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Nos factorys, ces mal-aimées

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image Jovenel Moise au Parc Industriel

Le président Jovenel Moïse a rendu visite mardi au Parc industriel métropolitain, communément appelé Sonapi, situé boulevard Toussaint Louverture, non loin de l’aéroport du même nom. Ce n’est pas la première visite d’un président de la République dans ce haut lieu de l’emploi en Haïti. Cette visite marquera-t-elle un tournant ou restera-t-elle dans les annales comme un acte symbolique de plus ? Jovenel Moïse va-t-il se battre pour créer des emplois dans le secteur qui rapporte le plus de devises au pays ou va-t-il passer à côté d’un potentiel immense, comme d’autres avant lui, effrayés par la réputation de nos factorys ?

En Haïti, la problématique de l’emploi et du chômage n’est pas un élément du débat public. Jamais d’aussi loin que l’on remonte ces cinquante dernières années, les Haïtiens n’ont manifesté pour réclamer des emplois ou pour protester contre le chômage. On s’est battu pour garder des postes à la Téléco, pour un 13e mois, des fois, pour des cas spécifiques, jamais pour des emplois pour tous, pour le plus grand nombre. Jamais contre le chômage de masse.

Les bassins d’emplois connus sont : l’agriculture qui ne fait pas rêver et demeure de subsistance, le commerce et les services où plus d’un se débrouille, le secteur public où la productivité est aléatoire, le secteur privé formel aux capacités limitées et la sous-traitance qui est souvent traitée en parent pauvre.

Avec plus ou moins un milliard de dollars d’exportation ces dernières années, la sous-traitance est pourtant le plus grand pourvoyeur de devises de la République après les envois de la diaspora et, souvent, devant l’aide (prêts et dons) de la communauté internationale.

En dépit du fait que la sous-traitance existe en Haïti depuis les années 50, elle n’a pas bonne presse. Les ouvriers comme les propriétaires d’usines ne font pas grand cas de leur propre performance. Ne sont pas fiers de leurs accomplissements. On n’en parle pas. Il n’existe dans le secteur de la sous-traitance ni des patrons élevés au rang de modèle ni d’ouvriers exemplaires. Pas d’autocélébration ni de reconnaissance publique des qualités des uns et des autres.

Le secteur ne fait la une de l’actualité que lors des batailles pour les augmentations de salaire. Il faut dire que ce combat est le plus hypocrite qui existe sur la scène sociale en Haïti. Les syndicats des ouvriers des factorys passent toujours pour des fauteurs de troubles, alors que c’est de leur combat que prennent source les salaires de toutes les autres catégories qui ne se battent jamais, mais récoltent simplement les augmentations, année après année.   

Des trois gourdes par jour des années 70 aux huit cents gourdes par jour réclamées ces jours-ci par certains syndicats, la sous-traitance donne la grille des salaires en Haïti.

Pourtant, il y a plus de personnes qui vivent de l’agriculture, du commerce, des services, que d’ouvriers de factory. La fonction publique et le secteur privé formel sont de plus grands employeurs que la sous-traitance. En fait, combien de nos compatriotes travaillent dans la sous-traitance ?

En octobre 2013, 24 manufactures employaient 31 424 employés, dont 22 947 grâce à HOPE. En décembre 2016, le nombre est passé, avec 22 manufactures, à 41 131 hommes et femmes employés de la sous-traitance, dont 41 054 grâce à HOPE, selon des statistiques que Le Nouvelliste a pu se procurer.

Le meilleur mois pour l’emploi sur la période a été le mois d’août 2016 avec 41 953 personnes au travail, dont 41 876 grâce aux dispositifs Hope. La loi HOPE a été adoptée par le Congrès des Etats-Unis. Elle permet aux produits textiles fabriqués ou transformés en Haïti d'entrer sur le territoire américain, exonérés de taxes et redevances douanières. 

Au 31 décembre 2016, les premiers employeurs sur le territoire national étaient la compagnie coréenne S&H Global avec 8 840 employés et la compagnie dominicaine CODEVI et ses 7 800 employés. La plus petite usine employait, à la même date, 93 employés.

Alors que les premières implantations des factorys se situaient dans la zone métropolitaine au début de l’aventure de la sous-traitance, les mastodontes sont aujourd’hui situés dans le Nord-est, au parc industriel de Caracol et à Codevi, entre la ville de Caracol et la frontière entre Haïti et la République dominicaine, à Ouanaminthe.

Selon des informations récentes publiées dans Le Nouvelliste, la Sonapi devra bientôt augmenter ses capacités pour permettre la création de dix mille emplois supplémentaires. Le parc industriel de Caracol attend la concrétisation de cinq mille sept cents emplois supplémentaires. Il en est de même avec CODEVI qui veut passer de près de huit mille à douze mille emplois.

Si Haïti a longtemps cru que la disponibilité abondante de sa main-d’œuvre était une condition suffisante pour attirer les commandes, le savoir-faire et le capital pour monter des usines par centaines, on s’est rendu compte au fil des années que ce n’est pas le cas. L’instabilité politique n’est pas non plus le plus gros problème du secteur. Les principaux handicaps au développement du secteur sont : l’insuffisance d’infrastructures portuaires et routières, de bâtiments industriels en nombre suffisant, l’indisponibilité de l’électricité, des lois et des incitatifs adéquats et revus périodiquement.

Il manque une vraie politique de la sous-traitance. Il n’y a pas de réflexion stratégique de l’Etat sur le secteur. Pas de programme de formation pour la combler en cadres et en ouvriers spécialisés. Pas de plans de financement de ses besoins. On n’a qu’à voir depuis quand traine dans les tiroirs de nos parlementaires la loi sur l’harmonisation des salaires pendant les trois-huit…

La sous-traitance est considérée comme un pis-aller. Un mal nécessaire. Un mal aimé. Pas un moteur de croissance que l’on bichonne, que l’on entretient. Et cela remonte au tout début de la filière. La sous-traitance et le travail en factory n’ont jamais eu bonne réputation. Il ne faut pas s’attendre à ce que ceux qui en vivent fassent le moindre effort pour que cela change. Il n’en demeure pas moins que c’est le seul des secteurs identifiés par l’économiste Paul Collier comme porteur pour l’économie nationale qui connaît une croissance soutenue depuis 2009. Mieux que le secteur touristique. Mieux que l’agriculture.

Et, satisfaction suprême, les exportations générées par la sous-traitance flirtent avec le milliard de dollars. Très loin devant les revenus en devises tirés de l’agriculture et du tourisme. Il en est de même pour les salaires versés.

La sous-traitance est cependant loin des promesses mille fois faites par ses porte-paroles. Haïti n’atteint toujours pas les cent, les deux cent mille emplois annoncés maintes fois. Le potentiel existe toujours et cela donne à espérer en attendant que le pays soit en mesure, avec une population éduquée, de postuler pour des emplois plus qualifiés et bien payés.

S’il y a des emplois à créer dans les douze à vingt-quatre prochains mois, ils ne peuvent l’être que dans la sous-traitance. S’il y a un secteur à diversifier, c’est aussi celui de la sous-traitance qui se cantonne de nos jours au textile.

Pour cela, il faut une vision et du courage. De l’audace et un plan de communication tous azimut auprès de ceux qui sont propriétaires comme auprès des futurs travailleurs. Il faut servir les besoins de formation comme les besoins en investissements. Il faut mettre en marche toutes les filières et sous-secteurs qui bénéficient de la bonne santé de la sous-traitance. Il faut continuer la bataille pour l’amélioration des conditions de travail et de rémunération de ceux en Haïti qui travaillent vraiment huit heures d’affilée au moins par jour. 

Le gouvernement, pour créer des emplois, fera-t-il le pari d’oser parier sur le secteur de la sous-traitance autant d’argent qu’il est prêt à mettre dans l’agriculture ? Il ne fait pas de doute que les investissements dans la petite industrie seront plus rentables que ceux dans la terre et que cela évitera au pays de mettre ses deux pieds dans une seule chaussure.

Edito du Nouvelliste


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