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Les écoliers dans les rues, rare signe d’espoir sur la côte sud

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S’il y a une rare image qui symbolise l’espoir sur la côte sud, quatre mois après le passage de l’ouragan Matthew, ce sont les écoliers en uniforme dans les rues. A l’arrêt pendant trois mois, les activités scolaires ont repris, le 9 janvier dernier, dans des églises, sous des bâches… Dans des conditions difficiles certes, mais quand même.

Le sourire de Nathan, 11 ans, traduit sa joie d’être aux côtés de ses camarades de classe. Ce lundi 23 janvier, l’adolescent entame sa deuxième semaine de classe depuis le passage de Matthew. Contrairement à la majorité de ses camarades, Nathan ne porte pas d’uniforme. Dans son sac à dos, deux livres abîmés, un cahier et un stylo. Habitant à plus d’une heure de marche de l’école, Nathan, au milieu de cinq autres écoliers, rentre chez lui. La distance ne le décourage point. « A force de parler au cours de la route, on ne se rend pas compte de la distance parcourue », dit-il.

La rue où se trouve l’école nationale des Garçons aux Côteaux, surplombée par « Les 500 marches de la Médaille Miraculeuse» – au Morne-Goâve, lieu de pèlerinage et touristique – est bondée d’écoliers. A vélo ou à pied pour la plupart. Cette école est l’un des rares établissements scolaires n’ayant pas été détruits dans la commune. N’empêche qu’elle a subi d’énormes dommages. Le mur de clôture ainsi que les toitures avaient cédé à la furie des vents, mais les activités scolaires ont finalement repris après des travaux de réparation effectués avant les élections.

A l’institution Ephraïm, le confort n’est pas tout à fait au rendez-vous. Les classes sont réparties dans une église et sous des bâches. Toutefois, la volonté d’avancer, de se relever est là. Elle se lit sur le visage du directeur de l’établissement, le pasteur Exer Pierre, un notable de la zone. Jusqu’à fin janvier, il a toujours du mal à donner l’effectif réel de ses élèves. « Nous continuons à accueillir des élèves ; ils étaient 250 avant la catastrophe », indique l’homme d’église, consultant le cahier de présence de l’école.

Les parents aux abois

Si les écoles ont accueilli la majorité de leurs élèves, beaucoup de parents n’arrivent pas encore à honorer leurs dettes envers ces établissements. « C’est l’un de nos principaux problèmes, indique le pasteur Exer Pierre. Nous ne pouvons pas payer nos enseignants qui, du coup, ne sont pas motivés. En outre, les enfants ne sont pas munis de matériel didactique.»

Malgré ces soucis, les responsables d’école ne comptent pas renvoyer les élèves. Selon beaucoup d’habitants de Roche-à-Bateau ou des Côteaux, depuis le passage de Matthew, l’esprit de vivre-ensemble s’est renforcé. « Il y a un esprit de fraternité qui s’est développé chez les gens, c’est l’une des choses positives que j’ai pu découvrir depuis l’ouragan », affirme le révérend Exer Pierre.

Roselène, 35 ans, mère de cinq enfants, peut aussi en témoigner. Ses cinq enfants ont repris le chemin des classes alors qu’elle n'a leur pas encore payé leur écolage. La situation reste compliquée pour beaucoup de parents qui éprouvent des difficultés à nourrir leurs enfants mais manifestent une certaine fierté de les voir reprendre le chemin de l’école. « Trois de mes enfants avaient perdu leurs uniformes et leurs sacs d’école, indique Roselène.  On n’a pas les moyens de leur confectionner de nouveaux uniformes. On les accepte en couleur. Tant mieux, parce qu’ils ont passé trop de temps à la maison. » 

A Roche-à-Bateau, la situation des établissements scolaires est pratiquement identique à celle des écoles des Côteaux. La quasi-totalité des institutions scolaires ont été détruites ou endommagées. C’est l’un des secteurs le plus touchés par l’ouragan. Du fait qu’ils devaient servir de centres de vote, Beaucoup d’établissements ont été réhabilités. Pour le bonheur des élèves. L’école nationale de Roche-à-Bateau fait partie de cette catégorie. Sa toiture rouge luit au soleil. Jusqu’au lundi 23 janvier, cette école continuait d’accueillir des élèves. En signe de solidarité, cette école nationale, outre ses propres élèves, accueille également depuis le mois de janvier ceux d’une église détruite par l’ouragan.

 « La majorité de nos élèves répondent présent à l’appel,» souligne Marie Luféta St-Eloi, directrice de cette école nationale. «Certains viennent sans uniforme, avec pantoufles ou sans matériel didactique. Jusqu’à maintenant, nous continuons à accueillir des élèves».

Les classes de 8e et 9e année fondamentale fonctionnent sous des bâches. Juste à côté, sous un soleil de plomb, des ouvriers sont à pied d’œuvre. « Le FAES [Fonds d’assistance économique et sociale] va nous construire six nouvelles salles de classe en bois », explique madame St-Eloi.

Selon un cadre du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, les grands chantiers de reconstruction débuteront probablement en été, avec l’appui financier de certains bailleurs internationaux. « Pour faciliter la réouverture des écoles, nous avons distribué des bâches et réhabilité certaines écoles qui ont perdu leur toiture ou des portes », explique cette source. 

Problème de cantine scolaire, de moyens de transports…

En effet, l’un des soucis des responsables d’école, c’est que les élèves ne sont pas réguliers. « Il n’y a que le lundi et le mardi qu'ils sont présents en grand nombre », confie la directrice de cette école qui abrite également le lycée de la commune. 

Selon l’institutrice, cette irrégularité des enfants est due principalement à un problème d’alimentation. Les gens ont faim. La crise alimentaire est plus qu’une réalité. Ces derniers avaient perdu leur bétail et leurs plantations. 

Décapitalisés pour la plupart, les parents ne sont  donc pas en mesure de nourrir leurs enfants quotidiennement. Peu d’enfants peuvent s’acheter quelque chose à manger pendant les récréations. « J’ai rencontré des parents qui me disent qu’ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l’école faute d’argent, affirme Marie Luféta St-Eloi. L’absence de cantine scolaire pose problème. »

L’irrégularité et de nouveaux élèves qui ne cessent d’arriver ont des répercussions sur l’apprentissage et le calendrier scolaire. « Je ne pense pas que l’on pourra boucler le programme, affirme Madame St-Eloi. C’est l’un de nos principaux soucis. Les enseignants font du sur-place à cause des élèves qui continuent d’arriver. On est dans un perpétuel recommencement».

Un perpétuel recommencement certes, mais qui a tout son sens, vu la situation difficile de ces zones, quatre mois après.

Valery Daudier source le nouvelliste



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