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De la race et de la couleur dans l’histoire d’Haïti

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image Pierre Buteau, Dr Wein Wéber Arthus et John Picard Biron sur le problématique de la race et de la couleur dans l'histoire d'Haiti

Pour une analyse en profondeur de la question de la race et de la couleur dans l’histoire d’Haïti, l’émission Forum, animée par le journaliste et historien Wein Wéber Arthus, a eu, ce samedi 26 novembre, de grands invités, deux chercheurs sur l’histoire et la société haïtienne, tous deux professeurs à l’université : John Picard Biron, docteur en anthropologie, et Pierre Buteau, historien et président de la société haïtienne d’histoire, de géographie et de géologie.

Presque de vues communes ou complémentaires, les deux chercheurs ont abordé les notions de race, de couleur, telles qu’elles sont analysées en profondeur par nos penseurs et théoriciens, du 19e à la moitie du 20e siècle, en passant par la période de l’occupation américaine. Au rang de ces penseurs se sont illustrés Anténor Firmin, Louis Joseph Janvier, Demesvar Délorme, Hannibal Price, et plus tard l’illustre penseur, le Dr Jean Price Mars dont la pensée traduite dans les essais « Ainsi parla l’ioncle » et « La vocation de l’élite » a influencé des générations d’intellectuels, d’écrivains, de poètes, et de courants littéraires et artistiques.

L’historien Pierre Buteau et l’anthropologue John Picard Biron ont aussi analysé la distinction de la race et de la couleur, l’évolution de la notion de race à travers l’histoire d’Haïti ainsi que son influence sur des courants et mouvements littéraires ou de pensée haïtienne. Ils ont pris également le soin de démontrer la portée, les limites et les avatars de ces notions sur certains courants, dont l’indigénisme, le noirisme.

Pour le professeur John Picard Biron, l’histoire d’Haïti a été marquée au 19e siècle par la défense acharnée de la race noire qui a eu comme digne représentant notre pays Haïti. Pour nos politiques et nos intellectuels, il s’agissait surtout, à l’époque, de montrer  Haïti en tant que nation nègre, émancipée, civilisée et égale avec la race blanche européenne. Une nation dépouillée, débarrassée de tout ce qui peut l’assimiler à la barbarie, au cannibalisme, dont le vaudou a été surtout accusé de s’imprégner. En guise d’exemple de défense de la race noire par Haïti, Pierre Buteau s’est référé aux écrits de la « plume » du roi bâtisseur Henri Christophe, en l’occurrence le baron de Vastey. Ce dernier faisait référence, selon l’historien Pierre Buteau, à l’Afrique ancienne, berceau de la civilisation. Toutefois, cette apologie de la race noire a été le prétexte pour ces penseurs et politiques, dont baron de Vastey,  de montrer la suprématie de la nation haïtienne. C’est, pour le professeur Buteau, un discours certes d’essence nationaliste, émancipateur et empreint de velléités universalistes. Il s’en dégage également la volonté de faire disparaître le racisme qui régnait à l’époque. Le discours pseudo-scientifique, « racialiste » en vogue en cette Europe esclavagiste, colonialiste, va être mis à mal par Anténor Firmin. Sa thèse développée dans le célèbre ouvrage « De  L’égalité des sciences humaines » s’érige non contre la thèse scientiste de Gobineau (selon laquelle il existe la hiérarchie des races et la supériorité de certaines races par rapport à d’autres) mais contre toute l’académie de la science anthropologique de Paris dont il fut membre. Firmin démontre en effet  l’inexistence de la race.

En effet, la notion de race n’est pas opérationnelle du point de vue scientifique. Donc, il  n’a aucun repère scientifique mais tient son ancrage du lieu idéologique, soutient l’historien Pierre Buteau. Et d’ajouter : la notion de race constitue une notion ambigüe. Car même entre les blancs il y a des formes de racisme qui sont provoquées par la division internationale du travail. Quant à la question de couleur (une perception pour Pierre Buteau), elle apparaît comme la lutte pour le pouvoir que se livrent les élites haïtiennes entre elles (noire et mulâtre) durant toute notre histoire.

Au 20e siècle, la question de la race et de la couleur va être abordée autrement, la narration nationale au 19e siècle n’ayant aucune base scientifique solide, estime le professeur Pierre Buteau. Il va y avoir donc une rupture épistémologique. L’historien a tenu à souligner les différents courants ayant jalonné le 20e siècle après l’occupation américaine jusqu'à François Duvalier : l’indigénisme, la négritude (de Césaire), le noirisme et le marxisme (avec Jacques Roumain comme chef de file). Le professeur Buteau rappelle toutefois que les tenants de la négritude n’ont pas pu dépasser le discours de la race en. A force de défense les valeurs culturelles,  les  civilisations noire, voire l’essence nègre, ils ont  prouvé – et ce à l’instar des Européens  et au contraire de Firmin – l’existence de la notion de race.

Durant l’occupation américaine – jusqu’à la fin des années soixante – dominait la pensée de Jean Price Mars. Price Mars inscrit sa pensée dans une démarche émancipatrice, et remet en question les notions de race et de couleur. Pour John Picard Biron, Price Mars est un penseur humaniste. Le discours de Price Mars  – qui était culturaliste – tient compte de tous les aspects de la société et de la réalité haïtienne. Ainsi a-t-il dépassé les questions de race et de couleur. These que semble réfuter le professeur Buteau soulignant quelques élans de noiriste, à certains moments, de Jean Price Mars   

En début d’émission, les deux invités ont tenu à saluer la mémoire du « lider maximo » Fidel Castro mort le vendredi 25 novembre. Pour Pierre Buteau, ce fut un homme cohérent avec lui-même et dont la révolution a réalisé bien des conquêtes sociales. John Picard Biron voit en lui une figure intellectuelle et politique qu’il associe à Nelson Mandela. Une figure de l’internationalisme prolétarien, de la 3e voie, souligne le professeur Biron.

 

C.A.



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