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Babay, babay Boulo !

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image Boulo Valcourt

Le message WhatsApp transmis par Marcel Duret est bref: “Boulo Valcourt est mort”. 

Il est 4h08. Me vient instinctivement en tête la chanson « Lapèsonn ». Personne ne chante mieux ce texte de Syto Cavé que Boulo. Chaque mot lui va si bien ce vendredi dans une capitale au ciel bas.

« Peyi a sonm nan pwen limyè

Solèy kouche depi 4 trè

Kote m prale kote m rete

Nan tout lari a m ap chache w

Lapèsonn o ! babay, babay »

Pour avoir une deuxième source avant de lancer la nouvelle sur les réseaux sociaux, j’appelle la femme de Boulot Valcourt pour confirmer la triste nouvelle. A la première sonnerie, j’entends un « allô » d’une voix cassée. L’intonation dit tout. Quand je m’identifie, j’apprends que j’ai une des filles de l’artiste au téléphone. Elle ne me dit rien de plus. Elle passe le combiné à Marcel Duret qui est au chevet de la famille. La boucle est bouclée. Boulo Henriot Valcourt est mort à 71 ans le 17 novembre 2017.

« Boulo vient de mourir à New York. Il s’est battu pendant quatre mois. Quinze jours d’hospitalisation en Haïti et le reste dans un hôpital de New York. Nous l’avons perdu cet après-midi », lâche l’ancien ambassadeur d’Haïti au Japon et Kavalye Polka de Boulo depuis des années. Je ne demande pas plus. Le moment n’est pas au grappillage d’informations.

La voix de Marcel Duret est triste. Le ciel de Port-au-Prince est sombre. 4h14. Celui qui chantait « Lapèsonn » comme personne est déjà arrivé à destination dans un autre monde. C’est encore Boulo qui dicte la bande son.

« Papiyon nwa yo pran lari

Vil la andèy pral gen lapli

Van ap soufle lanmè move

Gad jan bato mwen chavire

Lapèsonn o ! babay, babay »

J’ai été relire un texte de Pierre Raymond Dumas pour retracer le parcours de 

Boulo. Moi, je l’ai suivi de loin en loin depuis la première fois que je l’ai vu chanter au début des années 70 dans une émission sur la chaîne 2 de Télé Haïti. En ce temps-là, le pays ne disposait que d’une seule station de télévision. Il y avait comme aujourd’hui très peu d’émissions locales. Au cours de l’une d’elles, Boulo passa pour interpréter une chanson française. La voix de 

Boulo m’est restée entre les oreilles depuis cet instant-là.

« Musicien polyvalent, compositeur, interprète, guitariste, keyboardiste, il débuta à seize ans avec Pépé Bayard, puis intégra «Les Gilbreteurs», un petit groupe de quartier. De là, il va suivre un parcours haletant: d’abord dans le groupe «Les Copains» qu’il forma à dix-sept ans avec des amis, ensuite le groupe «Caraïbes» d’Emile Volel, ainsi que le groupe «Ibo Combo» reformé à New York avec Gaguy Dépestre, José Tavernier, Réginald Policard, les frères Laraque, etc. Le fameux groupe «Caribbean Sextet», produit du groupe «Horizon 75», peut être considéré comme la principale marque de fabrique de Boulo Valcourt. Le digne enfant de la génération «Yé-Yé» et de la mouvance rock, fasciné aussi bien par le jazz que par la musique troubadour, a imprégné plusieurs générations de son talent contagieux. Inoubliables, les succès de «Caribbean Sextet» ont fait les délices des mélomanes et la joie des couples enlacés : «Jwi lavi», «Lache kò w», «Carole chérie», «Tante Nini», «Chérie ou la», «Kenbe m la» … Pour rivaliser alors avec les meilleurs orchestres (Les Frères Déjean, Tabou Combo, Bossa Combo, System Band, D.P. Express, Skah-Shah, Orchestre Tropicana), il a fallu de la vigueur et de la créativité », écrit Pierre Raymond Dumas dans son portrait de l’artiste paru dans Le Nouvelliste en août 2014.

Dumas rappelle dans son article qu’«après avoir fait brièvement des débuts de pianiste avec le quartet «Pikliz», le groupe pionnier de ‘‘drum machine’’, il (Boulo) fonda le groupe «Djanm», rebaptisé quelque temps après «Caribbean Djanm», pour remédier à la «démobilisation du «Caribbean Sextet». La tête gonflée de sons de tous les rêves, il s’oublie sans cesser d’être, de changer, d’innover, en apportant sa contribution à la valorisation des traditions musicales nationales, avec son incroyable esprit d’ouverture, son éclectisme. Cette curiosité d’abord de toute chose. Ce goût de connaître, de découvrir, qui lui est particulier. À cet égard, ‘‘Haitiando’’ demeure un exemple chatoyant dans sa carrière. »

Mon Boulo à moi est celui des grands moments du Caribbean Sextet, plus sur les ondes de Radio Métropole avec Lionel Benjamin en présentateur qu’à l’Auberge de Kenscoff, c’est celui des tentatives éphémères comme Boulo et les Boulettes, des mille projets inaboutis, dont certains avec son fils Steeve. 

Mon Boulo est surtout le Boulo qui a posé sa voix sur des disques de Réginald Policard et de Haitiando de l’indépassable producteur Fred Paul. Il y a aussi le Boulo qui faisait paire avec Azor. Combien de fois je les ai vus ensemble avec Marcel Duret pas loin…

Quand le journal a essayé de recueillir les commentaires de ceux qui l’on connu vendredi en début de soirée, peu de ses amis, de ses anciens collaborateurs, ont accepté de déjà parler de Boulo au passé frais.

Syto Cavé nous a simplement répondu : « Trop abattu, je ne pourrai pas réagir pour l’instant». Fred Paul a expliqué : « Vous comprenez combien c’est difficile pour moi de réagir pour l’instant car la nouvelle vient de tomber. Je me contente pour l’heure de vous dire qu’un talent, qu’une personnalité comme celle de Boulo est irremplaçable ». Steeve Valcourt, son fils et compagnon de musique, a été laconique : « J’ai tant à dire de mon père, mais je n’ai pas la force aujourd’hui de dire un mot. »

Le témoignage de Marcel Duret résume bien une partie de la vie de l’artiste : « Quand Boulo a commencé avec la musique, j’étais probablement pas encore né ou j’étais très jeune. Il est devenu à la longue un crooner, c’est-à-dire un chanteur doté d’une voix capable de séduire quiconque. C’est un élément important dans la musique haïtienne. J’ai commencé à le fréquenter quand je suis devenu ambassadeur d’Haïti au Japon. Lui et Azor sont les artistes haïtiens qui se sont produits le plus au Japon. Ils y ont connu un grand succès. Ce sont, à mon avis, les deux plus grands ambassadeurs qu’Haïti ait connus là-bas… C’est un géant qu’on vient de perdre. Ce qu’il a fait en une soirée pour Haïti au Japon je ne pourrais pas faire autant en 20 ans. Puisqu’il a touché le cœur des Japonais qui sont partis avec des souvenirs extraordinaires de sa performance et une autre vision de notre pays. »

La date des funérailles de Boulo Valcourt n’est pas encore connue. La famille prévoit de communiquer sous peu avec le public.

Lapèsonn

Peyi a sonm nan pwen limyè

Solèy kouche depi 4 trè

Kote m prale kote m rete

Nan tout lari a m ap chache w

Lapèsonn o ! babay, babay

Men malè mwen pran koulè

Yon vye chyen sou lapli

Vwazinaj ba l kout pye 

L ap jape gwo lannwit

Lapèsonn o ! babay, babay,

Mwen desann sou pòtay

M ateri Bisantnè

M ajenou bò lanmè mwen rele Agwe kote w

Lapèsonn o ! babay, babay

Papiyon nwa yo pran lari

Vil la andèy pral gen lapli

Van ap soufle lanmè move

Gad jan bato mwen chavire

Lapèsonn o ! babay, babay 

Moun yo pa menm tan yo chanje

Malè pandye sou tout do kay

Fanal timoun yo pran dife

Kè m ap rache, kè m ap fè m mal 

Lapèsonn o ! babay, babay

Si jou ale jou ka tounen

Zwezo m renmen yo va chante

Sou tout bòdmè lanp ap limen

Lanmou pral klere tout katye

Lapèsonn o ! babay, babay

(1973-1984; Mizik: Syto Cavé)

Source Le Nouvelliste



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