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MINUSTAH , POUR TOUJOURS ? Par Lionel Trouillot.

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C'est le soir, en sortant des locaux du journal, en longeant la Place Boyer, que ma crise anti Minustah atteint son paroxysme. Je regarde tous ces 4x4 et ne me console point a l'idee que cette presence massive d'aideurs de tous poils fait vivre quelques restaurants, quelques hotels,quelques proprietaires d'immeubles .


Je ne me console pas non plus a l'idee que parmi eux il y a forcement des gens de bien,avec des qualites humaines : un savoir,une conscience,un temperament agreable,avec lesquels on peut lier amitie.

La Minustah demeure,a mes yeux,une plaisanterie politique qui n'a que trop dure.Plaisanterie politique, il n'y a dans aucun domaine l'evidence d'un resultat tangible.Le plus douloureux, c'est qu'elle risque encore de durer longtemps.Le gouvernement ne semble pas presse de la voir partir. Le Parlement n'est pas uni sur la question et ne fait a l'executif aucune exigence formelle pour une politique allant dans le sens du depart de cette mission qui n'en finit pas.

Je me dis,et pas seulement le soir en sortant du journal,que nous sommes,dans cette histoire, les vrais plaisantins. Nous,je veux dire les politiques,les universitaires, les bien assis dans nos revenus et notre routine. Quelle plus belle entree dans l'histoire pour un personnage politique ou pour une formation politique que d'avoir mene une politique aboutissant a la reconquete de la souverainete en partie perdue.Quel plus beau moment,apres le pire,que celui o€ ¢Ã¹ l'on reprend,en totalite,la charge de soi-meme?Il vaut mieux,il me semble,etre Vincent que Borno.

Il n'y a pas de phase de renaissance en situation d'occupation molle, d'assistance massive sur les plans militaire et administratif.La situation que nous vivons ne peut etre consideree par un homme politique haitien que comme un moment (peut-etre necessaire a ses debuts,les opinions varient la-dessus) dont seule la fin annoncera un vrai commencement.

Mais qui,du lieu du pouvoir comme du lieu des partis politiques,voit les choses de ce point de vue?On a eu des conferences de partis pour partager le pouvoir. On n'a pas eu de conferences de partis pour penser un calendrier.Le depart de la Minustah,la marche a suivre pour arriver a son depart ne sont pas dans les discours quotidiens des partis ni de leurs representations.

Au contraire,quand la population en parle, car elle en parle, ils  font la sourde oreille au nom d'un pragmatisme de marins qui naviguent a vue,et parce que,finalement,ca les conforte.Devant les douleurs de l'heure,l'executif propose des palliatifs,des recettes d'epicier dont le miserabilisme a de quoi choquer,quand il ne fait pas simple aveu d'impuissance.

Aucune formation politique capable de rassembler des energies n'est nee de l'epreuve de la semi-occupation.Pour rassembler il faudrait des propositions attirantes et credibles,il faudrait une volonte manifeste inspirant la confiance.Il faudrait que le plus grand nombre soit convaincu que c'est la chose a faire dans ses interets et pour une democratie allant de pair avec la justice sociale.

L'heure est grave et nous entendons le ronron de vieilles formules et de « leaders» vieillissants.Il y une partie de la jeunesse,la plus aisee,qui s'inscrit,sauf exception,dans la reproduction individuelle.

Il y a une jeunesse des classes moyennes defavorisees qui est en colere et exige.Elle a le merite de contester. Mais il lui est difficile,parce que les courroies entre les generations sont rompues,d'allier condition individuelle et interet collectif,de fonder en theorie ses discours et ses pratiques. Elle cherche, mais elle ne trouve pas toujours et a des difficultes a penser ce qu'il faut garder et ce qu'il faut jeter.

Il y a les paysans qui avaient fait une entree dans la politique avec un debut de structuration de leurs revendications.Mais cela a ete,en partie,perverti,et leurs conditions objectives sont si dures que leurs demandes,legitimement,portent souvent sur l'immediat et
l'alimentaire.

Dans un pays quasi occupe,occupation molle avec des militaires presque aussi souvent en tee shirts qu'en uniformes,des fonctionnaires repartis en section (politique,communication,desarmement,et patati); dans un pays aussi pauvre et avec des inegalites aussi criantes,on pourrait s'attendre a la convergence des energies pour une reconquete de la souverainete et une transformation radicale de la societe.On sent ce desir chez les citoyens,mais il n'est pas relaye,formule et inscrit dans une pratique politique par ceux qui se sont donnes la mission de mener l'action politique.

Faut-il des lors admettre que ce pays a besoin d'une releve,plus jeune,plus dynamique,plus entreprenante.Le laxisme,les begaiements,la convoitise,l'impuissance theorique et pratique ne travaillent en rien au depart de la Minustah.On a meme l'impression que le jour ou elle partira,presents avec le peuple dans les rues parce que demagogie oblige,il y aura quelques politiciens pour la pleurer en secret.
Et s'installent,dans notre quotidien, dans le paysage,comme routine et permanence,les chars, les points de presse hebdomadaires,la mosaique des uniformes.Minustah pour toujours. Jusques a quand ?



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