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Le décès du talentueux et célèbre saxophoniste Gérard Daniel à New York: Une triste vérité

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image Ti Jera - Préfet de Brooklyn

La mort est une énigme qui défie la science et la technologie. Elle est la seule garantie de la vie, et face à elle aucun être humain ne jouit d’immunité. Tout ce qui est physique a une durée de vie. Quand un ami d’enfance, comme Gérard Daniel, est mort, cela nous conduit au cabinet de réflexion pour méditer sur la vie. Ce qui nous permet de définir la vie comme étant la plus courte distance qui s’étend de la naissance à la transition, cette porte tournante qui débouche sur un nouveau monde que nous devons tous découvrir un jour. Gérard Daniel a répondu à l’appel du créateur de l’univers. 

À chacun son monde 

La mort n’est pas une fin, surtout quand il s’agit d’un artiste qui a créé et a laissé de bonnes œuvres pour la postérité. C’est ce qui rend immortel le musicien (J.R.Noël). La valeur de l’homme ne se mesure pas à l’aune de ses acquisitions matérielles, mais plutôt à partir de ses grandes qualités, de sa sensibilité de cœur, de son affection pour ses semblables, de son humilité, de sa résilience et surtout de son courage pour affronter les problèmes de la vie et survivre.  radiotelevisioncaraibes.com

Tout ceci décrit le Gérard Daniel, l’ami que j’ai connu, de notre enfance jusqu'à l’âge adulte, à l’avant-veille de sa mort. Gérard Daniel est une étoile. Une étoile ne disparait jamais, elle devient plutôt inaperçue. On ne verra plus Gérard Daniel sur cette planète, où tout est vanité. Il a bouclé son cycle de vie physique avant nous. Il nous devance de quelques pas.  Son décès laisse un grand vide dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu. Rien ne pourra le combler. 

La société nous fait des exigences et nous contraint à rêver. Certains se croient supérieurs aux autres, simplement parce qu’ils bénéficient de quelques avantages sociaux leur permettant de faire des acquisitions matérielles que d’autres n’ont pas la possibilité d’accéder. Nos sens physiques nous trompent souvent, particulièrement la vue.  Certaines gens reprochaient à Gérard Daniel les habitudes qu’il avait développées au cours de son existence. Chacun construit son propre monde et Gérard se sentait bien dans le sien. Il ne permettait à quiconque d’envahir son territoire. Bon nombre de gens spéculaient autour de sa vie. Pour mieux connaître quelqu’un, on doit remonter à son enfance. Oui, j’ai connu Gérard Daniel. 

Il était le seul ami qui pouvait venir à la maison, à mon insu, et prêter la guitare électrique que ma mère m’avait achetée à Anson Music Center, à Port-au-Prince, à l’occasion de ma réussite aux examens de Certificat d’Etudes primaires. Gérard connaissait toutes mes activités récréatives, entre autres le judo, le karaté et le football que je pratiquais chaque jour. Il profitait de mes heures de pratique ou de rencontre, pour aller chez moi et prendre la guitare. Personne ne pouvait la lui refuser. D’ailleurs, c’était un ordre de ma mère qui le considérait comme un autre fils, surtout à cause du respect qu’il montrait à l’égard de tout le monde, jeunes ou vieux. 

Contrairement à ce que disent les gens, Gérard Daniel n’était pas sans-abri, ni un indigent comme le rapportent certains animateurs de radio d’ici et d’ailleurs. Il habitait à Cambria Heights, Queens, New York, où je le visitais. Personne ne l’avait jamais vu au coin des rues avec une sébile (ti kwi-bol ble) demandant l’aumône (J.R. Noël). Le caractère d’un homme ne change pas avec le temps, mais il est possible que sa personnalité oscille sous l’effet des rudes pressions de la vie (J.R.Noël). Le saxophone de Gérard Daniel est remis à son fils.  

Gérard Daniel : Un vrai humoriste, un musicien respecté de tous 

Gérard Daniel avait toujours une histoire à raconter et qui nous plaisait.  Il était fier de parler de Raphaël Daniel, qui à l’époque était opérateur à la station de radio MBC à Port-au-Prince. On remarquait celui-ci sur le char de la Cadence Rampa de Wébert Sicot comme trompettiste pendant les trois jours gras. Je le respectais et encore plus quand Gérard Daniel m’avait appris le lien de parenté qui existait entre lui et Raphaël, qui était le voisin immédiat du grand pianiste François Guignard (Pè Gi), le père de Féfé et d’Edner Guignard.  

Gérard faisait partie de la fanfare du Lycée Toussait Louverture comme clarinettiste puis saxophoniste sous la direction du chef d’orchestre Saint-Aroman. On ne peut oublier de mentionner le talent de sa sœur, Jacqueline, qui faisait partie de la fanfare du Lycée des Jeunes filles comme clarinettiste. Elle maitrisait son instrument. Les lycéens avaient la chance d’avoir des professeurs de musique et des fanfares. Tel n’a pas été le cas à l’école des Frères du Sacré-Cœur (frè Bisantnè) de Port-au-Prince.  Gérard avait inventé une danse qu’il appelait « Teke fren ». Ce nom lui était venu en tête parce qu’il laissait toujours l’impression qu’il voulait se battre, puis souriait et disait toujours « a monchè se frè nou ye,  poukisa pou n batay la ». 

Quand Gérard Daniel faisait semblant de se fâcher, Gérard Imbert, notre aîné, et moi-même lui disions souvent : « Ti Jera Teke fren w, teke fren w, teke fren w ». Il se mettait à tourner sur son pied gauche dans le sens des aiguilles d’une montre, pendant que l’autre pédalait comme on le fait à bicyclette. Quand l’intensité des voix augmentait, il changeait de pied et pivotait dans le sens contraire, tout en maintenant l’équilibre. Il le faisait en respectant le rythme. Le mois dernier, en ma présence, il démontrait les pas de danse à Mario De Volcy, à Queens, New York. Ce qui fit rire l’ancien batteur du Bossa Combo. Gérard Daniel était plaisant, respectueux et il possédait  les qualités d’un vrai pince-sans-rire, d’un vrai humoriste qui avait toujours l’air joyeux. Il continuait à m’appeler « Piti, petit », malgré ma taille et ma corpulence (6 pieds 3 pouces- 200 livres). 

Quand j’ai laissé Haïti, j’ai eu de ses nouvelles. J’étais vraiment étonné d’apprendre que Gérard Daniel était devenu saxophoniste du groupe Les Pachas du Canapé-Vert en remplaçant Ti Bachotte,  qui laissa Haïti pour aller s’établir à Montréal. J’ai toujours cru qu’il aurait été un excellent guitariste parce qu’il s’intéressait beaucoup à cet instrument. Il semblerait qu’il eût fait partie d’un groupe musical lors, mais ne me l’avait jamais dit. C’était peut être ce groupe qui utilisait ma guitare. En laissant le pays, je lui avais offert l’instrument en cadeau. Lentement et sûrement, Gérard Daniel se frayait un chemin dans cet univers musical. 

Après le départ de Georges Loubert Chancy des Shleu-Shleu, il remplit le rôle de saxophoniste sous la direction du maestro-guitariste Serge Rosenthal qui fit renaître ce groupe mythique sans difficulté.  Sergo détenait le grand secret de création.  Son style et sa touche facilitaient la tâche de Gérard Daniel qui avait cette liberté de s’exprimer musicalement. C’était la troisième version des Shleu-Shleu de Dada Jacaman. Prématurément, ce nouveau Shleu-Shleu entra à New York. J’ai eu le bonheur et la joie de rencontrer Gérard Daniel sur Eastern Parkway, en compagnie des autres musiciens qui assistaient à la parade du Labor Day, que les Haïtiens appellent communément Carnaval Labor Day / Kanaval Eastern Parkway. Le contact entre Gérard et moi était rétabli.  

Gérard Daniel : Un nouveau chapitre musical avec la création du groupe Djet X 

Gérard est parti à la découverte avec le nouveau groupe musical Djet X qui a été créé avec l’aide d’Alix Jacques, de Roger « Ti Yale » Jean-Baptiste, jeune frère de Smith Jean-Baptiste, batteur du groupe Les Shleu Shleu, première version. On ne peut oublier Marc Frédérick, transfuge du groupe Kita Combo où évoluait le bassiste Lesly « Côcô »Lavelanet  avant d’intégrer le Skah-Shah #1. Parmi les membres originaux du Djet X, on comptait aussi  Jacky Beaulière, Jean-Robert Jean, Lesly Lavelanet (Grimo, le batteur) et Panthal Guilbaud. En 1976, Max Badette a été recruté personnellement par Gérard Daniel, quand le chanteur arriva à New York. Max Badette et Panthal Guilbaud se trouvaient au premier rang comme chanteurs. On ne peut oublier des musiciens comme Kiki Dor (bassiste), Sergo (bassiste), Guy Jean-Baptiste (tambour) et Renand Thybulle qui, un peu plus tard, faisaient partie du Djet X. Eddy Lavelanet, frère de Côcô,  avait aussi joué un rôle dans l’existence du Djet X. D’autres musiciens avaient intégré le Djet X au fil des ans. 

Le 12 août 1975 le Djet X fit sa grande première à l’Olympia Palace, à Queens, New York. Cette formation musicale a connu un grand succès. Gérard avait bonne mémoire. Il a su retenir cette bribe d’une chanson populaire d’une « machann fèy - lamayòt » qui circulait à Port-au-Prince en période pré-carnavalesque, qui disait ce qui suit : « Mariann o ti manman a la bagay boule, de fant b.. kontre sa fè mal anba ti vant… ». Les disques de Djet X qui avaient le plus retenu l’attention du grand public sont les Volumes I (1975), II (1975) et III (1976). 

Sur le Volume I, on retrouvait les chansons suivantes « N ap pouse », « Méditation », « Lavi N.Y », « Vanité », « Wa sonje », « Yabofè » et  sur le Volume II on comptait les titres : « Tchouap tchouap », « Fanm Jalouz», « Pakole », « Réalité », « Te extraño » et « An 5è ». Sur l’album « Expressions » sont gravés les morceaux, « Love to Love you Baby », « Nostalgie », « Simalo », « Le Téléphone sonne », « Rossignol » et « Big Break ». Le DJet X a une discographie très riche et diversifiée. La liste est longue. Toutefois, il faut mentionner « Ret sezi », « Gagotte », « Le Nôtre », etc.. On doit aussi souligner qu’il existait un lien entre Gérard Daniel et la compagnie de production / distribution Mini Records de Fred Paul. 

C’est avec le Djet X que la popularité de Gérard Daniel a vraiment commencé comme saxophoniste. Il a ainsi confirmé son talent. À cette époque, la compétition musicale entre les groupes déjà établis à New York favorisait l’effort pour produire des œuvres de bonne facture. La trivialité était totalement absente des compositions musicales des groupes de l’époque.  Djet X rivalisait le Tabou Combo, l’Original Shleu Shleu, le Skah-Shah #1 et cela se faisait sans malice. Gérard s’était créé une identité liée à sa touche. Il avait un son tout particulier. C’est bien son trademark-sa marque déposée. Sans le voir physiquement jouer, dès qu’il soufflait on était capable de l’identifier sur le champ. http://radiotelevisioncaraibes.com

On ne peut parler de Gérard Daniel sans mentionner l’album-collabo « GM Connection » Gérard Daniel / Mario Mayala, guitariste du groupe Skah-Shah #1. Les arrangements portent la signature de Dernst Emile, qui introduisit le violon dans le compas direct (J.R.Noël). Ce disque est  un classique. Dernst m’avait encouragé de produire un album de musiques instrumentales pour Gérard Daniel. Ce qui a été fait. Richard Duroseau a participé à ce projet. Malheureusement, le travail est encore au studio d’enregistrement à Marlborough Road à Brooklyn, New York.  Gérard a aussi un disque fini au studio d’enregistrement de Jocel Alméus. 

Gérard Daniel vivait pour la musique

Gérard a bouclé son cycle de vie physique dans la nuit du 7 au 8 janvier 2018. Il avait fait de la musique son exutoire. Il n’avait jamais partagé ses problèmes personnels avec ses amis, mais il disait souvent à ceux qui lui demandaient de ne plus goûter à l’alcool « mesye nou pa konn pwoblem mwen, pa jije m tan pri » et à chaque fois, il chantait « pa jije m mezanmi, pa jije m, pa jije m men sa se twòp atò » (J.R. Noël).  Ce n’était ni l’argent, ni le vedettariat qui rendait Gérard Daniel heureux dans la vie, mais bien la musique. Il aimait la vie et ne vivait que pour l’art qu’il professait. Quand il était sur scène, il oubliait tout pour se concentrer sur la musique. Il se réjouissait du fait que les gens qui l’écoutaient ou le regardaient manifestaient leur contentement soit par un geste révélateur ou en dansant et fredonnant les lignes mélodiques qu’il exécutait au sax. 

On peut tout dire de Gérard Daniel, allant de son attachement à l’alcool jusqu'à son attitude défensive, mais personne n’a osé dire qu’il était un voleur ou un assassin. Il a su planer au-delà de la division et de l’hypocrisie qui existent entre les musiciens du monde compas direct, toutes générations confondues. Il était l’ami de tous les musiciens, sans distinction d’appartenance de groupes. Voilà ce qui est grand. Gérard est parti avec son talent, mais il nous laisse son nom, ses bonnes œuvres et de beaux souvenirs. Si j’avais le pouvoir et l’autorité, je lui aurais donné la vie éternelle. Mais, comme Gérard Daniel, je crains Dieu. 

La veillée / cérémonie funèbre de Gérard Daniel a eu lieu le vendredi 19 janvier à Caribe Funeral Home à Brooklyn, New York. On remarquait la présence de Dada Jacaman, Fred Paul de Mini Records, Clovis St-Louis (Original Shleu-Shleu), Cubano, Loubert Chancy, Johnny Frantz Toussaint « Ti Frère », Shoubou,  Jean-Claude Jean (Tabou Combo), Reynald Valmé (Tabou Combo), Ronald Félix(bassiste), Rigaud Simon (bassiste), Ernst Ramponeau, Camille Armand, Jocel Alméus, Alix Jacques, Panthal Guilbaud, Max Badette, Renan Thybulle, Marc Frédérick, Jean-Robert Jean, Roméo Volcy, Frantz Casimir « Fanfan Panama », David Rizza, Robert Aaron, pour ne citer que ceux-là. Loubert Chancy a dû prendre un vol en urgence de Miami pour venir rendre un dernier hommage à Gérard Daniel. On dirait que la mort de Gérard Daniel n’a touché que les musiciens d’hier (J.R.Noël)   ???????????  

Yon ti zen ! J’ai vu Cubano et Loubert Chancy en tête à tête au Caribe Funeral Home.   

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