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Lettre ouverte au ministre de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle

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image Ministre Vanneur Pierre

Monsieur Vanneur PIERRE
Ministre de l'Éducation nationale
et de la Formation professionnelle


Monsieur le Ministre,

Face aux reports successifs de la rentrée des classes, depuis les deux dernières années et cette année encore, étant donné que j'ai écrit à votre ministère officiellement pour solliciter l'autorisation d'ouvrir les portes du Collège Catts Pressoir le 9 septembre prochain, vu qu'aucune réponse ne nous a été adressée, je me trouve aujourd'hui dans l'obligation, avec beaucoup de respect, de vous écrire publiquement pour exprimer mes grandes inquiétudes quant à la survie des écoles haïtiennes.

Depuis 1985, suite aux grandes turbulences politiques, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas arrêté de réduire le contenu des cours sous forme de « Programme allégé » , ayant pour base le « Programme 1972 révisé » qui ne répondait déjà pas aux grands besoins de développement du pays. Les chapitres éliminés, temporairement, n'ont jamais été réintroduits dans le curriculum de l'enseignement secondaire. Paradoxalement, les pourcentages de candidats à réussir leurs examens n'arrêtent pas de décroître dangereusement. Déjà les signes du déclin de notre système éducatif.

Une analyse rationnelle des taux de réussite aux examens officiels de 2013 devrait donc interpeller tout citoyen, particulièrement les éducateurs responsables que nous sommes. En effet, 77,08% en 6e année, 75,68% en 9e année, 28,63% en classe de première et 63,04% pour la classe terminale indiquent, sans ambiguïté, que le système éducatif haïtien est malade. Il faut donc, en urgence, en rechercher les causes pour élaborer des solutions durables qui devraient lui permettre non seulement de répondre aux grands besoins de développement du pays, mais aussi de positionner Haïti au rang des grandes nations du monde.

Aujourd'hui, notre système éducatif fait face, pour la troisième année consécutive, à une réduction du nombre de jours de classe, alors que la tendance internationale est à la planification de l'année scolaire de 200 jours.

Je peux comprendre que le ministère de l'Éducation fait face à des difficultés économiques qui pourraient justifier de telles décisions, mais elles ne surgissent pas en une semaine avant la date officielle prônée et bien argumentée par votre ministère. Quelle image projetée à nos jeunes, à nos enfants... à la communauté internationale ?

Le matin du jour où le communiqué relatif au report officiel de la rentrée scolaire au 1er octobre allait être connu du public, le spot officiel du ministère de l'Éducation, encore sur les ondes, continuait de demander à toutes les directions de prendre des dispositions pour la rentrée du 2 septembre. En moins de 24 heures, un communiqué annule ce spot!!!

Monsieur le Ministre,

Vous n'ignorez pas que les enseignants représentent une catégorie de professionnels traités en parents pauvres ? Combien d'entre eux pourront recevoir leur salaire du mois de septembre? Comment pourront-ils répondre à leurs obligations ? N'est-il pas évident que les jeunes refusent de choisir cette noble profession ! Quel est donc l'avenir de nos écoles haïtiennes? Quel impact ces reports consécutifs auront-ils sur les écoles haïtiennes de qualité ?

Quelle est la situation des écoles haïtiennes par rapport aux écoles étrangères et dites étrangères/internationales qui ont l'autorisation de fonctionner? Le ministère a-t-il mené une enquête sur le pourcentage d'enfants haïtiens qui fréquentent ces écoles étrangères et dites étrangères/internationales? J'invite les citoyens haïtiens à observer qui va à l'école aujourd'hui et qui, parallèlement, ne va pas à l'école - Pourquoi cette injustice faite aux enfants de la classe moyenne et aux plus démunis économiquement, pourtant dotés d'intelligence égale à celle de ceux qui ont le privilège d'aller à l'école aujourd'hui? Sont-ils condamnés à rester ignorants? Qui prendra la vraie relève de notre pays en agonie?

Le ministère de l'Éducation a-t-il le pourcentage d'écoles étrangères et dites étrangères/internationales établies en Haïti ? - Connaît-il le pourcentage d'Haïtiens, vivant en permanence en Haïti, qui fréquentent ces écoles ?

Le ministère de l'Éducation a-t-il une estimation du nombre de jeunes qui quittent le pays à cause, entres autres, du système éducatif défectueux? Quels en sont les impacts sur la stabilité des familles, sur l'économie du pays, sur la relève des valeurs dans le pays ?

« Ayiti ap vanse » et l'école haïtienne ? À chaque report de la rentrée scolaire, les écoles haïtiennes perdent au moins 12,5% du temps annuel d'apprentissage, tandis que dans tous les pays du monde, les jeunes, futurs responsables du développement durable de leur communauté, reçoivent une formation adéquate. Quelles seront les conséquences de ce cumul de perte sur les jeunes citoyens haïtiens pendant trois années consécutives ?

Nous assistons déjà, tristement, à la prolifération de techniciens, ouvriers, travailleurs étrangers sur les grands chantiers en Haïti. À titre d'exemple simple, qui pilotent les tracteurs et les camions utilisés dans la reconstruction des trottoirs de Pétion-Ville? Pas des ouvriers haïtiens! Quelles seront les conséquences, à moyen et à long terme de ces reports de la rentrée des classes sur la vie économique de nos futurs professionnels, nos cadres intermédiaires et nos ouvriers haïtiens qui tomberont au chômage de plus en plus pour cause d'insuffisance de qualification ? Le monde évolue ! La science et la haute technologie imprègnent notre vie quotidienne sans notre permission !

"Ayiti ap vanse"! Je le reconnais et sans flatterie, tout citoyen haïtien devrait en jouer sa partition! Mais, sans un système éducatif compétitif sur le marché international, ces progrès ne seront qu'éphémères et/ou ouvriront les portes de notre nation à une domination professionnelle et économique de l'autre. Nous risquons de perdre le contrôle du moteur de notre développement !

Cette problématique de notre devenir devrait interpeller tout citoyen responsable.

Quel contraste !

Pourquoi et comment le ministère de l'Éducation envisage-t-il de "sanctionner sévèrement" les directions d'école qui ont pris toutes les dispositions, selon le spot diffusé depuis la fin du mois de juin, pour rendre effective la rentrée du 2 septembre et qui veulent faire travailler les élèves? Cette attitude du ministère n'est-elle pas comparable à celle des parents qui punissent un enfant qui fait une bêtise? Est-ce une "bêtise" de donner le pain de l'éducation à des enfants, un droit garanti par la Déclaration universelle des droits de l'homme? L'Éducation, ne serait-elle plus la seule voie sûre pour le développement durable de tout pays ! Ou bien, la punition vise-t-elle à marquer l'autorité de fait du ministère que personne ne peut contester d'ailleurs? Cette « menace de sanctions » vise-t-elle à marteler un "autoritarisme" du ministère de l'Éducation, attitude diamétralement opposée au dialogue qui est la piste la plus sûre pour la réussite en éducation?

Les sanctions contre des directeurs d'école qui ouvriraient leurs portes pour faire travailler des enfants, respectant ainsi leurs droits ne s'opposeraient-elles pas aux efforts visant l'atteinte des « Objectifs  du millénaire pour le développement durable » ?
Quelle image projetée ?

Monsieur le Ministre,

Je me permets de suggérer au ministère de nourrir des relations harmonieuses, non conflictuelles avec le secteur privé de l'éducation, tout en maintenant les exigences de qualité de ce secteur qui offre d'ailleurs un service public en accompagnant le ministère de l'Éducation.

Voyant toujours l'échec comme une marche de l'escalier du succès, face au report de la rentrée des classes de 2012 et vu nos responsabilités par rapport aux élèves qui nous sont confiés, nous avions élaboré des stratégies qui ont évité que les élèves du Collège Catts Pressoir ne soient pénalisés. Cependant, Monsieur le Ministre, je me permets de vous signaler que nos nombreux succès de l'année 2012-2013, dont le taux de réussite de100% à tous les niveaux des examens officiels 2013, ont provoqué le surmenage des enfants, l'augmentation considérable des dépenses consenties par le collège et par les parents, dépassant toutes les prévisions. Devrons-nous continuer de nous battre pour faire respecter le droit à une éducation de qualité, qui est un droit fondamental des enfants et de tout le monde d'ailleurs ? (Art. 26  de la Déclaration universelle des droits de l'homme).

Monsieur le Ministre,

Avec beaucoup de sagesse, je me permets de vous suggérer, publiquement, de créer cette flexibilité selon laquelle la réouverture des classes pourrait se faire entre le 9 septembre et le premier octobre. Cette dernière serait la date limite, tout en exigeant de toutes les écoles le respect d'au moins 190 jours de classe "se rapprochant de la moyenne internationale" comme le prônait, si justement, le spot du ministère de l'Éducation.

Espérant que mes inquiétudes retiendront votre attention, je vous prie, Monsieur le Ministre, de recevoir mes respectueuses salutations.

Guy Etienne

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