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Jovenel Moïse, les 100 jours franchis, cap sur l’avenir

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image Frantz Duval Redacteur en chef du Nouvelliste

Jeudi, le 18 mai, jour du drapeau et de l’université, Jovenel Moïse bouclera ses 100 jours au pouvoir. Belle coïncidence. Chaque 18 mai, nous avons pris l’habitude de ressasser nos gloires passées, de magnifier les prouesses de nos aïeux, de nous croire plus grands que le ciel et la terre parce qu’un jour sur cette terre le 1er janvier 1804 a eu lieu. Beau passé, mais quel avenir ?

Personne n’ose dire lors des célébrations du drapeau de la victoire que s’il faut tenir à son passé, il est encore plus impérieux de construire l’avenir. De fait, l’Université est souvent la grande oubliée du 18 mai. Un discours du recteur de l’Université d’État d’Haïti, des commémorations, un match par-ci, un championnat par-là, et puis ? Et puis rien. Le 18 mai est avant tout un jour de congé.

Trente ans après l’adoption de la Constitution de 1987 qui a inscrit dans le texte la primauté de l’UEH, étudiants et professeurs peinent à lui trouver des habits neufs pour sa nouvelle mission. Le plus grand centre d’enseignement universitaire du pays n’est plus dans le sillage de l’université voulue par François Duvalier, elle n’a pas non plus épousé les idées de nouveaux idéologues. Entre manifestations des étudiants et le sauve-qui-peut ambiant, l’UEH vivote sans ambition.

Pire, trente ans après l’emprisonnement de l’idéal universitaire dans le corset UEH, les changements opérés dans le paysage de la formation en Haïti ne sont toujours pas digérés par l’État haïtien. La communauté universitaire n’est ni unie, ni en compétition pour la recherche du meilleur. Dans l’enseignement supérieur, nous vivons une infructueuse cohabitation entre le secteur privé et le secteur public.

Pour revenir aux 100 jours du président de la République, il n’y a pas matière à célébrer. On peut en faire le bilan, chercher les bons points ou penser à l’avenir. L’avenir paraît plus prometteur, mais ne semble pas moins inquiétant.

Restons, pour être proche de l’université, dans le secteur de l’éducation.

En 100 jours, Jovenel Moïse n’a pas pu initier de changements dans le monde de l’éducation. Nous ne sommes pas sortis du PSUGO, nous n’avons pas décidé de le réformer ni de lui donner les moyens de ses ambitions. Le plus gros panier percé du secteur éducatif continue à être un trou rond sans fond. On dépense des sommes astronomiques sans résultats en ligne de mire. Les élèves manifestent dans les rues pour demander aux professeurs de revenir en classe.

L’inadéquation de la formation des maîtres, le statut précaire des enseignants, le poids proéminent des zombis qu’on rémunère et qui pénalisent ceux qui travaillent n’empêchent aucun responsable de dormir. Le laissez-faire dure depuis très longtemps déjà et continue d’être la politique suivie par les responsables du secteur éducatif. Pour satisfaire syndicats d’enseignants et parlementaires, on dilapide des ressources rares, tout en sachant que l’impact sera minime. L’administration Moïse-Lafontant n’a pas encore mis la main à cette pâte. Trente-cinq ministres de l’Éducation nationale en trente-cinq ans, trente-cinq visions différentes depuis le départ de Joseph C. Bernard du ministère en 1982. Cela dit tout : un pas en avant, cinq en arrière.

La massification de l’enseignement, l’absence de paliers de contrôle et la faiblesse des examens d’État poussent aux portes de l’université des bataillons de mauvais candidats qui finiront plus tôt que tard à franchir toutes les barrières et à enlever tout sens à la finalité de l’enseignement supérieur. La réforme de l’Université en Haïti, pas seulement celle de l’Université d’État d’Haïti, est un défi que tous les gouvernements esquivent depuis 1986 quand ils ne refusent pas à se la coltiner sitôt les premières difficultés en vue. Jovenel Moïse et son Jack Guy Lafontant n’ont pas encore présenté leur plan sur le sujet. 

« Ils n’ont que cent jours au pouvoir, ils ne peuvent pas tout faire », disent ceux qui appuient sans réserve tout gouvernement en Haïti ou ailleurs. C’est vrai que cent jours sur cinq ans, c’est peu. Cependant, les 100 jours coïncident avec la fête du Drapeau et de l’Université ce 18 mai et il est à craindre que l’on parle beaucoup, encore une fois, de Catherine Flon, de l’historique du drapeau et de nos ancêtres, sans mettre en avant les projets pour demain et comment les réussir.

Ne pas pouvoir célébrer l’Université et la formation professionnelle dans toute sa complexité ce 18 mai 2017 sera reconnaître que l’avenir est en panne. Que le secondaire, le primaire, le préscolaire sont malades. Que nous n’avons pas assez de bons professeurs pour mieux former ces 250 000 enfants qui naissent ici chaque année ni les millions qui vont déjà en classe.

Ne pas se projeter dans l’avenir un 18 mai, c’est accepter que la fuite des cerveaux se poursuive, admettre que le marché du travail continuera à importer des cadres et qu’Haïti a seulement un gros potentiel d’exportation de sueur et de bras. seulement.

Frantz Duval Editorial du Nouvelliste



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