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Haiti : La théorie du 04-40

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Par Ives Marie Chanel Ce que vous voyez ou entendez n’est pas forcément la réalité Ce que disent les gens n’est pas nécessairement vrai dans ce pays. Ce qu’ils disent n’est pas ce qu’ils font dans la pratique Haiti est le contraire de ce qui est normal dans d’autres pays. Il y a une différence entre ce qui se dit et se qui se fait Pays ou l’anormal est la règle. C 'est le revers de la médaille ou comme on joue à la loterie et au qui perd gagne .

Le processus électoral  haitien a mis en exergue les rivalités et les luttes pour le controle du pouvoir de deux secteurs de l’oligarchie.  

Ces deux secteurs luttent pour le controle direct du pouvoir politique comme levier indispensable pour le maintient des privilèges et la récupération économique dans bien des cas.  

L’oligarchie a cessé de tirer les ficelles des classes moyennes au pouvoir depuis 1946 et particulièrement à partir de 1957 pour occuper l’avant scène avec la prise de pouvoir de Marthely en 2011.  

Confrontés à des difficultés économiques certains groupes de l’oligarchie utilisent les ressources de l’Etat pour tirer des avantages , avoir des concessions ou refinancer des projets moribonds.  

Cette lutte interne s’est matérialisée  meme au sein du parti au pouvoir à travers le rejet de la candidature de Laurent Lamothe et plus loin avec la mise à l’écart de Jacky Lumarque,candidat à la présidence  représentant de l’un des camps oposés à  Lamothe .  

Sur le terrain politique cette oligarchie s’est organisée en deux grands groupes de pression qui financent et commandent . Ces groupes défendant les memes objectifs se retouvent assez souvent opposés  a travers  les méthodes de  matérialisation.   

 D’un coté,  on retrouve ceux qui sont identifiés comme d’une certaine droite , héritiers des régimes dictatoriaux, derrière le parti au pouvoir et son chef Michel Marthely . Le candidat du pouvoir Jovenel Moise meme s’il n ‘est pas totalement accepté en raison des clivages sociaux liés à la couleur et à la classe sociale ou son origine sociale  ( très aigus en Haiti ) est celui qui  issu  d’une certaine classe moyenne a été choisi pour jouer le jeu électoral devant aboutir à la consolidation du pouvoir prédateur.  

De l’autre coté, on retrouve  un autre  groupe  de cette oligarchie crédité  d’un certain libéralisme formé de familles d sensibles à une certaine idéologie de gauche  ou ayant bénéficié pendant plus de 12 années  des farveur des leaders de cette gauche .. Ce groupe est représenté particulièrement par le candidat de LAPEH , Jude Celestin.  

En fait , ces deux candidats en course pour la conquete du pouvoir feraient l’affaire de l’un ou de l’autre des secteurs de l’oligarchie puisqu’au sein de l’équipe de Celestin il est aussi identifié des transfuges du Camp Marthely. Ces transfuges ont fait ce choix très certainnement parce qu’ils ne se sentent pas en toute  sécurité  (politique ou économque ) ou qu’ils aient été l’objet de certaines attitudes ostracisantes.  

Le fait de nager entre les deux camps est aussi en Haiti une stratégie de cette bourgeoisie pour gagner à tous les coups. La petite histoire raconte d’ailleurs qu’aux temps forts de la dictature duvalieriste ces familles  étaient toujours positionnées  des deux cotés de la barricade ( pouvoir – opposition) et les uns venaient à la rescousse des autres selon les circonstances .  

René Préval , un Président qui se réclamait d’une certaine gauche mais accordait des concessions sur des entreprises publiques( minoterie- ciment- électricité)  à un de ces  groupes qui aujourd’hui  appuie son protégé Jude Célestin.   

Marthely qui n’hésite pas à s’identifier à une extrème droite sans contenu idéologique et  en perte de vitesse a accordé des avantages pour refinancer des projets de construction de zones franches industrielles, d’hotel au groupe appuyant son poulain Moise Jovenel.  

 L’international  n’aurait aucun problème pour s’accomoder  à l’un ou l’autre de ces deux secteurs mais fait imprévu , un autre secteur très nébuleux de la gauche est venu  jouer au trouble fete.   

 Le parti Lavalas s’est présenté  aux élections sans conviction juste  pour  donner l’impression de jouer le jeu démocratique. A coté de Lavalas, le Mouvement  Pitit Dessalines conduit par Moise Jean Charles , un ancien sénateur dissidant de Lavalas. Son leader a la prétention de surplanter le leader Carismathique Jean Bertrand Aristide mais celui ci est rancunier et ne pardonne pas.   

Le divorce est consummé  entre Moise et Aristide devant le refus de l’ancien pretre  d’accepter que les militants de base soient les principaux décideurs au sein de son parti Fanmi Lavalas. Le refus d’ Aristide d’imposer une discipline à ces militants était d’ailleurs l’une des causes ayant précipité sa chute du pouvoir en 2004. Aujourd’hui, Aristide semble ne pas vouloir uniquement d’un parti  de masse dirrigé par des prolétaires il fait appel à des cadres et se ménage en envoyant aux étrangers particulièrement aux américains l’image d’un parti non violent  et démocratique.  

Moise Charles prend l’héritage de ces militants exclus de Lavalas avec leurs passifs et s’adjoint quelques cadres et techniciens des classes moyennes dont certains sont percus comme des oportunistes qui pourraient etre selon l’opinion répandue dans certains mileux des agents au service de l’international et de cette meme oligarchie. Un mariage en fait très controversé.  

Le drame de ces élections est que Moise, ses militants et Fanmi Lavalas font peur à une partie des classes moyennes, à la bourgeoisie et à l’international. Il ne se précise nullement une alliance possible entre Pitit Dessalines et Lavalas. Aristide n’en veut pas et Moise se croit fort et n’évalue pas assez ses faiblesses.  

Le dillemme des élections se situe à plusieurs niveaux  

D’un coté on assiste à une confrontation des extrèmes qui , de chaque coté souhaite voir disparaitre l’autre . ( Makout versus Lavalas- Pauvres et riches – Pitit Desalin- Pitit Pétion)   

La lutte pour la survie des classes moyennes écartées du pouvoir et des opportunités d’affaires au cours des 5 dernieres années  

La lutte d’un secteur politique et de la société civile attaché aux principes démocratiques inquieté par les dérives anti démocratiques et le spectre de la pérénité d’un pouvoir Marthely marqué par une forte tentation au retour à un “ totalitarisme  “  

Les intérets de la communauté internationale principal bailleur de ces élections  

Dans ce décor a émergé  quelques nouvelles figures  politiques comme Eric Jean Baptiste candidat à la Présidence  du Parti MAS ( Mouvement Action Socialiste ), Samuel Madistin , candidat du Mopod  et Mario Andresol, un ancien chef de police .  

 Ces trois personalités sont dans la liste des  premiers candidats classés par le Conseil Electoral qui ne  semblent dépendre  de manière directe des secteurs  en présence mentionnés antérieurement  . Un autre groupe composé de femmes et d’hommes  politiques  parle de la résitance patriotique et articule sa stratégie sur la mise en place d’un gouvernement de transition. Mais ce groupe très hétérogène conduit par l’ancienne candidate à la Présidence Mirlande Manigat  semble etre  en déficit d’idées novatrices . Pas de proposition concrète et viable sur cette meme transition réclamée qui risque de tomber une fois de plus dans les mains des étrangers . L’intelligence politique est absente.  

Le blocage  et la bombe à retardement   

Les fraudes dénoncées lors du premier tour des élections présidentielles du 25 octobre 2015 sont venues accentuer cette lutte pour la conquete du pouvoir politique et des privilèges  de l’élite d’une part et la résistance d’une certaine classe moyenne pour la survie et le maintien des acquis démoctratiques de l’autre.  

Les promoteurs de la transition se sont vite faits doubler par le groupe des 8 candidats qui ont dénoncé les fraudes électorales et demandé l’expulsion du candidat officiel Jovenel Moise . Ce groupe de 8 candidats est lui aussi traversé par des intérets divergents et des rivalités.  

La chute d’un prétendant peut profiter à un concurrent. Ce qui peut faire le malheur d’un peut faire le bonheur de l’autre.   

Les manifestations lancées par les différentes fractions de cette “opposition électorale “ ont démontré par la diversité des slogans, discours et emblèmes que les interets etaient bien contradictoires .  

Le Conseil Electoral Provisoire ( CEP) en publiant le 24 novembre les résultats définitifs démontre qu’il est déterminé à poursuivre avec le processus en dépit des dénonciations et constats de fraudes. Le verdict du BCEN ( Bureau Contentieux Electoral National ) rendu le meme jour est faussé. Le fait par le BCEN de constater qu’un échantillon de procès verbaux tiré de manière alléatoire était irrecevable l’obligerait à autoriser la vérification de tous les procès verbaux. Cette décision aurait contribué à jeter la lumière, rendre acceptable  et sauver éventuellement le processus . ( Théorie du 04/40 )  

Un pouvoir dans les rues  

Après cette proclamation on risque d’observer une amplification des manifestations de rues avec un risque très élevé de violence et de repression. Cette situation aura des retombées sur la sécurité publique, sur la stabilité des institutions et la situation économque ( 1 USD = 59 HTG)  

La date du 27 décembre est cruciale pour l’avenir de la démocratie et la survie du gouvernement Mathely.   

Les options possibles   

Plusieurs options sont possibles . Leur matérialisation dépendra des rapports de force et du jeu des intérets.  L’acteur le plus important de la conjoncture actuelle se nomme Jude Celestin.  En dehors des réserves liés au classement du CEP, Celestin jouit de cette préseance qui l’autorise à prendre le leadership de l’opposition. Cependant un mois après le premier tour des élections il n’a pas fait preuve de leadership et d’esprit d’initiative . Il joue peut etre au malin en essayant de tirer ses marrons du feu  en impliquant ses alliés conjoncturels  tout en se gardant de prendre avec eux des engagements formels dans un accord politique bien ficelé et accepté par tous.  Il craint  peut etre  ses poursuivants immédiats qui lorgne aussi sa position.  

  Dans ce groupe, la position de Moise Jean Charles qui se proclame aussi vainqueur des élections  et qui se dit affirme etre guidé  par la mise en marche d’ une “révolution pacifique “ est aussi  un handicap pour Celestin qui n’a pas osé proposer.  

 La Position de Fanmi Lavalas qui s’est auto proclamé vainqueur de ces élections n’est pas pour arranger les choses . Lavalas se veut légaliste et veut démontrer sa capacité de mobilisation dans les rues. Une démontration de force peut etre pour mieux négocier ou tout chambarder .  

Le pouvoir est contraint de résister sans s’engager dans les rues afin d’éviter les confrontations car des morts enregistrés au cours des manifestations  pourraient précipiter la chute de Marthely et conduire à la mise en place de ce gouvernement de transition. La repression est confiée à la poilice et des anonymes  mais la fatigue des policiers conduira nécessairement aux ‘bavures et dommages collatéraux”.  

  Le temps joue contre  tous   

L’opposition est entrain de rater le momentum de se rassembler derrière un leader désigné parmi les candidats les “mieux classés” pour affonter le candidat officiel. La réussite d’une telle démarche devrait passer par la signature d’un accord politique pour la mise en place d’un gouvernement de coalition avec pour mission dans un mandat de trois ans,d’opérer les réformes nécessaires et indispensables au niveau du système politique, du système électoral .  

La crise actuelle est systémique et ne saurait etre résolue de manière durable  sans  une réforme constitutionnelle qui verrait le questionnement  dans un débat national , du régime politique bicéphale ( Président – Premier Ministre  versus  Vice Président ) , le maintien ou non des deux chambres ,  la mise en place d’une chambre unique et l’élection de gourverneurs régionaux à la place des sénateurs et des délégués départementaux , l’élection d’un seul maire et la création de plus de communes pour une meilleure distribution des services et perception de recettes.  La réforme du système électoral avec comme visée la réduction du nombre de partis politiques, la réglémetation du financement , de la subvention des partis,   l’utilisation des ressources publiques à des fins électorales  par le parti au pouvoir , la modernisation des mécanismes du vote , la participation civique des étudiants aux journées électorales et le financement local des élections et l’élimination des influences et ingérences étrangères dans les processus électoraux ).  

La forte tentation de Marthely de se maintenir au pouvoir à travers Jovenel Moise et construire une dynastie grace à la corruption  prenant avantage  de la précarité dans laquelle vit la majorité de la population pourrait se heurter à cette coalition. De nouvelles tentatives de fraudes aux élections du 27 décembre donneraient ainsi un blanc seing aux opposants pour passer à une phase B qui verrait une radicalisation  du mouvement devant conduire si ce cas de figure se présente à la chute du régime.  

Si  Celestin choisit d’affronter seul  “Neg Bannann Nan “ ( Jovenel Moise) il sera désavoué par ses pairs et se retrouvera seul devant cet échec. Un échec de Celestin ne sera pas pour autant une victoire garantie pour la bande à Marthely.  

L’Installation de Jovenel Moise dans des conditions d’illégitimité  conduira de toute facon à la meme  radicalisation et aura les memes résultats qu’en 2004.   

L’abstention ou le retrait de Celestin et de ses poursuivants permettra au CEP de boucler le processus avec la sensation d’un forfait décidé lors d’un match de football. L’installation d’un Moise J. comme président aura les memes effets de conduire à une contestation permamente jusqu’à la chute du nouveau pouvoir .  

L’élement inconnu mais qui doit etre considéré est le recours aux  protestations et à la violence pour empecher la tenue du second tour des élections. Il est clair que dans l’éventualité d’application d’une telle option la police nationale haitienne sera dépassée et le bilan risque d’etre lourd. La Minustah n’aura pas intéret à intervenir dans un conflit interne qui viendrait  à point nommé justifier la prolongation de son mandat ou son remplacement par une nouvelle force d’interposition.  

En fait, l’option la moins couteuse pour le pays serait le modèle de transition ou le cas échéant  une  gouvernance collective .  Cependant il y a lieu d’etre sceptique quand on pense à cette mentalité du ca passe ou ca casse ou  du tout ou rien. ( fin de texte) IMC/ 24/11/15)  



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