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Quand le président du sénat rejette la Constitution et désavoue ses pairs de la chambre haute

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Ndlr : Le 26e anniversaire de la Constitution du 29 mars 1987 est passé sous silence et dans l’indifférence des officiels, surtout un vendredi saint 29 mars 2013. Depuis juin 2012, avec la complicité des présidents du sénat et de la chambre des députés, ainsi que du président de la cour de cassation, l’administration politique de mai 2011 – installée sous l’empire de la Constitution de mars 1987 - entend s’inscrire sous le règne d’amendements irréguliers et anticonstitutionnels. Un deal aurait été conclu pour le renvoi de l’ensemble des conseils municipaux élus et des conseils élus d’administration de sections communales (Casec) par le gouvernement. Les violations de la Constitution ne se comptent plus sous l’actuelle administration politique, qui fait étalage de culte de la personnalité du président, qui utilise les armoiries de la république pour répandre des propagandes électorales déplacées avec l’argent du trésor public…

A quelques jours du 26e anniversaire de la Constitution du 29 mars 1987, il est regrettable de constater comment le président du sénat haïtien, Simon Dieuseul Desras, a décidé de légitimer la mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah), tout en foulant aux pieds la Constitution et les décisions du sénat de la république.

"Je jure de m’acquitter de ma tâche, de maintenir et de sauvegarder les droits du peuple et d’être fidèle à la Constitution" est le serment, tenu de prononcer un sénateur lors de son entrée en fonction, aux termes de l’article 109 de la loi-mère.

L’honorable président Desras se souvient-il de ce serment en ce mois de la Constitution ?

Considérons certaines des "grandes" actions, que l’illustre parlementaire a posées au cours du premier trimestre de l’année :

• Début janvier 2013, le président Desras admet, le plus naturellement du monde, la présence du représentant de la force étrangère au beau milieu du parlement haïtien, réuni en assemblée nationale pour accueillir le Premier ministre ;

• A la mi-janvier, c’est avec autant de naturel qu’il reçoit une nouvelle fois, au parlement, le représentant de la Minustah au sein d’une délégation étrangère ;

• Fin janvier, le président Desras annonce, sur une radio de la capitale, qu’il a appelé le représentant de la Minustah pour lui dire combien son appui est important pour les élections et, si jamais il ne donne pas cet appui, la Minustah n’aura pas réussi sa mission ;

• Fin février 2013, l’honorable parlementaire informe, à travers une correspondance, que « la commission des droits humains du sénat, organise conjointement avec la Minustah, un atelier sur les droits de l’homme, le vendredi 1er mars 2013, de 10:00 am à 2:00 pm, à la salle des séances du sénat de la République ».

Il importe de préciser que cet atelier s’est tenu après la déclaration arrogante du secrétaire général des Nations-Unies, signifiant qu’il n’est pas question de dédommager les victimes du choléra en Haïti.

Cette déclaration n’a pas dérangé le moins du monde l’honorable président du sénat dans ses préparatifs d’atelier avec la Minustah.

Pourtant, à des dizaines de milliers de kilomètres d’Haïti, le quotidien britannique The Guardian titrait : « En Haïti, le comportement de l’Onu est loin d’être la conscience du monde  » (AlterPresse 6/03/2013).

• Enfin , le lundi 11 mars, le président Desras annonce, sur plusieurs médias de la capitale, que la Minustah va l’accompagner à Saut-d’Eau, dans le Plateau central, pour des activités de réhabilitation environnementale.

Ces faits traduisent à la fois l’intérêt, la volonté et l’enthousiasme du président du sénat en faveur de la présence et de la collaboration de la force étrangère, interdite, pourtant, par la Constitution haïtienne en son article 263-1.

Le président du Grand Corps agit donc CONTRE les prescrits de la Constitution du pays. De plus, il se positionne CONTRE les dispositions du sénat, dont il est membre.

En effet, le 20 septembre 2011, le sénat de la république adoptait une résolution CONTRE la Minustah et POUR son départ.

Le texte était ainsi introduit : « Vu les articles 1er, 24, 52−1, 53, 138, 263−1 de la Constitution ; considérant que la Constitution de 1987 interdit formellement, de manière non équivoque, l’existence de tout corps armé sur le territoire national, autre que les Forces Armées et les Forces de Police… ; considérant que les justifications utilisées par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies…ne sont plus pertinentes… considérant que le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États-Membres reste un credo pour toutes les nations de l’Amérique Latine » ….

Et le sénat de poursuivre : Les autorités compétentes haïtiennes doivent produire, par devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, la demande formelle du retrait progressif, ordonné et définitif de toutes les composantes de la Minustah, dans un délai n’excédant pas un an, soit au plus tard, le 15 octobre 2012 (art.1). [1]

A l’article 2, le sénat dispose que les autorités compétentes haïtiennes doivent « obtenir dudit Conseil l’établissement d’un calendrier acceptable pour commencer et terminer le retrait dans le délai prévu à l’article 1 » .

Cette résolution du 20 septembre 2011, communiquée en annexe, porte les signatures des honorables sénateurs Jean Rodolphe Joazile, président du Sénat (actuel ministre de la défense) ; Pierre Franky Exius, Premier Secrétaire et Mélius Hyppolite, 2e secrétaire.

Que faut-il en penser ?

Alors que le sénat, à la lumière de la Constitution, décide de déclarer la Minustah inconstitutionnelle, l’actuel président du grand corps, affirme, par ses actes, qu’il est au-dessus du sénat et POUR la Minustah.

Plus étrange encore, l’honorable parlementaire agit dans le silence, voire l’indifférence de ses pairs…. pourtant bien au fait de l’adoption de cette résolution en 2011.

A noter que le mercredi 20 mars 2013, a été présenté au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, « le Plan de consolidation 2013-2016 de la Minustah, approuvé par le gouvernement d’Haïti.. » (Le Nouvelliste, 21/03/2013).

Est-ce que le sénat, déjà engagé par cette résolution sur le départ des troupes onusiennes à la date du 15 octobre 2012, compte réagir à l’annonce de la prolongation de la Minustah jusqu’en 2016 ou va-t-il simplement faire le mort ou multiplier les déclarations à l’oral ?

Est-ce qu’un jour, la presse haïtienne a appris, du sénateur Desras, que le Grand Corps avait mis sur pied une commission sénatoriale pour le dédommagement des victimes du choléra qui ont déjà dépassé huit mille (8,000) personnes ?

Ou du moins, la presse doit-elle se contenter d’être, de temps à autre, le témoin privilégié des étreintes contre nature de l’illustre parlementaire avec les occupants… ?

What next ? Quel autre spectacle avec la Minustah, propagatrice du choléra dans le Plateau central, l’honorable sénateur du Plateau central nous réserve-t-il ?

A propos, et s’il envisageait d’organiser, devant le siège du sénat, une grande distribution de jouets pour tous les orphelins du choléra ? Que se passerait-il ?

Un spectacle pas comme les autres !

A cette occasion, on verrait sans doute à côté de l’illustre sénateur, les super commandants de la Minustah, en particulier les experts en pendaison d’enfant, comme ceux du Cap−Haïtien, ou les experts en viols comme ceux de Port-Salut. Et surtout, point important du programme qui ne sera certainement pas négligé : les enfants, après avoir reçu leurs jouets, devront crier à tue-tête : A VIE, A VIE, A VIE ! VIVE Minustah ! MERCI Minustah !

Tout cela, bien médiatisé par les chaines de télévision !

Cela ferait de belles images, n’est-ce pas ? Avec en prime, la dignité nationale à ras le sol…..

Loin de nous l’idée de jouer aux super nationalistes excités, mais, au fond, quelle voie légitime devrait prendre un fils du Plateau central, berceau du résistant Charlemagne Péralte ? Rechercher des miettes et la visibilité, à travers de petits projets avec la Minustah, ou s’investir, depuis la tribune du sénat, pour la reconquête de la souveraineté nationale et un dédommagement digne et véritable en faveur de la population haïtienne victime du choléra minusthien ?

Oui, au nom des générations futures, le sénateur Desras se doit d’être digne en songeant simplement que la Minustah, avec le choléra, a fait plus de victimes que les attaques terroristes du World Trade Center aux États-Unis d’Amérique. Et encore, aux USA, c’était une fois ; en Haïti, le choléra tue tous les jours.

Il serait donc tout à l’honneur du président du sénat de se ressaisir et de ne plus légitimer ni officialiser les arrogances d’une mission onusienne CHOLÉRique, téléguidée par un Conseil de Sécurité, dont les membres-clés, nostalgiques du temps colonial prédateur, veulent à tout prix imposer un état de sous-humanité en Haïti.

Par Lis Bell   

Militante de droits humains

Alter Presse



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