Le premier faux pas du président du CSPJ
Avec stupéfaction quatre membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) ont pris connaissance, mardi soir, de la décision du président de l’institution, Me Arnel Alexis Joseph, d’acheminer au palais national les noms des trois personnalités devant représenter le pouvoir judiciaire au sein du Conseil électoral permanent. Cette décision du président de l’institution survient au moment où ces quatre membres ont reçu mandat du CSPJ de se lancer dans une véritable course contre la montre afin de trouver les renseignements pouvant justifier l’intégrité et la moralité de trois des douze personnalités retenues sur la liste, qui doivent représenter l’institution au Conseil électoral permanent.
Très embarrassé au micro de la presse, le président du CSPJ a révélé hier mercredi que cette décision a été prise en concertation avec trois autres membres- il s’agit de Me Thiers Malette, Me Jean Alix Civil et Me Jean Etienne Mercier - après l’abandon de la séance par les quatre autres contestataires, étant donné que le neuvième membre est en voyage à l’étranger. L’intervention du président paraît très controversée dans la mesure où la plupart des médias étaient au courant mardi dans la matinée des démarches entreprises par une délégation du CSPJ aux fins de s’enquérir de la moralité et de l’intégrité des personnalités retenues sur la liste de l’institution.
Sans tarder, le président de l’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) et celui de la Fédération des Barreaux de la République ont vite condamné les agissements du président du CSPJ. Les organisations de défense des droits humains, les partis politiques et d’autres voix autorisées ont crié au scandale. Les interventions dont les unes plus musclées que les autres ont cloué au pilori Anel Alexis Joseph à la fois président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et celui de la Cour de cassation. Cette initiative du président du CSPJ, laquelle met en jeu sa crédibilité et son honnêteté, survient moins de vingt-deux jours après l’installation des membres de cette institution appelée à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, après plus de deux cents ans de domination du pouvoir exécutif sur le judiciaire. Les nominations partisanes, les révocations arbitraires, les emprisonnements et les humiliations de toutes sortes caractérisent depuis toujours le fonctionnement du pouvoir judiciaire d’un gouvernement à un autre.
Au lieu de faciliter la mise en place du Conseil électoral permanent, ce scandale au sein du CSPJ va davantage handicaper sa formation. Le pouvoir exécutif, lequel est mis sur la sellette, aura fort à faire pour redorer son blason. Le président du CSPJ, qui est également président de la Cour de cassation, a été nommé après l’accession au pouvoir du président Michel Martelly. Les trois autres membres du CSPJ qui sont impliqués dans ce scandale ne sont que des proches du gouvernement. Ce scandale, qui est perçu comme une tentative de mainmise de l’exécutif sur le Conseil électoral permanent, ne donne-t-il pas raison aux sénateurs Moïse Jean-Charles , Jean William Jeanty et Jean-Baptiste Bien-Aimé qui avaient dénoncé l’influence du gouvernement dans la mise en place de cette nouvelle institution électorale ?
Lemoine Bonneau
Source: Le Nouvelliste





