Accueil | Nouvelles | Haiti | L'aviculture captive de la contrebande et du dumping

L'aviculture captive de la contrebande et du dumping

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

Ces cinq dernières années, le secteur avicole a connu une croissance extraordinaire avec une production qui a été multipliée quasiment par 10. Aucun autre secteur économique de la vie nationale ne peut se vanter d’avoir enregistré pareil bond sur cette même courte période. Mais la faiblesse de l’État et la ténacité des contrebandiers risquent à tout moment de réduire en cendres les investissements à la base de cette performance. Entre fierté et inquiétudes, les acteurs du secteur avicole en appellent à une concertation de l’État, du secteur privé et des producteurs pour lever tous les obstacles entravant le plein essor de cette filière.

Ancien secrétaire d’État à la Production animale, le Dr Michel Chancy était l’invité, le dimanche 6 août 2017, de l’agroéconomiste Ralph Beauvoir à l’émission « Forum agricole » diffusée sur les antennes de Magik 9, pour évoquer les perspectives et les défis du secteur avicole en Haïti. L’agronome Alexandra Jean, l’autre invitée de ce magazine hebdomadaire, représentante de Haiti Broilers S.A., la plus grande compagnie qui produit des œufs actuellement dans le pays, a défendu bec et ongles ce secteur prisonnier presque exclusivement du dumping dominicain qui l’empêche d’atteindre sa vitesse de croisière.

Pour se faire une idée du poids de ce secteur, car les Haïtiens sont de grands consommateurs d’œufs et également de poulets, le Dr Chancy, médecin vétérinaire de formation, avance qu’à eux seuls, les œufs représentent un marché d’environ 50 millions de dollars américains alors que le marché des poulets surgelés (cuisses, dos, etc.) est évalué à environ 80 millions de dollars. Depuis 2011, grâce aux investissements consentis, poursuit-il, la production d’œufs dans le pays a été multipliée pratiquement par 10, passant d’un million d’œufs par mois pour franchir actuellement la barre des 10 millions chaque mois, soit une production nationale de presque 30% des œufs sur le marché local.

« Il n’y pas beaucoup de secteurs dans le pays qui peuvent se targuer d’un tel résultat en si peu de temps », s’est réjoui le médecin vétérinaire, qui attribue cette hausse de production au climat propice à l’investissement favorisé par l’Etat durant ces cinq dernières années. « C’est le résultat d’un investissement privé », a-t-il signalé, estimant que le secteur privé n’aurait jamais investi son argent si l’État n’avait pas pris des mesures pour protéger le secteur avicole de la grippe aviaire qui sévissait à l’époque en République dominicaine. 

Selon lui, l’ordre imposé, du point de vue sanitaire, pour empêcher les œufs malades en provenance de la République voisine d'entrer sur le territoire national est à l’origine de l’investissement dans le secteur. « Malgré la faiblesse de l’État et la ténacité des contrebandiers, jusqu’à présent, la pression sur les œufs dominicains se maintient, ce qui permet d’ouvrir le champ aux investisseurs privés pour qu’ils injectent leur argent dans le secteur », a fait savoir le Dr Chancy, rappelant que cette fermeté des autorités haïtiennes, chaque jour, est soumise à rude épreuve et est constamment en danger. « La contrebande continue, par moments, elle a tendance à s’accélérer et met en péril tout l’investissement déjà consenti », a-t-il déploré.

Pour signifier qu’on ne change pas une formule qui a déjà fait ses preuves, l’agronome Alexandra Jean, spécialiste en aviculture, s’est muée en porte-parole des éleveurs pour demander la poursuite du contrôle sanitaire et des mesures de quarantaine (relevant du ministère de l’Agriculture (MARNDR) au niveau de la frontière. « Aucun producteur d’œufs dominicain n’a jamais présenté de certificat sanitaire. Donc, tous les œufs importés de la République dominicaine sont des œufs de contrebande », a fait remarquer le Dr Chancy, expliquant qu’à cause d’une surproduction, les Dominicains déversent sciemment des œufs avariés sur Haïti. En ce sens, il sollicite une concertation entre différentes instances de l’État (douane, police, MARNDR, ministère de l’Intérieur, autorités locales et secteur privé) pour freiner ce phénomène. 

En plus de ces restrictions au niveau frontalier, les deux invités ont réclamé d’une seule voix de l’investissement pour la filière maïs et petit mil qui, selon le Dr Chancy, représente 60% de l’alimentation des poules pondeuses. « Actuellement, l’alimentation destinée aux poules pondeuses nous vient de l’étranger. D’un côté, nous importons moins d’œufs mais, de l’autre, nous importons beaucoup plus de nourriture », a signalé le Dr Chancy, qui travaille actuellement en tant que professeur chercheur à temps plein à la Faculté d'agriculture et d'environnement de l’Université Quisqueya (UNIQ) et enseigne à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire de l’Université d’État d’Haïti (UEH).

Depuis janvier, a fait savoir le Dr Chancy, le MARNDR et l’UNIQ travaillent sur un plan de relance de la production des œufs dans le pays. « Le premier point dans ce plan est le contrôle de la contrebande. Si on n’y arrive pas, on n’ira pas plus loin », a prévenu le professeur, mettant également en garde contre la tentation de taxer à tout va sans un contrôle sur la frontière qui, selon lui, est de nature à doper la contrebande.  

« Le plus urgent dans le dossier de l’aviculture, poules pondeuses et œufs, est le respect sanitaire. Pas besoin d’OMC [Organisation mondiale du commerce, ndlr]. Il est reconnu à chaque État le droit de protéger sa population contre la maladie en interdisant la rentrée sur son territoire de produits dans n’importe quelle condition », a ajouté Michel Chancy, soulignant qu’à partir du 1er octobre prochain, il est possible que les nouveaux tarifs douaniers qu’aura alignés l’Etat haïtien par rapport à ceux de Caricom entrent en vigueur.

Mais, attention, a alerté l’ancien secrétaire d’État, ces nouveaux tarifs ne vont pas tout résoudre. Après le contrôle de la contrebande, le secteur nécessite de la recherche scientifique et une alliance des producteurs avicoles pour permettre à tous de profiter de la production d’œufs. En ce sens, l’agronome Alexandra Jean a fait savoir qu’Haiti Broilers S.A., qui travaille avec un réseau d’environ 10 000 fermiers en poulets de chair et en pondeuses, a l’intention de former une association pour le secteur œufs seulement. Elle invite non seulement les producteurs mais aussi les vendeurs (œufs et alimentation pour poules pondeuses) à former un faisceau pour lutter contre le dumping dominicain. « Notre carton d’œufs coûte normalement 175 gourdes. Sur la frontière, il se vend à 105 gourdes », s’est plaint l’agronome Jean, dénonçant cette situation de dumping insoutenable.

Par ailleurs, pour avoir gain de cause dans cette lutte, un plan de financement est nécessaire. « Monter un poulailler de 10 000 poules actuellement est extrêmement coûteux. Chaque poule coûte environ 30 dollars américains. La poule doit être nourrie environ cinq mois avant qu’elle soit en mesure de pondre ses premiers œufs. Elever cette poule, la nourrir, la vacciner, cela a un coût », a noté le Dr Chancy, affirmant que le plan de relance comporte un plan de financement qui a été proposé aux institutions financières privées et à l’État. « En respectant un taux d’intérêt de 9%, avec l’appui de la BRH et du FDI via un fonds de garantie, les producteurs seront à même de rembourser les prêts et créeront des emplois », a soutenu, optimiste, Michel Chancy. 

 Haiti Broilers S.A. est une compagnie de la Jamaïque avec des capitaux d’investisseurs haïtiens qui a commencé à produire des poules de chair. A mi-chemin, elle s’est rendu compte que le secteur des œufs ne regorgeait plus d’opportunités car le secteur poules de chair était saturé à cause du dumping des poules surgelées en provenance du Brésil, des Etats-Unis et surtout la République dominicaine. Elle a démarré avec 10 000 pondeuses, elle dispose actuellement de 400 000 et est toujours en quête de plus d’ouverture.

Patrick ST PRE source le Nouvelliste



Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 T-Mobile/MetroPCS: 360.398.4333 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

-->
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
0