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Vous aurez le même sort !

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Analyse de Bob Benodin

Peut-on qualifier de négociations, les entretiens qui se poursuivent sporadiquement entre Martelly et quelques sénateurs ? Le fait qu’ils demeurent jusqu'à présent stériles, nous oblige à poser la question. Il y a-t-il vraiment quelque chose à négocier ? Quand Martelly montre emphatiquement, qu’il ne tient fermement qu’à un point de vue, la création d’un CEP permanent. Croyant mettre le pouvoir Législatif face au fait accompli. Il en a créé prématurément un de 6 membres ! Négocier, c’est s’engager dans des pourparlers en vue de régler un différent ou de mettre fin à un conflit. Ce n’est ni un conflit individuel, ni un conflit d’opinion. Il s’agit d’un conflit procédural. Peut-on négocier pour se mettre d’accord en vue de circonvenir un pré-requis constitutionnel ?

 

Sur ce point, au sein du Sénat jusqu'à présent, les postions sont divergents. Ceux qui participent à ces réunions ne le font qu’en tant qu’individu. Ils n’engagent qu’eux-mêmes et pas le Législatif en tant que collectif. Il revient a Martelly de gérer la complexité de la « shuffle diplomacy » pour dans un premier temps persuader ces sénateurs séparément à joindre son point de vue. Et dans un deuxième temps, les forer collectivement à se converger vers ce qu’il convoite, leur participation à la création d’un CEP permanent fonctionnel. On assiste au contraire, sous les feux de la rampe, une scène de marronnage politique classique. Martelly et quelques sénateurs se sont réunis. Ils ont surpris la nation avec leur dernière trouvaille, le CEP conjoncturel.

 

La culture du bricolage politique permet de faire n’importe quoi au service de la volonté et des intérêts du pouvoir. En Haïti, être intelligent en politique, a toujours été, du moins au cours de ces derniers 54 ans, de savoir bricoler politiquement en prenant soin d’y ajouter suffisamment de vernis édulcorant.

 

Le scénario politique vient de changer substantiellement. Le Sénat amputé d’un tiers de ses membres les plus influents, fait pencher naturellement la balance des pouvoirs en faveur de l’Exécutif. Paradoxalement, deux de ces ex-sénateurs les plus influents, fer de lance de la campagne de déni de légitimité du pouvoir Exécutif par le parlement, se trouvent aujourd’hui confortablement blottis sous les aisselles de l’Exécutif, comme ses conseillers politiques. On ne peut s’empêcher d’en constater immédiatement l’effet. La propension pour la confrontation et le bras de fer, a simultanément changé de camp. Maintenant, c’est le tour de l’Exécutif de s’imposer au Législatif.

 

La provocation constante de crise, pour maintenir une déstabilisation permanente, est le meilleur subterfuge de dissimulation de l’incompétence. C’est ce que les 54 ans de populisme au pouvoir, nous ont appris ! Cette atmosphère est le milieu ambiant, parfaitement compatible à l’incubation du bricolage politique et idéal pour la prépondérance de l’incompétence ! Là, l’audace et le « toute voum cé do » y règnent en maître. On y joue plus facilement à la mouche du coche ! La ruse tient lieu d’intelligence ! La crainte supplante le respect ! Le népotisme de la médiocrité se substitue au système méritoire ! Le nivellement par le bas s’impose comme étalon! La corruption et l’impunité deviennent les normes ! Ce qui distingue cette culture. Sa priorité n’est, ni l’intérêt de l’état, ni l’intérêt de la nation, mais la victoire à la Pyrrhus, la domination à tous prix. L’Exécutif est-il en train d’embrasser cette culture ?

 

Il devient de plus en plus  évident que cet Exécutif noyauté, se laisse glisser sur la pente attrayante du pouvoir libertaire. Encouragé par qui, pour accomplir quoi ? Attention, se saisir du pouvoir absolu par force en embrassant les us et coutumes de cette culture d’affrontement, a pour corollaire une réduction proportionnelle de l’autorité morale.

 

L’Exécutif ayant manifestement violé le calendrier constitutionnel en re-promulguant les amendements. Nonobstant ce fait irréfutable, mais en guise d’argument, acceptons que Martelly ait légalement amandé la constitution par la re-promulgation de la liste d’amendements reconstituée, corrigée et authentifiée. Compte tenu des restrictions établies par l’article 284.2 de la constitution amendée concernant l’empêchement fait au président qui a promulgué les amendements de ne bénéficier d’aucun des avantages qui en découlent. Martelly, peut-il constitutionnellement mettre en vigueur l’article 192 de la constitution amendée pour former le CEP permanent ? L’Exécutif est-il en train d’embrasser cette culture de la constitution à la carte ?

 

Certes, il est naturel que l’Exécutif venant de subir une année d’humiliation et de déni de légitimité par le Législatif, veuille par réflexe reprendre le haut du pavé et le contrôle décisionnel, comme il se doit. Tout est dans l’approche, le style et la façon de gérer cette démarche. Il est irréfutable que les gouvernants médiocres et incompétents, incapables d’être performant, sont contraints à avoir recours qu’au pouvoir absolu et qu’à la violence pour pouvoir s’imposer. Si cette nouvelle équipe se sent compétente, ayant en vérité les capacités requises pour opérer ces changements annoncés publiquement, éducation gratuite pour tous, établissement de l’état de droit et reconnaissance de l’indépendance du pouvoir Judiciaire. Elle se doit d’éviter à tout prix de tomber dans le piège, des crises perpétuelles, de pérennisation des affrontements inutiles, et d’entretien de la déstabilisation constante. C’est le meilleur subterfuge de dissimulation de l’incompétence ! C’est le milieu ambiant parfait pour l’incubation du bricolage politique. C’est l’atmosphère idéale pour la prépondérance de l’incompétence et de l’ignorance ! C’est précisément ce milieu ambiant qu’ont entretenu ces deux régimes populistes pendant 54 ans, qui a provoqué l’exode de 85% des intellectuels, des professionnels, des technocrates et des administrateurs. La stérilité de ces deux régimes, pendant plus d’un demi-siècle, vient précisément de là ! Il ne s’agit, ni d’angélisme, ni de naïveté politique, mais de compréhension d’une vérité historique profonde.

 

Par instinct vous pouvez être naturellement attiré par l’affrontement à la recherche de sensation forte, de domination totalitaire et de prépondérance absolue. Le contrôle absolu, c’est la formule parfaite pour la suppression de l’innovation, de la créativité et de la compétence. Or en ce début du XXIe siècle, l’instinct entrepreneurial, l’innovation et la créativité, sont les clefs du succès, peut importe la taille du pays.

 

Le contrôle absolu n’est pas une fin en soi. De septembre 1957 à mai 2011 tous les gouvernements de ces deux régimes populistes indistinctement pendant 54 ans, ont imposé un contrôle absolu. Ils ont été en plus des gouvernements libertaires gérant la cohésion sociale par la force. Ils ont imposé l’internalisation de la peur, à tout un peuple, par la paix des tombeaux. Ayant eu à leur actif le contrôle absolu qu’ils ont convoité et exercé, pourquoi n’ont-ils pas su réussi ? Sous ces régimes Haïti a décliné, pour devenir le pays le plus pauvre de l’hémisphère et le plus corrompu du monde. Embrassez cette culture. Vous aurez le même sort !

 

L’expérience a démontré dans les faits que cette culture totalitaire aboutit inéluctablement à la catastrophe. D’ailleurs ceux sont les séquelles de leur patrimoine politique que nous subissons jusqu'à présent. La rupture avec cette culture, voilà l’ambiance favorable à l’épanouissement de la compétence, à l’encouragement de l’innovation et de la créativité. Voilà la condition favorable à l’investissement national et étranger. Voilà ce qui va attirer la participation et l’apport de la Diaspora. Il faut se rendre à l’évidence que la Diaspora a été forcée de prendre la voie de l’exile, précisément à cause de la répression et du contrôle totalitaire de ces régimes populistes !

 

La rupture avec tous les aspects de cette culture et particulièrement avec ses acteurs, est cruciale pour sortir de l’ornière du déclin et de l’instabilité ! Cette culture a pu réussir à se maintenir au pouvoir et faire ce qu’elle a fait à ce pays pendant plus d’un demi-siècle, parce qu’elle y a maintenu plus de 60% d’illettrés. Ce n’est pas un fait banal. C’est la clef de voûte de la domination de ces deux régimes populistes. On ne pourra pas changer l’état désastreux du pays et son fonctionnement, sans combler cette énorme lacune !

 

Force est de constater aussi, que ce soit indubitablement l’immixtion directe et intentionnelle de l’internationale qui incite, permet et facilite, le retour et le passage d’un régime à un autre, en Haïti. Une substitution manifeste de la volonté politique. Il faut que cela change ! Récupéré, c’est ce qu’Aristide n’a jamais pu comprendre ! Il a fait le choix facile. Il a opté, comme ses prédécesseurs l’ont fait, pour le pouvoir absolu. Aurait-il pu faire autrement ? Cela dépendrait uniquement de son niveau de compétence. Faites ce même choix facile. Vous aurez le même sort !

Robert Benodin

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