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Une loi pour la galerie ou pour museler la liberté d'expression ?

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La proposition de loi sur la diffamation votée cette semaine au Sénat de la République, sans débat avec des secteurs clés de la vie nationale, fait des gorges chaudes. Si certains voient en cette loi une tentative pour museler la presse, d’autres y voient un moyen de mettre de l’ordre dans un secteur à la dérive. Le premier camp peut avoir raison dans la mesure où certains sont encore nostalgiques du temps des Duvalier où il fallait réfléchir 7 fois 77 fois avant de se prononcer sur certains sujets. Le second camp peut aussi avoir raison, car aujourd’hui certains confondent liberté d’expression et libertinage. Ils oublient que la liberté d’expression a ses avantages et ses contraintes; elle confère également des droits et des devoirs. 

Se rappelant le régime des Duvalier – père et fils -, le pays a de bonnes raisons de se méfier d’une loi sur la diffamation votée par les sénateurs sans débat dans la société. Constatant aussi les dérives liées à la jouissance de la liberté d’expression obtenue au prix du sang, il faut de solides arguments pour s’opposer au vote de la loi sur la diffamation. Une chose reste cependant sûre : une loi sur la diffamation ne va rien résoudre dans les conditions actuelles. Pour de multiples raisons, elle risque de connaître le même sort que de multiples lois votées au Parlement qui jaunissent dans les tiroirs. 

Des médias libres restent une condition sine qua non à la jouissance de la liberté d’expression. Des dérives dans les médias, c'est une vérité qui saute aux yeux. Ce n’est pas une loi qui va résoudre ce problème. Contrairement à ce que certains pensent, le journalisme est une profession qui exige un apprentissage et un savoir-faire. Ce qui l’assimile à un refuge pour les ratés et les médiocres font fausse route. La formation des travailleurs de la presse doit intéresser ceux qui veulent lutter contre la diffamation. Le pays attend encore qu’il dispose d’une école de journalisme digne de ce nom. Jusqu’ici, la multiplication des médias, surtout les médias électroniques, est en adéquation avec l’offre de formation au profit des professionnels des médias, toutes catégories confondues. À qui la faute ? 

Des journalistes formés sauront qu’ils ont des droits et des devoirs. Ils seront soucieux de vérifier leurs sources, le b.a.ba du journalisme. Sachant qu’ils ont des droits et des devoirs, les travailleurs de la presse se mettront en association pour les défendre. Ils se donneront ainsi des règles (code d’éthique) pour autorégulariser la profession. La réalité aujourd’hui, il n'y a pas de syndicats de journalistes. Les organisations qui existent peinent à réunir des membres. Il existe certes des codes d’éthique, mais les journalistes ne s’y reconnaissent pas. À qui la faute ?

Nos législateurs, nos hommes politiques et tous ceux qui défendent la loi sur la diffamation doivent aussi penser à être plus ouverts à communiquer autour de leur gestion. Pour mieux dire, cesser de gérer les informations les plus simples qu'ils détiennent comme des secrets d’État. Tant que les autorités continueront de gérer les affaires du pays dans l’opacité, la rumeur, les « fake news » (fausses nouvelles) et la diffamation auront la vie dure. 

Une loi sur la diffamation n’est pas une mauvaise chose en soi, mais elle doit être un élément dans un ensemble. Si on veut commencer par la loi sur la diffamation pour transformer Haïti en un État de droit, c'est de bonne guerre. Si cette loi vise cependant à faire taire les citoyens, incluant les journalistes, devant la corruption, le népotisme, l’incompétence et la mauvaise gestion de nos dirigeants, il s’agit tout simplement d'une guerre perdue d’avance. 

Jean Phares Jérome Edito du Nouvelliste



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