Accueil | Opinion | Rencontre en ligne

Rencontre en ligne

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image Rencontre en ligne

À 30 ans, j’étais détentrice d’une maîtrise en gestion. J’occupais une bonne position à la Unibank avec possibilité de promotion. Je conduisais une superbe voiture et j’avais un appart à Laboule. J’étais ce qu’on peut appeler un bon parti. Tout semblait aller pour le mieux, mais il y avait un hic qui venait ternir ce tableau. J’étais célibataire. Personne ne soupçonnait que j’étais seule. Gason pè fi ki gen diplòm ! Personne n’osait m’inviter à sortir.

La solitude commençait à me peser. Gemima, une amie de longue date, me parla d’un jeu de correspondance en ligne. Devant ma réticence, elle m’assura que quelques-unes de ses connaissances avaient fait d’intéressantes rencontres sur le site, et puis d’ailleurs, qu’avais-je à perdre ?

Oui, c’est vrai, qu’avais-je à perdre ? Ce n’est pas comme si j’allais me marier... Je me suis donc rendue sur le site et me suis inscrite sur Mysterieusespersonnes.com, pour une vingtaine de dollars U.S. Santi bon koute chè. Je commençai par lire les profils, puisque les photos n’étaient pas admises. Certains moins intéressants que les autres. "Ah ! Celui-ci vit avec ses parents. Nope, m pa bezwen pyès gason manman. Lui est au chômage. En, en, ret lakay ou ! Celui-là en instance de divorce. Weyy, gason toujou ap divòse."

- As-tu été sur le site ? me demande mon amie le lendemain.

- Oui, mais je n’ai rien trouvé, j’essaierai plus tard...

Arrivée à la maison, après mon bain, j’allumai mon ordi. Je tombai sur d’autres profils, les uns plus ridicules que les autres. Je savais que ce n’était pas une bonne idée. "Gemima m pral rele la a pou l remèt mwen kòb mwen an, oo... Et boom ! En voilà un qui méritait un coup d’œil."

Célibataire, pas d’enfant, travaille à la BNC, étudiant en dernière année de droit... Pas mal. Je cliquai sur la fiche. Hum ! De mieux en mieux. Je lui envoyai une demande d’ami qu’il ne tarda pas à répondre. 

Cela faisait déjà deux semaines, religieusement, de 8 heures à 11 heures du soir que mon mystérieux ami en ligne et moi nous chattions sur le net. Au bureau, tout le monde me demandait pourquoi j’avais l’air si fatiguée ? Je ne pouvais rien dire, je souriais. J’avais oublié cette sensation d’avoir quelqu’un à qui "parler". Il comprenait à demi-mot ce que je lui disais, il était si gentil et si attentif. "Je crois que j’ai gagné le gros lot."

Pour faire durer le suspense, il ne voulait pas qu’on fasse du video chat. On se verrait face à face bientôt, ce sera mieux. "Il est peut-être laid comme un diable, c’est pour cela qu’il ne veut pas que je le vois ? Mais bon... ce n’est pas grave, la beauté physique n’est rien par rapport à la beauté intérieure," me suis-je dis.

J’appelai Gemima pour la remercier. J’aimerais qu’elle m’accompagne à la première rencontre, car je ne voulais pas y aller seule. Ou pa janm konnen, on n’est jamais trop prudent dans la vie.

- Ma chère, merci, j’ai fait la connaissance de quelqu’un en ligne, il est charmant.

- Se vre ? M byen kontan. Apprends à bien le connaître, car tu sais comment sont les gens de nos jours.

- Oui, je sais, mais lui, il est différent...

- Ah bon ? Comment cela ? En quoi est-il différent ? Je te connais depuis toujours et tu es la personne la plus sceptique que je connaisse. Sa k ap pase w la a ? Misye genlè enterese w pou w ap defann li konsa...

- Non, ce n’est pas cela. Je ne sais pas comment te l’expliquer. Il a... comment dirais-je... piqué ma curiosité. Très indépendant. Rude travailleur. Il a une carrière à la banque comme moi et termine ses études en droit. Quelqu’un avec qui je peux parler qui ne me dit pas "Yes aya" après chaque phrase. Il est une parfaite réplique de moi. 

- O! Nèg sa a se yon zanj, daprè sa w di m nan la a... Mande l si l pa gen frè, m ta antre nan fanmi sainteté a. Ah ! Ah ! Sèlman sonje envite m nan maryaj la. Ey, sa pi bèl !

- Aaa... ou toujou la pou gate afè moun, ou menm. M te kwè se ou ki te refere m sit la ?

- Oui, pour te changer les idées, men m pa t voye w pou w al damou. Ceci est trop beau pour être vrai. Je flaire un piège quelque part. 

- Ah ! Ma chère ! M p ap okipe w, jalouzi w ap fè paske se mwen ki jwenn li an !

- An, se konsa w wè l ? Je te protège car tu es mon amie de longue date. J’étais là quand trois ans de cela, tu avais rompu avec Gérard. J’étais l’épaule sur laquelle tu venais pleurer, l’amie sur laquelle tu pouvais compter, j’étais la pe…

- Ok, ok, je me souviens ! M ap rele w tale, m wè bank la ap rele m, n'a pale pita. Je te rappelle. 

Et je raccrochai.

Tchuiiiip, gad kijan fi a gate san m non la a. Je planifiai donc de rencontrer mon tendre correspondant toute seule comme une grande ce dimanche. 

La première impression est celle qui reste. Donc je dois bien me présenter. Rendez-vous au salon de beauté à 10 heures : check. Achat de nouvelles paires de sandales de la même couleur que mon sac à main : check. Ma robe à fleurs à récupérer au dry cleaning : check. Accessoires chez Le bijoutier : check. Car wash : check. A la fin de la journée, en tant que femme d’affaires, je faisais mes calculs. O o, an jwèt konsa, m sot depanse 800 dola wi la a. Bon, il le mérite. 

Tout est fin prêt pour mon rendez-vous à 6 heures ce soir. Je vais manger un petit quelque chose avant de me déplacer pou nèg la pa di fi sa a manje twòp. 

Wouch ! Une tache de graisse sur mon corsage. Elle est insignifiante, mais je ne veux pas paraître négligée. Oh ! je sais ce que je vais faire. J’ai une grosse broche en forme de rose, je vais l’attacher dessus. Et voilà, plus de trace de la tache de graisse ! Ouf !

Durant mes études en France, s’il y a quelque chose que j’ai adopté, c’est la ponctualité. Donc, pour être à l’heure, avec les embouteillages de Port-au-Prince, je me déplace à 5 heures 20. Le temps d’un petit selfie et hop ! me voilà dans mon parking près de ma voiture. Le temps est à la pluie, Aaa, m prale kanmenm ! Depi w wè ou pral jwenn yon bagay serye fò w jwenn difikilte, m p ap dekouraje. Oh ! Non…. Comble de malheur ? Un pneu crevé ? Ah ! Rien ne peut m’arrêter. Je n’aurai pas le temps de faire venir Ti Blanc qui est au bas de la rue. Et puis à cette heure, il est probablement déjà parti. Bon. Je vais appeler un taxi d’une des compagnies de la capitale. 

Une dizaine de minutes plus tard, j’entends un klaxon. Mon taxi est là ! Un jeune homme bien vêtu vient me prendre devant la porte. 

- Bonsoir, madame, là où vous allez sur la route de Frères, je dois vous avertir qu’il y a un embouteillage monstre dû à un accident de la route. 

- "Ah bon ?" fut mon unique réponse. 

Et je tournai la tête coupant court à toute conversation. 

Son téléphone portable sonna et il me dit :

- Madame, cela ne vous dérange pas si je prends cet appel ?

- Non, pas du tout. Allez-y.

- Merci, madame.

Il y a encore des gens polis dans ce pays... 

- Alo ? O ! Sa k ap fèt, nèg pa m ? Non, man, m poko ale. Patron m rele m li mande m fè yon denyè kous anvan m antre. Kòm pa koyensidans, se menm kote m prale a m tou pwofite fè ti monnen an. M'a byen jwenn li pou m bay kòm tep.

Il éclata de rire.

- Monchè, mèsi, ou wè m pa t vle tande w, men kounye a m jwenn yon bon grenn fanm. Depi m fin pèdi infimyè Miami an nan 12 janvye a, patnè, nèg pa fre menm jan an non ; ou konn tout bagay. 

Pauvre jeune homme, encore une victime du 12 janvier, me suis-je dit.

- Ti fanm sa a, patizan, se Bondye k voye l pou mwen. Se labank l ap travay wi. Erezman nèg te fè yon bon rétho nan lise a, franse m bon. Ou sonje lòt jou lè m fè w vin text li pou mwen an, lè l t ap plede poze m kesyon m pa t ka reponn nan ? Fanm nan kole nan kesyon sou droit international... Bon, sa m konn nan droit ? Si se pa t ou, patnè, jou sa a li dekouvri m. Mesi nèg anm... Non, gen blokis, m poko prèt pou rive. 

Il éclata de rire. 

Que de coïncidences ! Ou kwè sa m panse a se ta sa ? Non, tout le monde ne peux pas être mauvais. Banm tande toujou...

- A, pa jwe konsa non, nèg chelbè, chèlbè. Je porte une chemise qui coûte très cher. Un jean que je me suis procuré au "Kennedy". Machann nan annik dekachte bal pèpè a, j’étais le premier à le choisir. M bay sa nan près rapid, m fre kou ze zwa.

Il continua son discours comme si je n’étais pas là. 

- Mon cher, ou konnen se vè 7 è 30 m toujou finn travay, se sa k fè se a 8 è m toujou bay mamzèl randevou. Mèt sibèkafe se zanmi m, li fè rabè pou mwen, epi l fenmen ta paske gen yon restoran dansan devan an. San sa, kote m t ap jwenn kouran pou m  pale ak dam nan chak swa ? Li menm li gen invètè lakay li siman. Aaa, ou konnen depi m bon w ap tou leve atè a. M pa ka ret nan telefòn nan konsa, banm ale non. Sèlman, met telefòn ou nan chaj pou lè fi a ap poze m kesyon m ka rele w mande w repons ! 

Après une courte pause, il dit : 

- Hein ? Ah non ! Je finirai un jour par lui dire que j’avais menti, que je ne voulais pas la perdre, que mes parents étaient morts et que je ne pouvais pas continuer mes études. M' a rale kèk plim nan nen m epi ma kriye. Ou konn medam yo renmen sa... Aaa... m ap degaje m kanmenm. Ale non, je te fais un coup de fil une fois que j'ai du nouveau.

Il raccrocha et augmenta le volume de la radio. 

J’étais clouée sur la banquette arrière. Non, je ne voulais pas croire que je me suis laissée avoir comme cela. Il faut que je lui rende la monnaie de sa pièce.

- Je vais placer un appel, lui dis-je. Pouvez-vous baisser le volume de votre radio ?

- Bien sûr, madame !

- Gemima... Ah, ma chère, tu avais raison !

- Que se passe-t-il ?

- Tu te souviens de mon correspondant en ligne ? Oui, lui-même. J’avais rendez-vous ce soir avec lui. Oui, l’homme que je prenais pour un ange, qui m’a dit qu’il travaillait à la banque, l’étudiant en droit ? Oui… 

J’ai vu ses mains se raider sur le Volant. 

- Eh bien, ma chère, je te dois $20 us. Il n’est pas celui qu’il prétendait être comme tu l’avais soupçonné. Il n’est qu’un simple chauffeur de taxi. Non, il n’y a pas de sot métier, mais se faire passer pour celui qu'on n’est pas, c’est un peu comme un crime. J’aurai encore besoin de tes épaules ce soir.

- Kolangèt, mesye, m pran, o o o", lâcha le chauffeur de taxi.

- Monsieur, déposez-moi à ce coin de rue, ma copine va venir me chercher. Mon rendez-vous vient d’être annulé. Amusez-vous bien à votre rencontre. Je vous laisse un pourboire, comme ça, vous pourrez payer l’addition.

Il arrêta la voiture, se préparant à me dire quelque chose

- Je…

- Merci !, dis-je d’un ton sans réplique. 

Et je claquai la porte sans un regard en arrière.

Rose Grand Pièrre Source Ticket


Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 712.432.7000 712.432.9945 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text Texte complet
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0