Accueil | Nouvelles | Culture | La révolte des musiciens à salaire journalier (giggers) du groupe Nu Look : Un pas vers le changement

La révolte des musiciens à salaire journalier (giggers) du groupe Nu Look : Un pas vers le changement

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

La révolte des musiciens à salaire journalier (giggers) du groupe Nu Look : Un pas vers le changement

Toute action provoque une réaction, selon la troisième loi de Newton. Et les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mêmes circonstances. Principe de causalité ! Cela se confirme aussi dans l’industrie haïtienne de la musique « HMI », où le salaire des giggers demeure stagnant. Aujourd’hui, les groupes musicaux et leurs fondateurs exigent un cachet plus élevé des promoteurs et des organisateurs de soirées, considérant l’augmentation du coût de la vie. Pourtant, les giggers reçoivent le même salaire du début,  sans bénéfices sociaux, et cela peu importe leur ancienneté au sein de leurs groupes musicaux. Tel est le cas des giggers de Nu Look qui se sont révoltés face à cette situation. 

L’éveil de la conscience collective des giggers

La lumière luit dans les ténèbres. Une prise de conscience collective de ces musiciens giggers les a forcés à adopter une position ferme pour défendre leurs intérêts personnels. Ils se sont mis debout comme un seul homme pour revendiquer leurs droits, exigeant une augmentation de salaire du fondateur-maestro-chanteur- manager de Nu Look, Arly Larivière, le jour du départ de cette formation musicale pour Haïti.  Celle-ci allait honorer des contrats alléchants, parmi eux un accord pour assurer l’animation musicale à une réception de mariage. 

Un fait est connu de tous. Nu Look exige de fortes sommes pour ses services d’animation, surtout s’il s’agit d’une organisation philanthropique. Cela intrigue plus d’un. Par exemple, Nu Look avait réclamé USD 10 000$ pour animer une soirée de levée de fonds qu’organisait l’association des anciens élèves du Collège Canado- Haitien et des Frères du Sacré-Cœur, à New York, le 27 mai 2017. La ponctualité au rendez-vous n’a pas été respectée. Et les giggers n’avaient reçu qu’une pitance comme rémunération.  F. Hyacinthe, un associé de longue date du maestro et cosignataire de ce soi-disant contrat présenté sur un papier volant, sans adresse et numéro de téléphone de Nu Look, n’a pas non plus défendu la cause des giggers. 

Nu Look n’est pas le seul groupe compas direct qui s’adonne à cette pratique, que certaines gens qualifient d’exploitation de l’homme par l’homme. « Sòt ki bay,  enbesil ki pa pran ». On comprend que le fondateur d’un groupe musical a droit à un salaire plus élevé, mais il faut se rappeler que l’augmentation du coût de la vie affecte aussi les giggers.  D’autres ensembles musicaux très connus se trouvaient dans la même situation que Nu Look, mais ils avaient convoqué les musiciens revendicateurs à une réunion pour écouter leurs doléances, et leur demande d’augmentation de salaire a été satisfaite. 

La gravité de la situation, dans le cas de Nu Look, réside dans le fait que le maestro a été pris au dépourvu à l’aéroport, avant l’embarquement des musiciens à bord de l’avion à destination d’Haïti. La rivière était en crue. Le maestro avait le dos au mur et ne pouvait reculer, ni prendre une décision contraire sur le champ, qui pourrait être au détriment de sa formation musicale. Enfin, les protagonistes avaient trouvé un terrain d’entente et Nu Look s’était rendu en Haïti pour satisfaire ses engagements.  L’hypocrisie entre les musiciens et l’administrateur-fondateur de Nu Look va certainement atteindre son paroxysme. 

Le geste du maestro Arly Larivière sur scène convie un message clair

Certains observateurs se demandent si André Déjean, le trompettiste, avait avalisé un tel mouvement de revendication. Il reçoit un salaire décent qui lui permet de répondre à ses besoins sans difficulté. Nous connaissons exactement le montant qu’il gagne par prestation, mais nous nous gardons de le dévoiler publiquement. Aurait-il intérêt à prendre part au mouvement de revendication des giggers? L’attention particulière que le maestro a accordée à André Dejean pendant les prestations de Nu Look en Haïti convie un message clair au grand public. Le trompettiste a été vraiment choyé, ce qui prouve qu’il n’avait pas pris part au mouvement des grévistes. André Déjean épouse toujours le mutisme. Il n’accorde pas d’interviews et sait comment se démarquer des animateurs de radio qui cherchent à obtenir ses opinions sur un quelconque sujet en rapport avec la musique ou aux problèmes internes de Nu Look. 

Quand on analyse les faits, on comprend ce qui suit : André Dejean « se lèt li vin bwè, li pa vin konte bèf ». Après l’incident entre Arly et les giggers de Nu Look, le trompettiste va, plus que jamais, éviter les animateurs de radio et les journalistes culturels. Il connaît le terrain mieux que tous les giggers de ce circuit musical, parce qu’il roule sa bosse dans cet univers artistique depuis les années 60.  Donc, rien ne peut l’étonner aujourd’hui. Il ne fait qu’assurer sa fonction, travaillant pour l’avancement de Nu Look. D’ailleurs, c’est lui qui a intégré Jocelyn,  le jeune et nouveau saxophoniste, au sein de cette formation musicale. Ce musicien faisait partie du groupe Mini All Stars de Fred Paul, qui avait été reçu triomphalement au Japon. 

On doit quand même s’attendre à une action du fondateur-maestro-chanteur-manager de Nu Look,  qui ne voit pas la réaction collective de ces musiciens d’un bon œil, oubliant qu’une réaction est toujours provoquée par une action. C’est la loi karmique !  Une chose est sûre, Arly ne pourra pas mettre tous les giggers en disponibilité en même temps. Cela aurait été possible si les musiques de Nu Look étaient écrites sur partition pour tous les instruments. Dans une pareille circonstance, les musiciens remplaçants n’auraient qu’à lire et exécuter fidèlement les pièces musicales écrites.

La revendication des giggers entraînera de grands remous sur la scène HMI

Qu’on ne s’étonne pas qu’Arly dise que ces musiciens essaient de détruire Nu Look. Il peut même attribuer leur action à une « persécution politique » pour déstabiliser Nu Look, une expression que les politiciens haïtiens des deux camps utilisent à tort et à travers quotidiennement.  Vraiment, l’industrie haïtienne de la musique fonctionne à l’image du pays. L’action préméditée des giggers de Nu Look crée inévitablement une haute tension entre eux et le fondateur-maestro-manager de Nu Look. La bonne entente qui régnait au sein de ce groupe musical avant la prise de position des protestataires ne sera plus la même. Un tel fait se remarquait au cours des diverses prestations de Nu Look en Haïti. L’énergie qui se dégage sur scène aujourd’hui n’est plus celle qu’on ressentait avant l’incident. La confiance mutuelle n’existe plus. C’est exactement la situation du chat et de la souris qu’on vit actuellement au sein de Nu Look, « Youn ap veye lòt ».

Il y a des coups beaucoup plus terribles qui se fomentent encore.  Le fondateur-manager ne saura vraiment à quoi s’attendre puisque tout est possible.  Entre-temps, les révoltés caressent un rêve commun, et ils ont un plan B. La seule garantie c’est qu’ils ne pourront pas traduire le maestro en justice puisqu’ils fonctionnent tous dans l’illégalité. Ils n’ont pas un contrat. Ils n’ont jamais pensé à légaliser leur business, en payant les taxes et les impôts à l’Oncle Sam. Les giggers parlent de la création d’une nouvelle formation qu’ils baptisent déjà du nom de Nu KOOL. Le mot KOOL vient de LOOK, lu de droite à gauche. C’est donc le revers de Nu Look. Ce groupe sera composé de certains musiciens de Zenglen, de Disip et de Klass qui sont prêts à faire défection, si le prix est juste -« if the price is right » (J.R. Noël). Les noms des guitaristes, d’un claviériste /  keyboardiste martiniquais,  d’un ancien chanteur-vedette de Zenglen et d’un autre vocaliste d’un groupe défunt,  d’un bassiste, d’un tambourineur et d’un jeune batteur sont connus et déjà révélés. Coup d’état  possible dans l’arène politique HMI.  Ka nou grav!

Les grands bailleurs de fonds connus de la Floride, de New York, de Paris et d’Haïti créent cette effervescence pour troubler la paix sur le boulevard HMI. Ils comptent offrir USD 450$ par prestation « locale » aux musiciens et USD 650$ en déplacement.  Qui dit mieux ?  Jwèt la gate, y ap fè bosal.  On doit se poser certaines questions. Quels groupes musicaux compétiteurs veulent-ils déstabiliser ? À qui profitera la grande défection ?  La révolte des musiciens marque un tournant décisif dans l’histoire des giggers de la musique compas direct. On doit s’attendre aussi à un effet domino qui va atteindre des giggers faisant partie d’autres groupes musicaux. L’effet est déjà ressenti. Le groupe J-Beatz est actuellement amputé de cinq musiciens, qui, déjà, revendiquent leurs droits. Ils réclament leur rémunération. Le mois de janvier a toujours été la période de turbulence du marché musical compas direct. On se souvient encore du départ de Gazzman de Nu Look et d’autres défections.  

Cette décision des giggers de Nu Look aura un impact certain sur les organisateurs de soirées dansantes. Le cachet que Nu Look va réclamer pour animer une soirée connaîtra une hausse, ce pour compenser le manque à gagner du décideur de cet ensemble musical, après un possible ajustement du salaire des giggers, qui ont quand même une alternative. Personne n’ignore que les compagnies de taxis Uber et Lyft engagent des chauffeurs continuellement. Il y en a déjà parmi les artistes qui sont des employés permanents de ces deux entreprises, où ils reçoivent un meilleur salaire leur permettant d’avoir un budget hebdomadaire.  

Beaucoup d’entre eux ont un foyer et doivent répondre à leurs besoins immédiats et à ceux de leurs familles. D’une source digne de foi, on apprend qu’une association de giggers sera créée en 2018. On espère qu’en cette nouvelle année, les fondateurs et responsables de groupes musicaux fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour changer le mode de fonctionnement du marché musical compas direct pour le mieux. Qu’ils écoutent la voix de la raison qui les guidera dans le sens d’un meilleur salaire à offrir aux giggers, qui, vraiment, méritent mieux, «  bay piti pa chich, se chich ki pa bay » (J.R.Noël).   

[email protected] 



Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 T-Mobile/MetroPCS: 360.398.4333 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

-->
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
1.50