu sous la  supervision du comptable, en insistant sur le fait que celui-ci devait initier celui-là à toutes les subtilités  de la boîte, en ne lui ménageant ni peine ni efforts, et surtout en ne lui accordant aucune considération particulière. 

Le comptable venu des Cayes, c’était votre serviteur qui, à l’époque avait 32 ans et venait de terminer ses études à la faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince,  

Et le nouvel employé mis sous ma tutelle, c’était le jeune fils de mon employeur- Thierry Gardère, à peine âgé de 24 ans à l’époque.  

Mon nouvel élève-si on peut l’appeler ainsi- ne venait certes pas du néant.

Diplômé en génie mécanique de l’une des meilleures écoles du monde,  et ceci après des études secondaires au lycée Janson de Sailly à Paris, son bagage théorique le qualifiait certes pour le job. 

Ceci dit, il avait naturellement ses faiblesses.  Lui-même avouera qu’au moment de commencer à travailler dans l’usine de son père, ses connaissances en matière de finances laissaient à désirer. 

Toutefois, Thierry apprit vite.  Ne reculant jamais devant l’effort, et toujours avide d’apprendre,  il se perfectionna  progressivement, à tel point que  lorsqu’en 1990, le formidable Jean Gardère quitta définitivement l’arène, son fils était à même de prendre les commandes.

Assumer la succession d’un homme de la trempe de Jean Gardère à la tête d’une entreprise telle que Barbancourt relevait certes de la  gageure. 

Ce défi, pourtant, Thierry ne se contenta pas de le relever. 

Il alla de l’avant.  

Discret et réservé, Thierry était un homme de caractère qui sut introduire les réformes qui firent entrer le Rhum  Barbancourt de plain-pied dans le nouveau millénaire.  

Mais surtout, lorsque le sort s’abattit sur nous, il sut relever la tête. 

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui restera gravé dans les mémoires comme l’un des jours les plus sombres de notre nation, n’aura pas – peu s’en faut - épargné, comme elle  n’a pas épargné d’autres symboles, le symbole de la fierté nationale, le rhum Barbancourt. 

Je vous ferai grâce des détails, et du spectacle pathétique qu’offraient  nos installations en grande partie détruites, et nos chers tonneaux éventrés. 

Ce qui importe de dire, c’est que, face à ce coup du destin, Thierry n’a pas baissé les bras. «Il faut remonter, quand on tombe de cheval», disait-il.

Le lendemain même du drame, il avait commencé à canaliser l’énergie et la détermination de son équipe vers le redressement rapide de la situation car il avait, disait-il, une responsabilité morale envers ses prédécesseurs, les consommateurs, ses différents partenaires, ses collaborateurs et le pays tout entier qu’il ne pouvait pas lâcher en chemin. Et à mesure que passaient les jours, puis les semaines, puis les mois, Barbancourt se remettait sur pied, pour resplendir encore plus jeune encore plus savoureux...

Cela ne veut pas dire que d’autres défis ne se dressaient pas devant lui. Je citerai particulièrement un, celui de l’approvisionnement en canne à sucre, notre matière première, qui, depuis quelque temps, se fait de plus en plus rare au niveau de la plaine du Cul-de-Sac. Il faut aller chercher la canne beaucoup plus loin et Thierry en était bien conscient.

Avec sa sérénité habituelle, Thierry se mettait posément en quête de solutions et je sais qu’il les avait déjà trouvées  lorsque, malheureusement, le frappa le dernier coup – celui dont on ne se relève pas…… du moins en ce bas monde. Il est parti calmement ce 1er mars dernier avec dans sa tête tous ces beaux projets qu’il caressait pour Barbancourt. Ce qui nous réconforte, c’est que nous croyons fermement,  nous savons sans l’ombre d’un doute  que Thierry, à l’heure où nous parlons, se trouve en un monde meilleur. 

Un monde qui accueille ceux qui œuvrent dans la droiture,  ceux qui œuvrent avec  bonté. 

Car Thierry, en plus d’avoir été un extraordinaire capitaine d’entreprise, était également un homme bon, toujours à l’écoute de l’autre. Cet autre, fut-il le plus modeste de ses ouvriers. C’est ce qui explique d’ailleurs sa participation à l’actionnariat de la UNIBANK depuis sa création et sa présence pendant ces 20 dernières années au conseil d’administration de notre banque 5 étoiles.

Mesdames, messieurs, 

Je m’en voudrais de ne pas mentionner ici toute une série d’initiatives prises par Thierry Gardère dans le cadre de la Fondation Barbancourt qu’il créa lui-même en 1998 en vue d’offrir à la société commerciale les moyens d’organiser plus méthodiquement des actions philanthropiques au bénéfice de la communauté environnante et des employés défavorisés de l’entreprise. Citons entre autres : le don d’un carreau de terre à Tabarre pour la construction du local des centres Geskios en 2000, la campagne d’alphabétisation pour les ouvriers de la section agricole de l’usine en partenariat avec la secrétairerie d’État à l’Alphabétisation en 2006, des activités de sensibilisation et d’information des employés de Barbancourt avec dépistage volontaire et prise en charge dans le cadre de la lutte contre le VIH-SIDA, la construction d’un centre communautaire pour les résidents de Blanchard en partenariat avec les Lions Clubs d’Haïti, des bourses d’études pour les enfants des employés et des bourses d’écriture à plusieurs écrivains haïtiens. Pour finir, je dois mentionner tout un programme de relance de la culture de la canne à sucre au profit des planteurs de la plaine du Cul-de-Sac et la création avec l’Université de Miami d’une pépinière de nouveaux plants de canne à sucre adaptés à la zone. 

Oui, je sais que Thierry vit actuellement dans la paix de son Créateur, mais je sais aussi qu’il vivra également dans nos  mémoires. 

Que tant qu’il  y aura sur cette terre des cœurs pour palpiter au nom magique d’Haïti, on se souviendra de celui qui, à la suite de prestigieux devanciers,  les Dupré Barbancourt, les Nathalie Gardère, les Paul Gardère et les Jean Gardere,  se sera dépensé  sans compter pour que perdure , dans tout son prestige et toute sa pureté,  ce vivant symbole de notre patrie, puisque , nous le savons, Barbancourt est devenu un ambassadeur d’Haïti partout dans le monde. Comme le disait Jean Fouchard dans son livre, Barbancourt est en filigrane à chaque page du livre de la nation haïtienne. (Fin de citation).

À  l’origine de nos plus fracassants chefs-d’œuvre , en demi –teinte à nos peines , mais aussi à nos célébrations et  à nos joies, ce pur produit de notre terroir, né en l’année 1862 du cri d’amour de Dupré Barbancourt, cette liqueur bénie  l’est également à cette formidable espérance qui, à l’image de  l’infatigable lutteur que fut Thierry, nous maintient droits devant les épreuves et devant l’adversité, car comme lui, nous savons, nous sentons que cela  vaut la peine de se battre, et qu’ en dépit de tout, Haïti vaincra.

Repose en paix, cher Thierry.

Parce que ce combat auquel tu as donné chaque minute de ta vie, nous te promettons, oui nous jurons  ici, aujourd’hui, à côté de tes parents, de tes héritiers, de tes collaborateurs et employés, des planteurs de canne,  à côté  des millions d’amants de Barbancourt, oui nous continuerons de mener à bien ce combat qui est une histoire de construction, de mise en œuvre institutionnelle, de développement d’une expertise, de travail acharné, de dévouement de toute une équipe de travailleurs  pour la fabrication d’un produit de qualité, le Rhum Barbancourt, l’un des plus beaux fleurons de notre production nationale.  

Ma chère Muriel,

Ton mari a été un homme exceptionnel, un époux compréhensif et un père affectueux. Je sais que tu viens d’être durement frappée par la perte de ce compagnon que tu appréciais tant et qui te chérissait. L’intensité de ton chagrin est très forte et je le partage avec toi.

Quant à toi chère Delphine, je t’exhorte au courage et t’invite à suivre cette voie que ton père a vigoureusement tracée. Il a été un modèle de courage et de rectitude et je demeure persuadé que les belles qualités de ton père te fourniront toute la force nécessaire pour surmonter ce deuil.

Au nom de tout le personnel de la Société du Rhum Barbancourt, je prie toute la famille, spécialement Muriel et ses enfants, les associés de la Société, dont Françoise et Jean Marc, sœur et frère de Thierry, ainsi que Michel Gardère, d’accepter ici l’expression  de nos plus sincères  condoléances. 

À vous tous qui avez connu et apprécié Thierry Gardère, je vous demande de garder bien vivant dans votre esprit le souvenir de l’époux attentionné, du père affectueux, du frère bien-aimé, du parent dévoué, de l’ami sincère, du patron généreux, de l’humaniste et du grand citoyen que fut Thierry Gardère.

AU REVOIR THIERRY. Que la terre te soit légère et que la GRANDE LUMIERE qui ne s’éteint jamais brille sur toi pour toujours!  

Merci. 

William ELIACIN



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