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Les crises haïtiennes : Le dialogue national l’unique solution‏

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Les récents événements qui ont secoué le pays ont fait grimper le mercure dans le thermomètre de la société haïtienne. Mon pays est malade. L'ouragan Sandy est passé et a laissé derrière lui deuils et désolation. Le spectacle funeste de l'inondation du Cap-Haitien, la deuxième ville du pays, est écœurant. Mon pays va de mal en pis. Haïti est comme un véhicule sans phares qui s'en va droit vers un précipice, le conducteur impuissant ne sait quoi faire pour éviter l'imminent accident. Quelle tristesse ! Que sommes-nous devenus ?
Après le passage de l'ouragan Sandy, les experts ont prévu une hausse du coût de la vie, une recrudescence du choléra ainsi qu'une dégradation de la situation humanitaire. Les dommages qu'ont subi nos plantations portent un coup dur à l'économie haïtienne, le spectre d'une famine se profile sur plusieurs régions du pays et menace plus d'un million de nos sœurs et frères. Les jours à venir s'annoncent difficiles. La crise sociale engendrée par la cherté de la vie et dont les récentes manifestations en sont l'expression sera plus aigue. La crise politique non résolue, née de l'entêtement de l'exécutif à mettre en place un Conseil Electoral Permanent malgré les contestations, conduira à un blocage systématique du pays.
Est-il normal que depuis 1986 ce pays ne puisse connaitre la paix? Est-il normal que nous vivions encore à l'état primaire quand les autres pays progressent à un rythme vertigineux ? Est-il possible que notre société ait perdu tout repère ? Est-il possible que nos valeurs morales, humaines et républicaines soient ainsi effritées, vilipendées ? Est-il possible que la vie, ce don précieux de Dieu soit aussi vilement considérée ? Des exécutions sommaires ont lieu tous les jours dans nos villes insécurisées. Nos sœurs, nos frères tombent sous les balles assassines de bandits qui agissent impunément de jour comme de nuit. La famille de tout temps considérée comme étant la cellule d'une nation, la première école de formation humaine et citoyenne, le dépositaire des valeurs et que sais-je encore. Nous pleurons dans l'âme quand les grandes familles sont celles qui causent le plus de tort à ce pays. Ô rage ! Ô désespoir !
L'heure est venue de stopper cette hémorragie. Nous pouvons le faire, nous devons le faire. L'heure est venue de nous questionner sur ce que nous voulons faire de ce pays. L'heure est venue de prendre conscience de la précarité de notre existence sur ce lopin de terre qui nous a été légué et que nous négligeons si bêtement. L'heure est venue de discuter à visière levée. Mes chers compatriotes, l'heure du dialogue a sonné. Ce pays ne peut renaitre que par un dialogue franc entre haitiens, c'est notre unique planche de salut. Pourquoi obstinons-nous à ne pas nous y engager ? Qu'attendons-nous ?
Je suis de ceux qui croient que le momentum est favorable pour un dialogue interhaitiens car, ce sont tous les secteurs de la vie nationale qui expriment leur ras-le-bol et qui ne voient pas d'autre issue ; de surcroit, tous les protagonistes sont présents sur le terrain, c'est une rare opportunité qu'il faudrait saisir. Je ne veux pas être alarmiste mais l'heure est grave. Le constat ci-dessus est bien plus éloquent que mes mots. Nous avons sous les yeux une plaie en putréfaction, si nous ne faisons rien c'est l'amputation.
L'Institut Haïtien de Doctrine Sociale Chrétienne (IHDOSOC), branche de la pastorale sociale de l'Eglise Catholique, a organisé un séminaire, autour du thème : « Dialogue national et résolution pacifique des conflits », de nombreux intervenants locaux et internationaux ont partagé l'idée qu'aujourd'hui le dialogue est incontournable pour sortir Haïti de ce bourbier. Il me plait de souligner l'exhortation de Mgr Agripino Nuñez, Recteur de l'Université Pontificale Catholique Madre y Maestra de la République Dominicaine, grand protagoniste du dialogue interdominicains. Mgr Agripino a expliqué aux participants les étapes du processus de dialogue en République Dominicaine, les enjeux, les difficultés et les résultats obtenus. Mais il a surtout insisté pour dire que le dialogue est un processus long et laborieux qui requiert de la patience, beaucoup de patience.
Peu importe qu'il s'agisse d'un dialogue national, social, sectoriel ou toute autre forme de dialogue, l'essentiel, c'est de créer les conditions pour nous asseoir autour d'une même table pour débattre des questions qui concernent l'avenir de notre pays.
J'encourage la classe politique à donner le ton, à lancer le dialogue sur la question de la gouvernance politique. J'encourage les syndicats et le patronat à engager le dialogue autour des problèmes du secteur de la production des biens et des services. J'encourage les directrices et directeurs d'écoles, les recteurs d'université à aborder la question de la formation classique, universitaire et professionnelle de nos jeunes. J'encourage les hommes de loi à se pencher sur la désuétude de nos lois par rapport aux exigences de la modernité. J'encourage les experts en environnement et en construction à poser la problématique de la dégradation de notre environnement et en proposer des solutions viables. J'encourage les directrices et directeurs de médias à enclencher le dialogue sur le rôle des médias dans le processus de transformation de notre société. J'encourage le dialogue entre les corporations des professions libérales. J'encourage la diaspora à prendre part à ce processus. J'encourage les élus locaux à saisir les opportunités du dialogue pour définir les grands axes de développement de leur zone respective. J'encourage les directeurs d'opinion à travailler à la mise en branle du processus de dialogue. J'encourage les organisations de base, les groupes de pression à se regrouper autour de ce projet de société. J'encourage les anciens Présidents de la République, eux qui nous ont gouvernés et qui connaissent mieux que quiconque les hommes et les choses de ce pays, à apporter leur participation citoyenne à la réalisation du dialogue. J'encourage les leaders religieux à accompagner ce processus à tous les niveaux. J'encourage, enfin, le gouvernement à encadrer tous les secteurs dans ce grand konbit visant à recoudre le tissu social haïtien, à réconcilier la famille haïtienne, à reformuler le contrat social en vue de mettre le pays sur les rails du développement, du progrès et de la modernité. A cet effet la création d'une Secrétairerie d'Etat chargé du dialogue national serait un premier pas.
J'invite le gouvernement à décréter l'année 2013, « Année du dialogue ». J'invite la communauté internationale à faciliter le processus du dialogue national, dans le respect du principe de la subsidiarité tel qu'il est défini dans la doctrine sociale chrétienne. J'invite, enfin, mes compatriotes à un effort de transcendance pour que ce grand projet de société puisse apporter les résultats escomptés pour notre bien-être et celui des générations futures. 
Nous n'avons pas fait 1804 pour être aujourd'hui le pays le plus pauvre, pour vivre dans la misère et dans la crasse, pour quémander l'aumône, pour être la risée des autres peuples. L'année 2013 marquera le trentième anniversaire de la visite en Haïti du Bienheureux Pape Jean Paul II. On se rappelle encore de son vœu pour Haiti « Il faut que quelque chose change ici ». Nous sommes à l'heure de ce changement.
Dr. Ricardo AUGUSTIN
Tél.: 31 93 90 45
Email : ricky_august@yahoo.fr

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