Accueil | Opinion | Un séisme majeur est-il vraiment imminent dans le Nord?

Un séisme majeur est-il vraiment imminent dans le Nord?

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

Cela fait déjà quelques années que les yeux sont rivés sur le Nord du pays redoutant un séisme majeur comme celui du 7 mai 1842. L'État haïtien, les agences des Nations unies et des ONG ont déployé d'importants moyens pour prévenir un big one dans la région. Des études de microzonages sismiques à la préparation aux risques de tsunami en passant par l'évaluation de la vulnérabilité des bâtiments publics. Le 12 janvier dernier, un grand colloque multirisque y était organisé pendant qu'aucune manifestation significative n'était à signaler à Port-au-Prince pour commémorer le séisme meurtrier de 2010. Vous vous êtes peut-être posé la question : pourquoi cette ruée dans le Nord? Certains de mes collègues parlent d'un séisme imminent dans la région et semblent convaincre les décideurs. Analysons ensemble la menace sismique dans la partie septentrionale de l'île du point de vue de la tectonique, de la sismicité historique et de la paléosismicité.

La Faille septentrionale (FS) longe la côte nord de l'île d'Haïti sur environ 600 km. A l’ouest, elle semble se connecter avec la faille d’Oriente du sud de Cuba. À environ 50 km au nord de la FS, on retrouve l'extension de la limite entre les plaques caraïbes et nord-américaines. Cette partie de cette limite est appelée dans la littérature « Faille Nord d'Hispaniola ». La FS a une direction générale Est-Ouest. En Haïti, la faille se situe en mer. En République dominicaine, elle passe essentiellement à terre où une abrupte rupture de pente est observée entre la cordillère septentrionale et la vallée du Cibao sur une distance de 320 km (Fig. 1). Plusieurs rivières et d'autres objets géomorphologiques sont déformés par la faille. La vitesse de déplacement sur cette faille serait autour de 9 mm/an. Il s'agit d'une faille active et probablement responsable de plusieurs séismes historiques décrits par certains historiens comme Thomas Madiou, Beaubrun Ardouin et Moreau de Saint-Méry.

En effet, le premier grand séisme rapporté sur l'île fut celui du 2 décembre 1562 au nord de la République dominicaine. Ce séisme causa la destruction des villes de Concepción de la Vega et de Santiago de los Caballeros. Le 7 mai 1842, un puissant séisme accompagné de tsunami frappa le nord d’Haïti et détruisit les villes du Cap-Haïtien, de Port-de-Paix, de Môle Saint-Nicolas et de Fort-Liberté. Il endommagea sévèrement Santiago en République dominicaine. Cap-Haïtien fut le plus détruit avec 5000 victimes sur 10 000 habitants. Port-de-Paix fut couvert d’eau de mer sur 5 m de haut, et 200 personnes périrent sur 3 000 habitants. Le 4 août 1946, un important séisme généra un tsunami de 4 à 5 m de haut qui inonda les agglomérations du nord-est de la République dominicaine. À partir de ce 4 août, plusieurs autres grands événements sismiques se produisirent au nord-est dominicain jusqu’en 1953. Là où la Terre a tremblé, elle tremblera encore. Mais quand? Bien que la sismicité historique nous confirme que l’île d’Haïti, sa partie septentrionale en particulier, est régulièrement soumise à de grands événements sismiques, elle nous apporte très peu d’informations sur la menace sismique que représentent actuellement les failles actives. Ce, pour les raisons suivantes :

La carte de la sismicité historique est basée sur des données macrosismiques, donc dépend de la localisation des populations. Il est donc difficile d’en déduire les failles responsables. Un grand séisme survenu dans une zone inhabitée, pas de témoignage, il y a donc un risque que cet événement échappe à l'histoire.

La magnitude est uniquement estimée en fonction des descriptions que l’on a faites des effets de ces séismes.

La fenêtre d’observation est relativement courte et couvre rarement un cycle sismique.

Pour remonter plus loin dans le passé, des études de paléosismologie sont nécessaires. On entend par là toute démarche visant à retrouver des traces de séismes passés. En janvier 1993, une équipe de l'Institut de géophysique américain (USGS) emmenée par Carol Prentice a publié les premières études de paléosismologie sur l'île d'Haïti, et ce, sur la faille septentrionale. Ils ont creusé une tranchée sur un cône alluvial déposé à travers la FS au centre de la vallée du Cibao. Cette tranchée a montré des évidences stratigraphiques claires pour un paléoséisme accompagné de rupture de surface. Des datations au carbone 14 suggèrent que ce paléoséisme s’est produit il y a plus de 730 ans. Un autre paléoséisme, moins clair, car n’ayant pas rompu la surface mais plissé des sédiments récents, remonterait à 430 ans (avant 1993). Ce paléoséisme pourrait correspondre au séisme de 1562. En 2003, sur la base de tranchées additionnelles, l'équipe a confirmé que le dernier séisme accompagné de rupture de surface sur la FS s’est produit entre 1040 et 1230 AD (après Jésus Christ). Ils ont aussi déterminé que ce séisme a provoqué sur la faille des déplacements de 4 m en horizontal et de 2.3 m en vertical. Ce qui implique une magnitude supérieure à 7. Ils ont aussi daté un pénultième événement à post 30 AD et déduit un temps de retour de 800-1200 ans. 

Si l'on considère ce temps de retour de 800-1200 ans et que le dernier grand séisme s'est produit en 1040-1230 AD, aujourd'hui en 2017 on est supposé être dans les temps. Cependant, avec seulement deux paléoséismes, dégager une tendance pour le temps de retour est peu pertinent. Encore moins à communiquer au grand public. De plus, ces études ne concernent que le segment de faille en question, à savoir celui de la vallée du Cibao - quoique un séisme de grande magnitude doive être fortement ressenti côté haïtien. Autres considérations, le séisme de 1842 n'a pas été retrouvé dans les tranchées de l'USGS, cela peut vouloir dire qu'il a été généré par un autre ou d'autres segments de la faille du côté haïtien. La FS passe en mer à cet endroit ; ce qui rend difficiles les études de paléosismologie. En 2017, cela fait 175 ans depuis 1842, mais cela ne veut pas dire grand chose tant que l'on ne connaît pas le temps de retour sur ces segments. Enfin, en juillet 2013, lors d'une réunion d'experts patronnée par l'Unesco sur les sources probables du séisme de 1842, nous avons trouvé qu'un scénario d'une rupture sur la faille nord d'Hispaniola était tout à fait tenable. 

Toutefois, au regard de la tectonique, de la sismicité historique et de la paléosismicité, la région nord du pays est bien à haut risque sismique. Le risque est ce qu'il est, il ne doit être ni sous-estimé, ni surestimé. La population a le droit à la bonne information. Cela dit, les efforts de préparation à un grand séisme sont à encourager - ceci dans tout le pays d'ailleurs. Mais, aller jusqu'à dire qu'un séisme majeur est imminent..., moi je n'en mettrais pas ma main à couper.

Newdeskarl Saint-Fleur, PhD source le nouvelliste


Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 T-Mobile/MetroPCS: 360.398.4333 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

-->
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0