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Dossier Clifford Brandt: Lettre ouverte du journaliste Norluck Dorange à Pierre Lespérance / RNDDH

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Le 21 Novembre 2011

M. Pierre Espéance,
RNDDH (Réseau National de Défense des Droits Humains)

Je m’adresse à votre organisation à titre personnelle. Mais je tiens surtout à rendre publique cette communication, dans le sens de l’engagement qui a toujours caractérisé ma carrière professionnelle et publique.
 
Je félicite votre dévouement dans la mission que vous vous êtes confié consistant en la dénonciation des violations flagrantes des droits de nos compatriotes. Cependant, je me permets d’attirer votre attention sur des torts causés à des personnes qui s’estiment parfois victimes de vos démarches parfois manquant d’objectivité.
 
Je me réfère spécialement au cas de mon ami Marc Arthur Phébé dont le RNDDH a insinué dans l’opinion publique comme quoi, il serait un complice dans le dossier de Clifford Brandt. Il est facile d’éclabousser les noms et, puisqu’il n’existe en Haiti aucun mécanisme de réparation pour des torts causés aux réputations des gens, seul le temps peut cicatriser quelques grandes douleurs. Cette manière de nous empresser à culpabiliser par association, laisse parfois des cicatrices ineffaçables.
 
Laisse-moi vous dire. C’est moi qui, au poste d’Attaché de Presse de la Présidence au Palais National en 1996, avait recommandé Marc Arthur Phébé, lors du recrutement d’une nouvelle classe d’Agent de l’Unité de Sécurité Présidentielle (USP). Ce choix était basé sur des critères que je vais vous décrire. Lui et moi, nous avions vécu comme voisins limitrophes à Thor 10, Carrefour. Jeune homme sans histoire, sans militance politique, discipliné, respectueux, bon sportif et amateur de culture physique et d’arts martiaux, il est le fils aîné d’un père immigrant (aujourd’hui décédé) à New York qui supportait sa femme et ses trois enfants. Mes rapports avec les Phébé étaient comme ceux d’une famille élargie au sein de laquelle je continue à garder mes entrées. Voilà les raisons qui m’avaient poussé à mettre mon crédit personnel derrière la recommendation pour son admission à ce corps spécialisé de la PNH. Je me souviens qu’à deux reprises avoir reçu des félicitations de la part des instructeurs américains sous contrat, à l’époque avec le government Haitien, pour l’avoir recommandé. L’une, après avoir passé avec succès les tests intellectuels et physiques et le vetting. L’autre, après sa sélection pour faire partie de la première promotion des CAT Team. “Thanks, you gave us a good guy” me disait Jim, le principal instructeur. Je témoigne pour vous que Marc Arthur Phebé est devenu le commandant de l’Unité Cat Team de la PNH cantonnée au Palais National, non pas à cause d’une accointance politique, mais suite à une carrière disciplinée et sans histoire, ponctuée de grades méritées.
 
Fort de ces considérations, je me suis permis de douter sur l’implication éventuelle de Marc Arthur dans ce dossier honteux. Cette fois-ci, j’ai pris la décision de le faire en public, pour plusieurs raisons. La première, je crains que le RNNDH ne soit en train de se faire, une fois de plus, le bras auxilliaire d’une justice à la hussarde et rançonneuse, se hâtant de placer Marc Arthur Phébé derrière les barreaux d’une prison préventive pour des soupçons logiques, mais en l’absence de preuves, palpables et solides. Je dis bien, haut et fort, DES SOUPCONS. Est-ce normal?
 
Depuis la sortie de votre compte-rendu suggérant maladroitement une sorte de complicité en mentionnant le montant d’un chèque libellé en son nom par le Groupe Brandt, votre voix a servi à ses ennemis jaloux et aux combinards politiques de le garder en otage au Pénitencier National. Je qualifie d’insinuations méchantes, le fait d’avoir comparé ce montant à un salaire plus élevé de celui d’un ministre. Là, j’interpelle votre méthode d’enquête et vos conclusions hâtives dans ce cas bien précis. Il a été déterminé que, vos informateurs/manipulateurs vous ont passé la copie d’un chèque qui a été déposé dans un compte de la… SOGEBANK. Suivez mon regard. Or, ce versement rentre dans le cadre du règlement habituel du Groupe Brandt avec la compagnie de sécurité que dirige Marc Arthur. Il s’agit d’un fonds de garantie que le Groupe Brandt liquide régulièrement à la direction de la compagnie après le payroll des salaires des agents de sécurité, après les prélèvements, s’il y a lieu, pour compenser d’une part, les pertes enregistrées par négligence ou faute des agents et d’autre part, pour verser le montant du dédommagement au Ministère des Affaires Sociales, en cas de renvoi d’un agent. Des questions méritent d’être posées aujourd’hui. Pourquoi injecter dans l’esprit du public qu’il s’agit de versement de primes du réseau de kidnapping de Clifford Brandt, alors qu’il s’agit de transactions régulières et légales? Travailler pour le Groupe Brandt fait-il de quelqu’un le complice de Clifford Brandt qui est, selon les informations, responsable de la section automobile Mazda du Groupe? Entr’autre, existe-il un texte de loi interdisant au citoyen-policier Marc Arthur Phébé de monter avec d’autres associés une compagnie privée de sécurité qui travaille sous contrat depuis huit ans?
 
Je tiens à vous souligner que ses tracasseries n’ont pas commencé avec le dossier brûlant du jour. Lors de l’arrestation il y a quelques années de Fritz Brandt et de son fils David, pour une autre affaire sous le gouvernement de Préval, le juge enquêteur du dossier l’avait interrogé et investigué ses relations avec le Groupe Brandt. De cette enquête, rien d’anormal n’a été retrouvé. A insinuer aujourd’hui, qu’existeraient des rapports étroits entre Marc Arthur Phébé et Clifford Brandt pris en flagrant délit de kidnapping, c’est livrer à la vindicte publique un citoyen, un policier spécialisé, je le répète, à la carrière sans histoire, qui vit encore dans la modeste maison familiale de Thor 10.
 
De plus, pour votre gouverne, les informations laissant croire que Marc Arthur serait le bon ami de Martelly. Ce sont des amalgames qui aliment inutilement les ragots. Il n’a jamais été un compagnon de table ou de sorties du président Martelly dans sa vie antérieure. M. Martelly avait vécu un certain temps à Thor 10 à l’époque où son père fut le Superviseur des dépôts de la compagnie Shell. On le côtoyait sur le terrain de football de la Texaco les samedis après-midi. Des contacts occasionnels lors d’exécution de contrats, il y a environ 3 ou 4 ans, pour l’animation de soirée champêtre à Morisseau, la ville natale de la famille Phébé, c’était tout. Avant de devenir président, Martelly avait promis de toujours visiter ce bourg chaque année parce que, dit-on, il avait râté la première soirée et le public de la zone ne lui avait manifesté aucune hostilité.Qu’est-ce qui doit étonner que l’hédoniste Martelly aille séjourner à Morisseau, prendre part aux mêmes festivités? Qu’est-ce qui empêcherait à un président Martelly de conserver à son poste quelqu’un qu’il connait depuis des années?
 
Pour avoir travaillé dans l’ambiance du Palais National, je comprends le filet qui est en train d’être tissé autour de Marc Arthur Phébé. Savez-vous que le poste de ce policier sans histoire a été convoité, peu après l’arrivée de Martelly au Palais, par un ex-haut gradé de la PNH que vous aviez récemment dénoncé leur retour au sein de l’appareil de sécurité de l’actuel président pour avoir trainé dans le passé des dossiers de “mains sales”? Combien de policiers ou hauts gradés de la PNH qui ont travaillé et qui travaillent pour la famille Brandt?
 
Mes relations personnelles avec vous et Marie Yolène Gilles ne m’empêcheront pas de vous reprocher cette fois-ci publiquement, la gestion du dossier Brandt, en mettant à la disposition du public des informations par endroits intrumentalisées. Une page de la présente édition du journal Haiti-Liberté vient de reproduire votre fameuse aide-mémoire illustrée avec la photo de Marc Arthur avec la légende le kidnappeur. On ne saurait oublier, dans un passé pas trop lointain, lorsque le RNDDH s’était fait critiquer pour avoir alimenté le fourre-tout appellé Clameur Publique, au service d’une justice des vainqueurs avec la présentation de dossiers ayant servi à emprisonner pour un temps indéterminé des citoyens du camp politique des vaincus. Lorsqu’un éclairci se présente, les personnes épinglées arrivent à dévérouiller l’étau, en démontant ces dossiers juridiquement vides. Ces gens vivent encore et vous regardent mon cher.
 
Je conseille présentement à votre organisation d’être plus utile à la cause des Droits élémentaires des Haitiens, en documentant aux fins de dénonciations, les cas récurrents d’un autre type de kidnapping très institutionnalisé. Il s’agit des citoyens qui sont arrêtés pour des pécadilles, des fois. à la suite de montage audacieux, et qui voient leur période de détention prolonger sans espoir de sortie, à cause d’accusations lourdes, ajoutées à la volée. Cette technique malsaine vise à faire chanter les parents vivant dans la diaspora de ces personnes retenues dans les cachots des commissariats et centres pénitenciers. Je vous donne une bonne piste qui fera du RNDDH, une organisation qui mérite le respect de tous, y compris les démunis.
 
Reçevez mes salutations distinguées.
 
 
Norluck Dorange, journaliste

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