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Pour les 100 premiers jours de Jovenel Moïse

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image Jovenel Moise

Le nouveau président élu ne dispose pas d’un programme de gouvernement connu du public. Il faut repérer dans ses discours et interventions publiques pour se faire une idée de ses principales préoccupations politiques et économiques. Par exemple, il promet de réaliser « les états généraux sectoriels de la nation qui seront lancés au début de son quinquennat afin de bâtir un consensus national sur les enjeux du développement national et de créer des passerelles de communication permanentes entre les différentes élites du pays, leur permettant d’aborder l’avenir avec assurance et transmettre à la génération de demain un pacte pour le progrès et un pays où il fait bon vivre.» Cela pourrait bien contribuer à apaiser un ciel politique haïtien pour le moins nuageux. 

Il compte mettre « les terres, les rivières, le soleil et les gens ensemble afin  d’œuvrer au bien-être des citoyens haïtiens.» Il manque deux des éléments les plus importants à cette formule : le capital et la technologie afin de constituer une fonction de production classique susceptible d’aborder la problématique de la croissance et du développement économiques. Sans le capital, l’association entre les terres, les rivières, le soleil et les gens ne sera pas efficace et n’aboutira pas aux résultats escomptés. De même, sans la technologie ou le savoir-faire, ces éléments ne pourront pas être mis en valeur de façon optimale. 

D’où peuvent provenir le capital et la technologie? Pour le premier, le président ne pourra plus compter sur les fonds du programme PetroCaribe ni sur le financement des bailleurs de fonds traditionnels après l’annulation récente de la dette d’Haïti. Il faudra plutôt s’appuyer sur les coopérations bilatérales. Pour que celles-ci soient effectives, il faudra qu’Haïti fasse preuve d’une crédibilité infaillible au niveau de sa gouvernance. 

Le nouveau président devra donc donner des signaux crédibles d’un nouveau départ. Il devra convaincre à tous les niveaux. En ce sens, les 100 premiers jours seront d’une importance cruciale. Le premier signal effectif sera la composition du gouvernement. Les personnalités choisies doivent être compétentes et honnêtes. Le profil des ministres et des conseillers du président doit constituer un signal crédible de bonne gouvernance. 

Dans un pays aussi malade, on ne pourra pas s’attendre à de grands résultats quantitatifs dans les 100 premiers jours. Cependant, la nouvelle équipe doit en profiter pour semer les germes d’un grand sursaut qualitatif qui tracerait la voie à suivre pour les prochaines années du quinquennat. 

L’absence d’un programme clairement défini par le président élu est à la fois une menace et une opportunité. Une menace dans la mesure où elle laisse la place à une possibilité d’improvisation au plus haut sommet de l’État, ce qui peut augmenter le niveau d’incertitude des agents économiques dans l’avenir du pays. Elle peut représenter une opportunité également dans le sens que le président élu pourra miser sur le Plan stratégique pour le développement d’Haïti (PSDH) pour en extraire un vrai programme pour son quinquennat. 

Le PSDH est un document d’une grande envergure qui mentionne des programmes ainsi que les différents projets à mettre en œuvre en vue de doubler voire tripler le produit intérieur brut (PIB) par habitant dans les deux prochaines décennies. Cet indicateur a régressé au cours des 30 dernières années puisque le taux moyen de croissance économique était quasiment stable alors que la population n’a cessé d’augmenter. Théoriquement, le plan se retrouve à un niveau plus global, directement relié à une vision. Il se décline en programmes qui, eux, peuvent être décomposés en projets divers. 

Pendant les 100 premiers jours, il faut définir un plan d’action assorti d’un calendrier d’exécution qui indique les objectifs à atteindre et les résultats à obtenir pour chacune des années à venir. Le premier travail de la nouvelle équipe devra au moins permettre d’élaborer et de valider ce plan d’actions et de bâtir le chronogramme d’activités qui en découlerait. Le président Jovenel Moïse va-t-il ignorer les fameux cinq E (éducation, emploi, État de droit, énergie et environnement) du président Martelly? 

Si, dans les réalisations, il n’existe pas grand-chose à retenir des cinq E de Michel Martelly, ils correspondaient quand même à un besoin criant. Ils représentent pour un économiste du développement une certaine opérationnalisation d’un concept beaucoup plus large qu’est le développement durable. Un développement économique respectueux de l’environnement avec un souci permanent d’équité intergénérationnelle où le développement d’aujourd’hui ne compromet pas les possibilités de prospérité de la génération future. Tous les gouvernements des 25 prochaines années doivent aborder rationnellement et efficacement ces thématiques. 

Pour chacun des E, il faudra probablement bien plus qu’un quinquennat. Puisqu’on ne pourra résoudre tous les problèmes d’éducation, de justice, d’emploi, d’énergie et d’environnement du pays en cinq ans. Par contre, cinq ans suffisent amplement à poser les bases de solutions durables. Ces bases pourront servir de socle aux prochains quinquennats des prochains présidents. Le développement est un processus de long terme. Une affaire de décennies. Mais aussi une affaire de continuité. D’où la nécessité d’un plan de développement sur au moins 25 ans comme le souhaitait le président René Préval. Le PSDH peut bien servir de base.

Les signaux crédibles d’un nouveau départ

La croissance recouvrée avec le gouvernement de transition Alexandre/Latortue était perçue par plus d’un comme le résultat d’une meilleure conception couplée avec une meilleure coordination de la politique gouvernementale à travers le Cadre de coopération intérimaire (CCI). Celui-ci devait céder sa place en 2006 au Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP). Le séisme du 12 janvier 2010 avait rendu obligatoire une révision du DSNCRP qui, en tenant compte du PDNA (Post Disaster Needs Assessment), s’est transformé en Plan d’actions pour le relèvement et le développement national (PARDN). Ce dernier, à travers la reconstruction, entendait saisir toutes les opportunités pour effectuer un nouveau départ. Le PSDH couronnait l’ensemble de ces travaux à travers un processus participatif.  

Dans un effort de cohérence temporelle de l’action gouvernementale, la nouvelle équipe doit extraire la substantifique moelle de ces travaux qui, après ajustements et actualisations, pouvait accoucher d’un programme de gouvernement convaincant. Puisque ces documents ont été approuvés à la fois par les secteurs nationaux et internationaux, une telle démarche serait un cadre précieux de coopération avec les différents acteurs. Les premiers mois doivent donner naissance à un pareil programme de gouvernement. 

Les prochaines années serviront alors à exécuter ce programme qui servira de cadre de coopération avec les institutions nationales et internationales. Ainsi, le nouveau bureau de la Chambre basse pourrait inviter chaque député à dresser, de concert avec le sénateur et le maire, une liste des trois projets prioritaires pour sa commune. Ces projets seront intégrés dans le cadre du programme gouvernemental des cinq prochaines années. 

Aucun montant d’argent ne sera attribué aux députés qui bénéficieront plutôt de l’exécution des projets identifiés. Cela éviterait toute suspicion de corruption lors des votes au Parlement. Tout se fera sur la base des projets à exécuter au profit de la population. Tout le monde en sortirait gagnant. Le député pourra faire valoir ces réalisations à la fin de son mandat et le président, via le gouvernement, aura la chance de réaliser des projets dans toutes les communes du pays.

Avec un plan, un programmes et des projets si bien ficelés, le gouvernement pourra solliciter le financement des bailleurs de fonds et des pays partenaires. La Chine qui s’efforce ces jours-ci de se faire une image de grande puissance à travers le monde serait probablement partie prenante. Elle fait preuve d’une grande générosité à travers le monde en finançant des projets de développement d’envergure en Afrique et en Amérique latine. Les pays occidentaux emboiteraient le pas en vue de tenir la rivalité internationale qui caractérise souvent les relations internationales. Ils apporteraient également leur technologie et savoir-faire.

La première année du mandat présidentiel demeure l’année la plus importante. C’est l’année qui doit servir à bâtir sa renommée, sa crédibilité, sa réputation ainsi qu’à gagner la confiance de la population et de tous ses partenaires. Les 100 premiers jours sont encore plus importants. Les premières mesures gouvernementales doivent être symboliques. Si tout se fait dans les normes, alors les partenaires nationaux et internationaux seront rassurés et emboîteront le pas comme ils l’ont fait pour les élections réalisées par l'administration provisoire Privert-Jean-Charles. 

Le président Martelly avait raté son mandat principalement à cause d’un mauvais départ. Les quatre Premiers ministres désignés, pour deux ratifiés lors de la première année, cristallisaient ce faux départ et cette carence de leadership. L’affaire Bélizaire et la démission forcée de Garry Conille avaient laissé transpirer un irrespect des institutions. La propagande faisait plus de place à l’apparence qu’à l’essence. Et cela n’assurait personne.

Le nouveau président doit tirer les leçons de ces égarements et profiter de ses 100 premiers jours pour poser les bases de la réussite de son quinquennat ainsi que les jalons de la croissance et du développement économiques futurs. Le pays attend les signaux d’un nouveau départ. Chaque fait, chaque geste, chaque action et chaque décision seront scrutés à la loupe. Ils feront pencher l’opinion publique et la perception générale dans un sens ou dans un autre.

source nouvelliste



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