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Le glas sonne-t-il déjà ?

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Garry Conille vit-il ses dernières semaines comme Premier ministre ? C'est à se le demander. Depuis lundi, on ressort des placards tous les scénarios : démission ou renvoi par le Parlement. Et même, le pete kouri à l'haïtienne. Certains prévoient une ronde des prétendants pour lui trouver un remplaçant ou un gouvernement qui va gérer les affaires courantes éternellement sans Premier ministre.
Le PM a été mis en porte-à-faux par ses ministres. Tous ont signé, lundi, en conseil des ministres, une résolution que le Premier ministre, chef du gouvernement, a refusé de parapher. L'incident a été confirmé pour le journal par de nombreuses sources proches de la Primature.
Interrogés au début de l'année, plusieurs sénateurs avaient dit craindre que nous ne soyons à la veille d'une crise. Ils n'avaient pas précisé la nature de cette crise ni qu'elle interviendrait si vite.
En janvier, couvait déjà sous les cendres chaudes du Parlement cette affaire de vérification de la nationalité des membres du gouvernement et du président de la République.
Lancée comme une boutade par le sénateur Moïse, cette affaire a ramassé de la mousse en route pour devenir une pierre grosse comme ça dans la cour du gouvernement. Une épine monumentale.
Plus les jours passaient, plus le président Martelly ironisait sur la question; on se disait que tout va pour le mieux. C'est une crisette comme nous en avons le secret, elle va vers son dénouement.
Puis, sont venus les grincements de dents, les sautes d'humeur et cette altercation à coup de gros mots en la résidence du Premier ministre entre le président et des parlementaires. Le sérieux de la question de la nationalité a comme saisi l'opinion publique, dimanche, en plein carnaval de Jacmel, quand le sénateur Bien-Aimé a interpellé le président sur la question.
Comme une parade, une résolution, prise lundi en conseil des ministres et rendue publique ce mardi par la présidence, est venue mettre un point d'arrêt aux questions.
Voilà qu'en fait elle nous plonge dans un autre chapitre.
En réponse, le Sénat, en la personne du sénateur Lambert, menace de sévir contre les ministres récalcitrants, alors que certains membres du gouvernement - 9 secrétaires d'Etat - ont déjà déposé leurs pièces devant la commission d'enquête du Sénat.
Déjà les juristes affûtent leurs arguments. Ceux proches de la présidence sont catégoriques : pas question à qui que ce soit de présenter ses documents, sauf à un tribunal compètent.
L'ancien ministre de la Justice, Me Camille Leblanc, estime que le gouvernement crée les conditions pour traduire le président Martelly par devant la Haute Cour de justice. « Le président relève du Parlement pour le juger lorsqu'il commet un crime contre la Constitution. Un étranger qui se fait passer pour un Haïtien commet un crime. Le juge naturel du président de la République c'est le Parlement. C'est la même chose pour les ministres. Le Sénat et la Chambre des députés peuvent décider de renvoyer n'importe quel ministre », a expliqué l'homme de loi.
« Le gouvernement n'a pas à présenter les pièces des ministres au Parlement. Le président, le Premier ministre, leurs équipes auraient dû s'assurer que tout les ministres et secrétaires d'Etat sont en règle avec la Constitution et les lois de la République », estime un observateur qui se veut neutre.
« Peut-être que la présidence cherche le renvoi du gouvernement », soutient Me Carlos Hercule, bâtonnier de l'Ordre des avocats.
Garry Conille est le seul haut responsable qui veut présenter de son plein gré ses pièces devant le Parlement. En aura-t-il le temps ?

Frantz Duval Source: Le NOUVELLISTE

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