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L'éducation professionnelle, l'autre grand gâchis

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image Frantz Duval Rédacteur en chef du Nouvelliste

Dans notre édition de mardi, une information en page 2 du journal se doit d'interpeller la société haïtienne: sur 54 écoles et universités dispensant une formation en sciences infirmières répertoriées dans la zone métropolitaine, 70 % de ces établissements ne sont pas reconnus par le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), organisme étatique chargé d'autoriser le fonctionnement des institutions de formation en sciences de la santé.
23 des centres de formation se trouvent à Delmas, 18 à Port-au-Prince et 13 à Carrefour. 38 d'entre eux ont pignon sur rue, font de la publicité, recrutent des étudiantes, dispensent des cours, obtiennent des stages, organisent des cérémonies de graduation des diplômés et les placent dans des établissements de santé sans être en règle avec la loi.
La situation n'est sans doute pas différente pour les écoles de génie, de journalisme ou de diplomatie...
Combien de ceux qui tracent les plans et exécutent des constructions de ces maisons au-dessus de nos têtes ont reçu une formation adéquate dans une institution habilitée à former des techniciens dans les règles de l'art ?
Combien de nos diplômés journalistes ou diplomates ne le sont pas vraiment ?
Les statistiques n'existent pas. Les parents se saignent aux quatre veines, les jeunes paradent lors des graduations, la société haïtienne fragilise son avenir.
A l'infini, nous pouvions égrener les secteurs dans le champ de l'éducation professionnelle et technique où aucune autorité ne régule le fonctionnement des centres de formation. Ou si peu.
Personne ne vérifie non plus les curricula. S'inscrivent-ils dans une démarche cohérente ? Leurs professeurs sont-ils habilités à enseigner ?
Déjà, au niveau de l'éducation préscolaire, primaire et secondaire, la débrouille est le premier diplôme détenu par beaucoup de ceux qui enseignent. Plus on s'élève, plus les étudiants sont âgés et proches du marché du travail, plus le flou s'installe.
Les ministères sectoriels, celui de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle en premier, devraient détenir des statistiques sur cette problématique. Qu'en est-il ?
Le grand chantier de l'éducation ne s'arrête pas aux besoins des enfants. L'école gratuite, les livres gratis, les repas gratuits, le transport scolaire gracieux et tous les mécanismes mis en place pour sauver le plus d'élèves possible seront des voeux pieux si, au sommet de l'arbre de la connaissance, des charlatans règnent en seigneurs. Dans l'indifférence générale.
Les infirmiers et infirmières formés dans les écoles non reconnues ne peuvent participer aux examens d'État et, par conséquent, n'auront jamais de certificat, de licence pouvant leur permettre d'exercer leur métier dans le système de santé géré par l'État.
C'est la seule parade que le ministère de la Santé publique a trouvée au problème.
C'est une double peine. On vous laisse fréquenter à vos frais une école illégale tout en sachant que la route de l'emploi vous est barrée. Reste les établissements de santé parallèles au système public. Ils embauchent les maillons faibles sans trop regarder les diplômes.
Les malades en paient le prix et avec eux la société haïtienne dans son ensemble.
Dans la santé comme dans les autres secteurs, nous nourrissons le monstre de notre très coûteux sous-développement.

Frantz Duval

Le Nouvelliste

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