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Une lettre de cadrage pour mesurer la performance de chaque ministre

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En remettant à chaque ministre une lettre de cadrage pour définir les missions, les objectifs et les actions à accomplir, le Premier ministre vise à obtenir des résultats de l’action gouvernementale pour chacun des membres de cette équipe qu’il dirige. Aucun autre Premier ministre avant lui n’avait tenté cette expérience réalisée dans d’autres pays sur le plan de la gestion de la chose publique. En France, particulièrement, la lettre de cadrage se rapporte beaucoup plus aux questions budgétaires.

Dans un sens comme dans l'autre, cette initiative qui ressemble à une feuille de route doit permettre au chef du gouvernement d’évaluer périodiquement les membres de son équipe afin de s’assurer que les directives de l’administration Moïse-Lafontant sont suivies de façon ordonnée.

D’un ministre à l'autre, les défis sont multiples, si l’on doit tenir compte des besoins du pays dans tous les domaines et les moyens ne sont pas toujours à la portée des décideurs. Les observateurs qui sont bien imbus de l’héritage laissé au ministère des Affaires étrangères, pendant ces cinq dernières années, peuvent se demander comment ce nouveau ministre pourra mettre à exécution sa lettre de cadrage avec efficience et efficacité. Le premier défi concerne le personnel pléthorique qui l’attend dans les missions diplomatiques haïtiennes en terre étrangère. Pour chacune des missions, le nombre de membres du personnel a doublé entre 2012 et 2017. A l’occasion de la ratification du choix du Premier ministre Garry Conille, en octobre 2012, dans les deux chambres du Parlement, il avait fallu offrir des postes aux  parlementaires dans les missions diplomatiques pour permettre à ce dernier d’accéder à la Primature. Cette étape une fois franchie, tous les autres chanceliers qui se sont succédé à ce ministère ont graduellement augmenté le nombre pour diverses raisons  jusqu’à l’arrivée de ce nouveau titulaire.

Les informations disponibles au ministère des Affaires étrangères font croire que plus de 60% de ce personnel n’a aucune qualification. Il s’agit d’agents recrutés pour percevoir des émoluments, car ils ne remplissent aucune tâche. Plusieurs d’entre eux,  affectés aux Etats-Unis, sont détenteurs de la carte verte. Il s’agit en grande partie d’épouses, d’enfants ou de parents de parlementaires. Pour faire face à cette augmentation en nombre, le ministère était obligé de recourir au procédé de contrat pour  ces agents qui doivent remplir les missions à l’extérieur.  Au niveau du bureau central du ministère, le tableau n’est  pas trop différent depuis deux ans. Le nombre de contractuels augmente au même rythme que dans les missions diplomatiques.

 Comment le ministre des Affaires étrangères va-t-il pouvoir mettre en application la lettre de cadrage du Premier ministre par rapport à ce dossier brûlant de l'actualité qui constitue un handicap à la réforme de ce département ministériel ? Avec la décote accélérée de la gourde, où le ministre Antonio Rodrigue va-t-il trouver des fonds pour rémunérer tous ces contractuels ? Le dossier de la chancellerie constituera, selon toute vraisemblance, le premier test pour le gouvernement Lafontant dans le cadre de l'application de la lettre de cadrage soumis à chacun des ministres.

Lemoine Bonneau - Edito du Nouvelliste