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Le retour à l’ancienne forme musicale Compas Direct

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image Nemours Jean Baptiste

Le compas direct jouissait encore d’une popularité qui surpasse les autres genres musicaux d’Haïti. On est unanime à reconnaître que toute musique subit des modifications à travers le temps. Dans certains cas, d’autres styles émergent sans pour autant altérer la rythmique. Ce qui permet d’identifier la source culturelle où ils trouvent leur origine. La forme de musique que jouent les orchestres haïtiens d’aujourd’hui a soulevé des débats sur la façon dont cette musique de danse est dénaturée. Une telle observation force plus d’un à se questionner sur la nature de la musique qu’offrent les musiciens au public. 

On ne peut blâmer les musiciens sans tenir compte du public qui les encourage dans leurs démarches de dénaturation de ce genre musical. Il les supporte dans leur laxisme démesuré. On ne saurait non plus oublier les animateurs de radio qui n’ont pas le courage de dénoncer la pauvreté de production de leurs bienfaiteurs devant lesquels ils tendent leur sébile, afin de bénéficier d’une soirée à prix réduit ou d’une quelconque faveur. Tout ceci va à l’encontre de l’éthique professionnelle et de ce que prescrit la déontologie journalistique.  

La redécouverte du passé pour garantir un meilleur futur 

Quand on jette un regard rétrospectif sur le divertissement en général,  on se dit que tout est à refaire dans l’industrie haïtienne de la musique. Et quand on évalue la majorité des disques produits à l’ère techno, on se rend compte que les productions musicales accusent d’une rigidité due à l’usage excessif des gadgets électroniques qui ne sauraient traduire les émotions humaines. Aussi confèrent-ils un caractère mécanique aux compositions musicales. Tout est programmé, les voix des chanteurs aujourd’hui sont autotunées. La différence touche l’oreille quand ils sont présents en spectacle live. L’autotune est un logiciel qui permet de modifier la voix et de fixer la justesse. L’autotune est utilisé « live » dans certains circuits, mais pas dans le cas des groupes musicaux haïtiens. 

On est en pleine phase de duplication musicale, c’est-a-dire que tous les groupes musicaux font du copier-coller « copy and paste ». Dans les années 60-70, Les Shleu Shleu, Les Frères Dejean, Le Tabou Combo, Les Fantaisistes de Carrefour, Les Ambassadeurs, Les Loups Noirs, le Bossa Combo, Les Gypsies, etc., ne se ressemblaient pas en style. Pourtant, ils jouaient tous du compas direct. C’était comme l’unité dans la diversité. Tous les groupes musicaux d’aujourd’hui qui se regroupent sous l’étiquette HMI adoptent le même principe, en ce qui a trait au mode de production. Ils prennent pour référence le disque qui leur avait garanti un succès dans le passé et reproduisent son contenu auquel ils  ajoutent des paroles différentes. 

Au niveau des instrumentistes, rien n’a changé. Ils tirent des clichés, des « licks »  /  des phrasés  passe-partout (alimèt Bengal) et les insèrent dans de nouvelles compositions. Actuellement, les groupes les plus populaires reprennent les anciens tubes de leurs prédécesseurs quand ils animent des soirées dansantes. Pourtant, ils tiraient à boulets rouges sur les musiciens d’hier. Pour se protéger des critiques et des actions légales, ils se servent de la formule hypocrite : hommage au Tabou Combo, hommage aux Frères Dejean, hommage aux groupes Les Fantaisistes de Carrefour, Les Ambassadeurs, Les Shleu Shleu, Skah-Shah #1, hommage à l’Orchestre Tropicana, hommage à l’Orchestre Septentrional, etc. 

Toute cause produit un effet. Analysant la situation actuelle de l’industrie du « Konpa », où les reprises des musiques d’hier deviennent une nouvelle tendance, on constate qu’un nouveau phénomène se produit. Les groupes musicaux actuels ouvrent la porte d’entrée sur le marché aux orchestres d’hier qui leur avaient créé le passage. Ils leur rendent la réciprocité aujourd’hui. C’est là une invitation de retour sur scène indirectement lancée à ces derniers. La logique se résume en ceci : s’ils reprennent nos musiques, nous pouvons refaire surface en offrant les versions originales, se disent les musiciens d’hier. Chaque décade impose ses exigences et ses besoins. 

Le moment paraît propice pour un retour à la source originale compas direct, où un répertoire varié trouve pleine grâce. Les boléros reprennent force et vigueur, à l’occasion des soirées de relevée de fonds organisées par des associations philanthropiques crédibles et honnêtes. Les boléros de Nemours Jean-Baptiste comme « Ginou »; « Fini » du groupe « Les Ambassadeurs », « Rêve Bleu » de « Les Fantaisistes de Carrefour », « St Valentin » de « Shleu Shleu », « Natacha » du Tabou Combo, etc., sont repris à ces soirées. On a l’impression de vivre un phénomène d’osmose musicale. Si cela se tient, il pourra aider à la relance de la musique de danse haïtienne.

La décadence se mesure sans marge d’erreur 

Certains facteurs prouvent que la musique de danse haïtienne connaît une décadence. Le nombre de participants aux soirées dansantes a considérablement chuté. On remarque que des groupes musicaux qui, en 2015-16,  drainaient entre 1000 et 1500 participants aux soirées, ne peuvent plus réaliser un tel exploit. Par exemple en mai dernier, ces groupes ne réunissaient qu’entre 200 et 300 personnes et moindre dans certains cas. Un tel fait se remarquait aux soirées organisées à New Jersey, New York (Long Island, Brooklyn, Queens, Manhattan, Spring Valley), Connecticut, Philadelphie, Atlanta, Boston, Miami, Orlando, West Palm Beach, etc. 

Même les organisations philanthropiques en souffrent, puisque tous les habitués qui, chaque année, participent à ces soirées traditionnelles ne se déplacent plus comme autrefois. Ils ne s’intéressent plus aux soirées qu’animent les orchestres dits populaires, sachant qu’ils n’offrent que le même répertoire (men m ti bagay la), donc du déjà vu, déjà entendu et du déjà consommé. Certains de ces orchestres ne respectent pas les clauses des contrats. Les éternels groupes retardataires se moquent des gens honnêtes et respectueux. Ils arrivent très tard au lieu du rendez-vous, sans être sanctionnés. 

Le non-respect des clauses d’un contrat est sujet à  des sanctions légales.  Pourtant, quand les groupes en question honorent des contrats d’un promoteur étranger, ils se plient et se replient pour satisfaire à toutes les demandes de celui ou de celle qui les engage. En plus, ils n’objectent pas quand l’organisateur étranger leur sert du prêt-à-manger « fast food », soit aux Antilles ou ailleurs. Il faut que le respect soit réciproque dans le milieu haïtien. L’Haïtien a aussi droit à ce même respect. Et pourquoi pas ? Les organisations ou associations philanthropiques, sous aucun prétexte, ne doivent pas tolérer ces groupes musicaux retardataires. Ces formations musicales exigent des montants exorbitants des associations philanthropiques haïtiennes pour animer une soirée de levée de fonds, en sus des frais d’hôtel, des repas, de location d’équipements sonores et du salaire de l’ingénieur du son.   

Ces orchestres utilisent tous les subterfuges du monde pour obtenir le maximum en tout, même de faux signataires de contrat, des prête-noms et même des comptes bancaires n’appartenant ni au maestro ni au manager du groupe musical. C’est une façon de se couvrir au cas où l’organisateur de la soirée ou le promoteur voudrait intenter une action en justice contre leur formation musicale. C’est comme du vol à main armée. Nous connaissons bien le monde dans lequel ils évoluent comme la paume de notre main. Nous parlons en connaissance de cause. Il faut souhaiter que ces orchestres prennent le temps de créer des musiques de bonne facture en s’inspirant des groupes d’hier qui peuvent leur servir d’archétypes. Ne reprennent-ils pas leurs chansons à succès? Le traditionnel répertoire « men m ti bagay la » dérange au lieu d’assurer l’évolution des groupes musicaux et du compas direct.  

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