Accueil | Notes de Presse | Lettre ouverte à l'ambassadeur Kenneth Merten

Lettre ouverte à l'ambassadeur Kenneth Merten

Taille de la police: Decrease font Enlarge font

Centre Toussaint Louverture pour les droits de l'homme, la démocratie et le développement

Son Excellence Monsieur Kenneth Merten
Ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique
En ses bureaux

Monsieur l'Ambassadeur,
Le Centre Toussaint Louverture pour les droits de l'homme, la démocratie et le développement (CTDH) vous présente ses compliments et en profite pour vous exprimer sa préoccupation au sujet de la décision du consulat de votre pays de révoquer le visa d'un avocat régulièrement inscrit au barreau de Port-au-Prince, ayant fait partie du conseil de l'ordre dudit barreau et membre fondateur du CTDH: Me Patric Laurent. Pour votre gouverne, nous portons à votre auguste attention que la décision d'annulation a été notifiée par courrier et est signée de madame Jennifer Becker, consul général des visas des visiteurs.

Le CTDH, organisation de protection et de défense des droits humains, se garde d'opiner sur le fait de la décision, l'émission d'un visa étant une courtoisie. Cependant, il est choqué par la raison qui fonde la décision du consulat : « You may reapply for a B1/B2 visa following the completion of the investigation by the DCPJ».

Selon les informations dont nous disposons maintenant, la Direction centrale de la police judiciaire ne conduit pas d'enquête concernant Me Laurent. Le cabinet Laurent et associés est plutôt en procès contre la Direction centrale de la police judiciaire dans une affaire civile impliquant son directeur. Vous conviendrez avec nous, Monsieur l'Ambassadeur, que nul n'est au-dessus de la loi.
Nous refusons d'admettre que des représentants de l'une des plus grandes démocraties du monde puissent méconnaître aux justiciables haïtiens et à leurs avocats « les principes universels de garantie juridique, sur lesquels se fonde l'Etat de droit, dont le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique se fait le plus ardent défenseur ». Ces principes, faut-il le rappeler, sont notamment: l'égalité devant la loi, la soumission des individus et institutions aux règles édictées par le législateur et à l'autorité des tribunaux, et le droit à un avocat.

Faut-il désormais croire, Monsieur l'Ambassadeur, qu'un avocat dans l'exercice de sa profession soit obligé de requérir les conseils et les orientations des consulats et ambassades, quand il est question d'appeler par devant qui de droit les autorités et institutions qui auraient violé la loi ? Dans ce cas, nous ne pouvons que désespérer dans notre combat contre l'arbitraire et l'injustice, et penser à revenir à des époques troublées où la violence et le chantage servaient de moyens de pression et de contrainte. Quand bien même le pays de référence en matière d'égalité devant la loi demeure le vôtre, nous voulons nous inspirer du modèle américain !

Dans l'espoir que vous ne manquerez pas de vous saisir personnellement de ce cas - qui jette un discrédit sur un honnête citoyen, porte préjudice à la lutte contre l'impunité et réduit la marge de manoeuvre des hommes de loi - afin d'y apporter les correctifs nécessaires; recevez, Monsieur l'Ambassadeur, l'assurance de notre plus parfaite confiance.




Patrice Michel Derenoncourt
Directeur

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text Texte complet
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0