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Les musiciens du monde compas direct peuvent-ils vraiment vivre de leur profession ?

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La musique est non seulement un art, mais également une profession comme toute autre. Ceux qui la pratiquent s’appellent artistes musiciens. Dans toutes disciplines, un professionnel vit de sa profession. Considérant le manque de structures de l’industrie haïtienne de la musique (HMI), l’on se demande si les musiciens du compas direct vivent aisément comme ils le font croire.  

De jour en jour, les conditions de vie de la majorité de ces artistes deviennent de plus en plus difficiles. Les plus honnêtes d’entre eux cherchent et trouvent des possibilités de survie en dehors de la musique, ce pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Tandis que d’autres choisissent d’autres voies plus faciles, mais dangereuses. Ces derniers se croient très intelligents et clament : « Nou pa egare ». À partir de ces faits, on doit se poser une question, à savoir si les musiciens du compas direct peuvent vraiment vivre de leur profession. 

Les épouses de certains musiciens face à la précarité du marché compas direct

Un musicien qui gagne entre 200 et 250 $ U. S pour une prestation, quand son groupe musical est en déplacement, pourra t-il joindre les deux bouts ?  C’est bien une pitance, puisque les groupes musicaux n’honorent pas des contrats d’engagement chaque weekend. Tel est le cas des « giggers », qui ne sont que des salariés journaliers recevant un cachet par prestation. Dans le langage utilisé dans les manufactures, ils font du travail à la pièce. Leur salaire est proportionnel à leur production. Cela veut bien dire qu’ils ont seulement droit à un salaire quand le groupe musical anime une soirée ou participe à un festival. 

Les épouses de certains musiciens réagissent face à cette situation, motivant leurs maris musiciens à trouver un emploi stable. Confrontés à cet état de fait, beaucoup de musiciens se trouvent dans l’obligation de faire du taxi en se joignant à la compagnie Uber, très connue à travers le monde. D’autres conduisent des autobus d’écoliers. Certains le font contre leur volonté, mais ils doivent assumer leurs responsabilités de père de famille ou bien répondre aux exigences quotidiennes imposées par la vie aux États-Unis. 

On ne peut imaginer combien de musiciens haïtiens s’accrochent à Uber, qui offre un salaire garanti, car « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Dans le langage vernaculaire haïtien, ce proverbe se traduit par « kabrit di sa k nan vant ou se li k pa w ». Certains managers de groupes et des promoteurs sont également l’objet de pressions de la part de leur épouse et se voient dans l’obligation d’abandonner le marché compas direct. On est témoin des résultats quand les femmes s’en mêlent. Bagay yo mele tankou pit. C’est comme si les femmes de ces musiciens leur rappellent que deux salaires valent mieux qu’un.  

On apprend que Frérot Jean-Baptiste de Zenglen a un emploi stable dont les bénéfices sociaux sont garantis. Nicolina Ferrentino, la saxophoniste de Zenglen, maintient encore son emploi permanent qu’elle ne veut pas abandonner, même pour tout l’or du Pérou. Une source digne de foi nous fait croire aussi que Brutus, maestro du même groupe, vient de trouver un emploi bien rémunéré et intéressant.  N’est-ce pas là une bonne source de revenus pour ces musiciens de Zenglen. Ah, Zenglen pran devan. Leur emploi ne va pas leur empêcher de fonctionner dans le monde musical. Nicolina en est un exemple parfait. Il se pourrait qu’il y ait des restrictions au niveau des déplacements du groupe. Mais ils sauront comment s’arranger pour remédier à cette situation. Ils vont accumuler des jours de congé qui leur permettront d’honorer des contrats, ici et ailleurs. Ce sont là des avantages que l’industrie de la musique haïtienne (HMI) n’offre pas. 

Que quelqu’un nous cite une formation musicale ayant observé une ou deux semaines de congé volontairement. Cela n’existe pas dans la manière d’opérer des groupes musicaux haïtiens du compas direct. Si le groupe ne génère aucun revenu, il entre forcement en mode pause. Et, dans bien des cas, il profite de la période de vaches maigres pour aller en studio afin d’enregistrer soit un album ou bien une chanson démo. C’est un cas fréquent dans cette industrie.   

Le parasitisme s’apparente à l’esclavage, mais « le travail c’est la liberté » 

Connaissant bien la mentalité haïtienne, les musiciens qui vivent en Haïti considèrent dégradant le métier de chauffeur de taxi, et cela même quand ils végètent. Le parasitisme n’est pas une profession, il est humiliant et dégradant.  Mais le travail procure la liberté permanente. En ce vingt et unième siècle, le parasitisme rend esclaves et soumis tous ceux qui s’y adonnent. Ils vivent aux crochets d’autrui. On ne peut s’empêcher de constater que certains musiciens parasites deviennent des gigolos circonstanciels ou perpétuels.  

Que de médecins en attente de leur licence professionnelle,  que d’ingénieurs, de professeurs et d’avocats haïtiens conduisent un taxi aux États-Unis, espérant un changement de situation dans le futur. La réalité diffère au pays de l’Oncle Sam.  Aujourd’hui, plus d’une dizaine de groupes musicaux utilisent un nouveau slogan, qui dit ce qui suit : « nou pa egare ». L’avenir va nous le prouver. Ce slogan va perdre de son intensité aussi rapide que le passage du vent. Il deviendra fade en un clin d’œil. On a l’impression que la créativité semble être plus volatile aujourd’hui.

Tout compte fait, on est unanime à reconnaître que les musiciens font face à de graves difficultés. Ce n’est que la pointe de l’iceberg. La situation sera beaucoup plus compliquée quand ils auront atteint l’âge de retraite, puisqu’ils n’avaient pas mis en place des structures pouvant leur permettre de bénéficier des avantages sociaux qu’ils auraient gagnés dans leur jeune âge. Donc, ils récolteront le fruit de leurs semences. Ils n’ont même pas une police d’assurance - santé,  voire une assurance - vie. Combien de ces artistes ont droit à un examen médical annuellement ? 

Ils n’ont pas aussi un dossier de crédit. Combien d’entre eux peuvent acheter une voiture sans se faire avaliser par quelqu’un? Il leur faut un cosignataire pour acheter une voiture ou pour obtenir un prêt immobilier. Le pire c’est que les décideurs de groupes musicaux refusent de légaliser leur business, ce qui aurait permis aux musiciens l’accès facile au crédit. Ils jurent de ne pas payer les taxes et impôts à l’Oncle Sam ou à la DGI. Ils sont têtus et se croient capables de contourner les lois fiscales continuellement. Rien n’est éternel!   

 Tous les orchestres haïtiens considèrent leur formation musicale comme étant une institution, et cela même après un an d’existence.  Pourtant, les responsables de ces  groupes ne pensent jamais à obtenir une assurance collective pour les musiciens qui font partie de cette soi-disant « institution ». Nou mele. Ces musiciens et dirigeants de groupes peuvent ne pas saisir l’importance d’une telle démarche aujourd’hui. Demain, à l’âge légal de départ à la retraite, ils vont payer très cher les conséquences de leur négligence. Leur comportement pousse certains de leurs amis à se moquer d’eux, disant qu’ il ne faut jamais faire des prêts aux musiciens de l’univers compas direct, car, disent-ils, ils n’acquittent jamais leur dette.  À toute règle, il doit y avoir des exceptions. Si la musique est éternelle,  la jeunesse ne l’est pas. Donc, il faut profiter du temps de sa jeunesse pour bien préparer le futur.  

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