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La Caravane du changement: de l’Artibonite au grand Sud

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image Pierre Raymond Dumas

La relance de la production agricole à travers le pays a été, depuis la campagne électorale, la plus grande priorité du président Jovenel Moïse, investi du désir de bien faire. Dès sa prise de fonction, il se met au travail d’arrache-pied. Son volontarisme serait-il un progrès dans ce pays tétanisé par l’immobilisme et le déclinisme ? Aujourd’hui avec sa nouvelle administration, cette vision est en train de se matérialiser à travers la Caravane du changement, une idée innovante qui permet de mettre ensemble les ressources naturelles, matérielles et humaines du pays afin de réduire la dépendance alimentaire et d’améliorer les conditions de vie des plus démunies, c’est-à-dire les masses paysannes. La vieille méthode d’une gestion sectorielle ratatinée, suivant les procédures administratives langoureuses, n’est plus de mise.

La Caravane du changement, telle que conçue par l’administration Moïse/Lafontant, prend en compte les problèmes réels auxquels sont confrontés les agriculteurs qui ont été par le passé les moteurs de l’économie haïtienne. Nos communautés rurales sont très faibles, donc incapables de bien des côtés de supporter certaines charges. C’est cela qui a rendu plus difficiles les actions initiées jusqu’ici avec tant de ferveur.

Ce programme-phare qui saute par-dessus la barrière des léthargies et toutes les barrières administratives redéfinit radicalement la conception du pouvoir en Haïti. Désormais, le pouvoir se déplace vers la population pour apporter les services et créer les conditions nécessaires au bien-être collectif. Cette idée constitue donc un appel à un regroupement pour réhabiliter le vivre-ensemble et la vie communautaire, manifestation de la solidarité légendaire des Haïtiens, comme une valeur fondamentale constituant notre identité de peuple. Toute la société a ce besoin profond d’engagement des pouvoirs publics aux côtés de nos agriculteurs, si valeureux mais délaissés depuis toujours.

Avec cette grande idée qui laisse songeurs certains trouve un écho favorable auprès de la grande majorité de la population, notamment celle qui vit en milieu rural, le président de la République Jovenel Moïse engage les acteurs économiques et sociaux  dans une nouvelle dynamique, un nouveau pacte pour l’emploi visant à apporter au pays une croissance économique inclusive. Il y a certes à surmonter avec détermination des problèmes de logistiques et de coordination et de suivi entre les divers échelons étatiques et communautaires. Pour améliorer de manière conséquente et pérenne les conditions de vie de la population, un ensemble de domaines a été sélectionné, en fonction de leur caractère transversal et de leur importance pour concentrer les différentes mesures structurantes prévues dans le cadre de la Caravane qui constitue en ce sens une vaste plateforme d’intervention. Les secteurs agricole, environnemental, les travaux publics et l’habitat social ont donc naturellement été placés en premier en particulier, dans ce contexte douloureux d’après l’ouragan Matthew, où à un niveau ou à un autre, les agriculteurs ont subi de graves dommages. C’est à l’Etat de montrer le chemin du renouveau. C’est évidemment le pari qu’a fait le président qui se jette à l’eau, en s’impliquant à cent pour cent et en s’interdisant de tomber dans le découragement, car les obstacles sont déroutants.

La Caravane du changement cristallise également un ensemble de stratégies en vue d’avoir un impact maximal dans les lieux d’intervention identifiés. S’appuyant sur la mise en place d’une cellule d’appui stratégique au développement d’Haïti, qui allie l’expérience à l’expertise, elle entend mobiliser tous les Haïtiens d’ici et d’ailleurs afin qu’ils deviennent des apôtres de cette initiative, mais également afin qu’ils participent comme acteurs dans le processus de changement du pays. Elle se veut également transparente, en prônant une utilisation rationnelle et efficace des ressources. A cet effet, la diffusion d’information quasi permanente et l’implication des acteurs engagés dans les activités de développement sont des éléments capitaux devant garantir son existence afin de réhabiliter sans désemparer le cadre de vie de la population en tenant compte, bien sûr, de la situation d’urgence généralisée. A l’heure où les besoins et les retards sont nombreux, elle est en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire d’Haïti. Une histoire dont les acteurs sont ceux-là qui font tourner l’économie. Les agriculteurs, les acteurs sociaux, les agents économiques, en un mot, tous ceux intéressés par le progrès du pays. Et les résultats sont déjà là, malgré les difficultés et les faibles moyens. Il faut le reconnaître, tout en insistant sur les efforts qui doivent porter sur le long terme. C’est tout particulièrement vrai dans le domaine de l’appropriation des projets par les populations locales.

Depuis le 1er mai, soit un peu plus de deux mois, grâce à la mobilisation d’équipements lourds (excavatrice, loader, bulldozer…), près de 85% des canaux d’irrigation et 37% des canaux de drainage ont été curés dans le cadre de la Caravane dans l’Artibonite, sans compter la réhabilitation de 132 km de pistes agricoles et 394 km de berges. De nombreux canaux sont déjà à 100% curés. Il s’agit de canal Maître rive droite, Upper Benoît, Lower Benoît, Bidone, Coursin Canal, Artibonite Sud, Fossé Naboth Est, Artibonite Nord, Estère Nord A et B, Haute source Nord, entre autres. Mais est-ce tout ?

Menés en un temps record, ces travaux ont permis de déblayer des canaux obstrués depuis plusieurs décennies. Au total, ce sont plus de 61,100 ml prévus dans le canal Maître rive droite (92.5%) qui ont été curés. Dévoués et habiles, les techniciens ont également réalisé 113.4 kms de pistes agricoles sur 100 km prévus et 193.16 km de pistes ont été réhabilitées comprenant le rehaussement de berges et/ou profilage. La valeur du travail effectué ici n’a pas à être appréciée sous le seul angle du succès ; il est d’un autre ordre plus décisif : celui de la continuité.

Pour réaliser cette première phase dénommée opérations Coup de poing, il a fallu mobiliser 172 équipements, et plus de 500 techniciens issus de différentes institutions comme le Centre national des équipements (CNE),  l’Organisation de développement de la vallée de l’Artibonite (ODVA), la Police nationale d’Haïti (PNH), HAYTRAC-Vorbe et Fils. Engagement des autorités publiques, et engagement du secteur privé. L’autre question est celle du partenariat de l’Etat et des entreprises privées, et de leurs rapports entre eux.

Il ne s’agit pas seulement d’agriculture mais d’agro-industrie. La Caravane du changement entre dans une autre phase, celle qui vise à la structuration des entreprises rizicoles. Une phase qui comprend trois composantes. Dans un premier temps, elle s’intéressera à la réorganisation de neuf  entreprises rizicoles autour d’espaces de production de 500 hectares en  moyenne, coûtant près de 810 millions de gourdes, ce projet permettra aussi de commercialiser un riz de qualité standard ; une subvention à FASSIVAL pour le curage manuel ; la modernisation des unités de transformation dans la vallée de l’Artibonite. Comment, en effet, dynamiser la production agricoles sans coopératives de travaux agricole, sans associations de planteurs, sans entreprises rizicoles ? Il s’agit d’établir des relais, en cohérence avec les besoins de la population.

Cap sur le grand Sud

La Caravane du changement s’investit depuis le 1er juillet dans le grand Sud (grand Sud, Grand ‘Anse, Nippes) du pays dévasté après le passage de l’ouragan Matthew. Tout antécédent est soumis à des modes d’évaluation que l’expérience tend à préciser et qu’il coûte cher d’occulter. Les interventions qui l’attendent sont certainement d’une autre nature que celles faites dans l’Artibonite. Beaucoup plus de défis et d’obstacles ont en effet été répertoriés. A en avoir le souffle coupé. En tenant compte des spécificités des trois départements concernés, la Caravane du changement devra contribuer à réhabiliter, notamment l’environnement, des pistes intercommunales et entre les sections communales et à favoriser une meilleure maîtrise de l’eau. Le problème des inondations est particulièrement épineux pour le grand Sud.

La phase de l’opération Coup de poing, qui lance ordinairement les travaux de la Caravane, devra permettre la construction de 125 maisons et la réparation de 1 250 autres. Elle comporte également un volet qui prévoit la fourniture de matériaux de construction dont les roches pour les maisons en gabion, du matériel pour les toitures et une assistance technique pour les constructions. En plus, il est prévu de réhabiliter un certain nombre de fosses septiques, d’entreprendre des travaux de curage de canaux d’eaux usées et d’installer des réservoirs de 10 000 gallons desservant 100 familles. Et ce n’est pas tout. Mais on ne peut pas tout résumer.

Soixante-quatorze bourgs et six villes seront concernés par les travaux de remise en service des réseaux d’eau potable qui permettront de couvrir les besoins en eau de plus de 400 000 personnes, soit environ 250 000 dans le Sud, 70 000 dans le Nippes et 100 000 dans la Grand'Anse. Parallèlement, une centaine de petites localités seront prises en compte dans le cadre d’une campagne de forage. Dans ce programme de reconstruction, c’est en somme la diversité qui l’emporte. Une des questions posées par la mise en valeur du secteur agricole est justement celle de la connexion de l’eau et de la terre.

Par ailleurs, ce sera plus de 1 360 km de routes, dont 637 pour la Grand'Anse, 400 pour le Sud et 323 pour les Nippes qui seront réhabilités et/ou construits. Il est également envisagé de réhabiliter 1 228 hectares irrigués, de traiter 3 000 hectares de bassins versants, de curer 125 km de rivières et de distribuer 3 000 châteaux d’eau en plastique. Il serait regrettable de ne considérer que les infrastructures agricoles.

Dans la phase visant une réhabilitation de l’environnement, la Caravane du changement procédera à la mise en terre de 8 millions de plantules fruitiers ; de 1,3 million de plantules forestières et de 43 pépinières communales. Pour relancer l’agriculture, il sera fourni aux paysans 113 700 000 de boutures de patate/manioc, de drageons de banane et de plants d’igname ainsi qu’un millier de tonnes de semences vivrières auxquels il faut ajouter 30 000 outils et équipements agricoles et aussi d’accompagner la mécanisation de 10 000 hectares de terre agricoles. Tout cela exige de la ténacité, et beaucoup : en tous points et en toutes circonstances.

En ces domaines, tout reste à faire ! Le secteur de la pêche a également été très affecté après le passage de l’ouragan Matthew. Aussi, a-t-il été convenu de procéder pour l’ensemble de la péninsule du Sud à la distribution de 126 canots à moteur aux associations de pêcheurs pour favoriser la pêche en haute mer, à la mise en place de 45 DCP et à l’ensemencent de 500 ha de plans d’eau naturels et/ou artificiels (retenues collinaires). Tous les chiffres démontrent l’extrême précarité actuelle de nos compatriotes du grand Sud. D’autres secteurs, comme l’élevage, seront pris en compte durant le passage de la Caravane dans le grand Sud. C'est pourquoi 33 000 caprins, 6 400 ovins, 150 taureaux, 25 000 poussins, 4 000 ruches, seront distribués alors qu’il est prévu de déparasiter quelque 75 000 têtes de bétail. Tout se jouera donc sur la longue durée. A condition de ne pas faire d’erreur de pilotage.

Choisir cette voie, c’est prendre le pari au profit du plus grand nombre. Et ce n’est pas étonnant quand on se réfère aux origines paysannes du chef de l’Etat, d’une part, et à la place de premier plan qu’occupe l’agriculture au sein de notre population. La vision qui a vu naître la Caravane du changement est celle qui veut que les ressources de l’Etat, dans un effort de cohérence et de transparence, soient mises au service de la population. Une manière d’arriver à la relance économique du pays, tout en assurant une amélioration conséquente des cadres et des conditions de vie de chaque citoyen. Et, partant de l’état de cette zone elle-même, ce sera un exploit, pour ne pas dire un miracle.

Pierre Raymond Dumas source le nouvelliste



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