Accueil | Nouvelles | Haiti | Maduro en perte de vitesse, PetroCaribe en détresse, Haïti en stress

Maduro en perte de vitesse, PetroCaribe en détresse, Haïti en stress

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image Maduro et Martelly

 Après 17 ans de règne, le chavisme a subi une véritable raclée lors des dernières élections législatives du dimanche 6 décembre 2015 auxquelles ont pris part 74,25 % de la population vénézuélienne. Selon les résultats officiels publiés le mardi 8 décembre, la coalition de l’opposition a remporté 112 des 167 sièges de l’Assemblée nationale monocamérale tandis le parti au pouvoir et ses alliés, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de feu Hugo Chavez (1999-2013) et de son successeur Nicolas Maduro, n’en gardent que 55. La nouvelle assemblée entrera en fonction le 5 janvier 2016.

À noter que la Constitution vénézuélienne prévoit trois types de majorité : la simple avec 84 députés, la majorité des trois cinquièmes (3/5) quand on obtient 101 députés et la majorité des deux tiers (2/3) avec 112 députés. Cette dernière permettra d’engager une réforme constitutionnelle et d’initier un éventuel référendum révocatoire contre le président Maduro à compter du mois d’avril 2016. 

Le porte-parole de la coalition de l’opposition, la Table de l’unité démocratique (MUD), Freddy Guevara, avait admis avoir marqué l’histoire de son pays dès la proclamation des résultats partiels dans la nuit du dimanche 6 décembre. Le président Maduro a, de son côté, reconnu immédiatement sa défaite tout en appelant au calme et au respect des règles du jeu démocratique. Après la confirmation de sa cuisante défaite, il a sollicité la démission de son gouvernement afin, dit-il, d’effectuer un processus de restructuration, de rénovation et de profonde relance de tout le gouvernement national.

Pour sa part, l’opposition promet de travailler à la reconstruction économique du pays et au bien-être de tous les citoyens. Sa victoire représente un ouf de soulagement pour les prisonniers politiques, particulièrement Leopoldo Lopez, une figure emblématique de l’opposition. 

La crise sociopolitique et économique que connaît le Venezuela explique en grande partie la défaite des héritiers de Chavez. La chute du prix du pétrole a fait très mal au pays, trop dépendant de l’or noir. Les pénuries étaient devenues monnaie courante depuis 2013: la farine, le pain, le papier hygiénique… Des membres de l'Église catholique du pays s'alarmaient en 2013 d'une pénurie d'hosties et de vin qui risquait de faire diminuer le nombre de cérémonies eucharistiques. On observait de longues files d’attente devant les magasins et l’insécurité se généralise de plus en plus, troublant le sommeil d’une grande partie de la population.

Concernant la crise économique, il y a deux mois, le président Maduro avait prévu que l’inflation pouvait s’établir autour de 80 % en cette fin d’année 2015, mais certains instituts privés indépendants de sondage tablaient plutôt sur un taux d’inflation d’environ 200 %, voire 210 %. Une inflation en grande partie liée au financement monétaire consenti par la banque centrale vénézuélienne au gouvernement pour financer un déficit budgétaire de près de 20 % du Produit intérieur brut (PIB). Cette inflation galopante sape les progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté durant le règne du président Chavez.

L’ensemble des programmes sociaux mis sur pied par le président Chavez et poursuivis par Maduro a creusé le déficit budgétaire et développé une culture de dépendance des bénéficiaires à ces programmes. La couche défavorisée attend tout d’un président providentiel sans penser à fournir un effort adéquat. Maintenant que le prix du pétrole chute sur le marché international et que les recettes publiques se raréfient, la pérennité de ces programmes est sérieusement menacée. 

« Le chavisme peut survivre à cette défaite, mais pas Maduro »

Le journal Métro de Montréal, dans son édition du mardi 8 décembre, a analysé les conséquences de la défaite des héritiers de Chavez avec deux expertes : Graciela Ducatenzeiler, professeur au département de sciences politiques de l’Université de Montréal et spécialiste de l’Amérique latine, et Jennifer McCoy, directrice de l’Institut d’études internationales de l’Université d’État de Géorgie, aux États-Unis. «Certains éléments du parti socialiste voulaient s’accrocher au pouvoir, a expliqué à Métro Graciela Ducatenzeiler. Mais l’armée – dont était issu le comandante Chavez – a très rapidement concédé la défaite. Ça signifie que l’armée, ou du moins une partie de l’armée, a lâché Maduro.»

Le déroulement pacifique du scrutin et la concession sans violence de la victoire par le parti au pouvoir suggèrent qu’un débat serein puisse avoir lieu à l’Assemblée, selon Jennifer McCoy citée par Metro. «Cela ouvre la porte à des négociations entre le gouvernement, le secteur privé et l’opposition. Mais je m’attends à ce qu’un référendum soit demandé au sujet de la destitution du président Maduro très tôt en 2016, alors qu’il sera à mi-chemin de son mandat, qui doit s’achever en 2019.»

Pour Mme Ducatenzeiler, rapportée par le journal Métro, le retour d’une opposition qui «croit au marché» devrait assainir les relations avec les États-Unis avant d’admettre que la défaite de dimanche a scellé le sort politique du président Maduro.

«Il y aura un rapprochement, c’est certain.» «Avec la baisse du prix du pétrole et les crises internes qui ébranlent le Venezuela, le pays n’a plus la même influence qu’avant sur le continent», soutient Jennifer McCoy.  Elle poursuit : «Le chavisme peut survivre à cette défaite, mais pas Maduro. Son cercle rapproché l’accuse déjà d’avoir mal utilisé l’héritage de Chavez. Le parti risque maintenant de se retourner contre son chef, tout en affirmant effectuer un retour à une version "pure" du socialisme d’Hugo Chavez.»

«Une victoire pareille de l’opposition n’aurait pas été possible sans la crise économique – une des plus graves au monde, croit Mme Ducatenzeiler. Le populisme marche bien lorsqu’il y a de l’argent, c’est bien connu. Je crois que le retour du centre-droit en Argentine et la victoire de l’opposition au Venezuela signifient la fin de la «nouvelle gauche» latino-américaine et l’émergence d’une gauche dite «constitutionnelle, comme au Chili de Michelle Bachelet.»

La victoire de l’opposition lui permettra d’ébranler le contrôle qu’exerçait le parti au pouvoir sur les institutions de l’État, pense également Jennifer McCoy. «Le mouvement bolivarien fondé par Hugo Chavez contrôlait tout depuis 2004, de la législature jusqu’à la Cour suprême, en passant par les médias, le Conseil électoral et l’économie, a-t-elle affirmé à Métro. Maintenant que l’opposition a une majorité absolue, elle pourra notamment adopter des réformes économiques, voter la libération de prisonniers politiques, changer les membres de la Cour suprême et du Conseil électoral. Elle pourra même modifier la Constitution.»

Toutefois, Mme Ducatenzeiler croit que la lune de miel de l’opposition avec l’électorat sera de courte durée. «L’opposition peut se faire un capital politique rapidement, a-t-elle expliqué au journal Métro. Mais, à long terme, les réformes économiques qu’elle devra adopter pour relancer le pays risquent d’être très impopulaires. Les élus devront notamment hausser le prix du pétrole, qui est pratiquement gratuit à l’heure actuelle en raison des subventions consenties par les socialistes.»

Quelles conséquences sur Haïti ?

La perte éventuelle du pouvoir par le président Maduro suspendrait comme une épée de Damoclès sur l’avenir du programme PetroCaribe dont les fonds générés avaient permis au régime Martelly de financer la très grande majorité de ses projets. Même si le prix du pétrole se remettrait à augmenter comme le souhaitaient les autorités haïtiennes afin d’engranger des recettes importantes, les largesses du programme se rétréciraient à coup sûr. Même les Vénézuéliens devront apprendre à se serrer la ceinture afin de faire face à la crise économique actuelle.  

En l’absence du programme PetroCaribe, le gouvernement haïtien n’aurait pas les moyens de sa politique. Sa disparition ou sa révision auraient des conséquences pour le nouveau président et son administration qui auront, malgré tout, à payer intérêt et capital sur la lourde dette contractée par le régime Martelly.  

La dette effective d'Haïti au 31 octobre 2015 s’élève à 1,74 milliard de dollars américains. Et depuis février 2013, selon le Bureau de monétisation des programmes d’aide publique au développement (BMPAD), la direction du Trésor réalise les paiements de la dette à long terme, conformément aux conditions de paiement de l'Accord PetroCaribe. Au 31 octobre 2015, elle a déjà versé au Venezuela un montant de 60,5 millions de dollars américains. 

Avec la dégradation accélérée de la gourde, le remboursement de la dette d’Haïti devient de plus en plus coûteux. Puisque le paiement se fait en dollars alors qu’Haïti n’imprime que des gourdes. Au taux moyen mensuel de 42,83 gourdes pour un dollar, observé en février 2013, les 60,5 millions de dollars américains s’échangeaient contre un montant de 2,59 milliards de gourdes. Au taux moyen mensuel de 54,97 gourdes pour un dollar observé en novembre 2015, ce même montant de dette équivaut à une somme de 3,3 milliards de gourdes, soit une hausse de 27,4 %.  

Donc, avec la dépréciation accélérée de la gourde, la dette d’Haïti envers le Venezuela devient 27,4 % plus élevée qu’elle ne l’était en 2013, ce qui contribue à augmenter les dépenses de l’État, à creuser le déficit budgétaire et à alimenter la spirale de dépréciation de la gourde.  

Avec l’opposition vénézuélienne au pouvoir, l’éventualité d’une révision des termes actuels du contrat PetroCaribe devient plus que probable. Même avec une augmentation du prix du baril de pétrole. La nouvelle équipe vénézuélienne devra s’attaquer au déficit d’efficacité et de compétitivité des entreprises nationales, au déficit budgétaire et à son financement sans oublier l’inflation galopante. 

Les États-Unis ne peuvent remplacer le PetroCaribe»

Dans son édition du mercredi 9 décembre 2015, le journal Miami Herald a rapporté les propos de Ben Rhodes, conseiller à la Sécurité nationale à la Maison-Blanche, selon lesquels les États-Unis ne pourront pas remplacer le PetroCaribe si l'Assemblée nationale vénézuélienne nouvellement élu y mettrait un terme. Les États-Unis pourraient fournir certaines « ressources » pour les 17 pays qui seraient touchés par la disparition du PetroCaribe, mais leur fournir du pétrole à un prix subventionné paraît peu probable. « Ils ont largement bénéficié de PetroCaribe. Nous ne serons pas en mesure», a déclaré M. Rhodes.

Les leaders de l'opposition vénézuélienne avaient fortement critiqué les largesses du PétroCaribe qui aurait coûté 50 milliards de dollars américains de recettes au Venezuela au cours de la dernière décennie. En contrepartie, le programme a permis au Venezuela de gagner une grande influence politique dans la région. Lors d'une réunion le mois dernier de l'Organisation des États américains, le programme a été salué par les ambassadeurs d'El Salvador, de la Guyane et de Saint-Kitts-et-Nevis, a indiqué le Miami Herald tout en rappelant que les autorités américaines ont tout tenté en vue de contrer l’influence vénézuélienne dans son arrière-cour. 

Plus tôt cette année, le président Barack Obama avait dévoilé un nouveau partenariat de l'énergie propre à un sommet des Caraïbes qui devrait contribuer à diversifier les ressources énergétiques et de réduire la dépendance de la région au pétrole vénézuélien. M. Rhodes a déclaré que le programme américain a déjà été couronné de succès. 

Ce programme ne vise pas PetroCaribe, mais il vise à s’assurer de la sécurité énergétique dans les Caraïbes, a confirmé M. Rhodes qui a fait part de la satisfaction de l’administration du président Obama de voir le président Maduro accepter le résultat des élections législatives vénézuéliennes. Il a confirmé également que l'administration Obama veut améliorer ses relations avec le gouvernement vénézuélien. La Maison- Blanche encourage le dialogue entre le pouvoir exécutif socialiste et l'Assemblée nationale dirigée par l'opposition et souhaite voir les deux parties travailler ensemble pour relever les défis économiques du Venezuela qui comprennent notamment le taux d'inflation le plus élevé du monde et des pénuries généralisées à la consommation.

Rappelons que le financement externe du budget d’Haïti qui provenait de PetroCaribe a grandement diminué durant les deux derniers exercices fiscaux. Donc, la conjoncture vénézuélienne a de quoi troubler le sommeil du président Maduro mais aussi celui des dirigeants haïtiens actuels et futurs. Car, quand le Venezuela tousse, Haïti attrape déjà la grippe en ces temps de rareté des ressources financières.

Thomas Lalime


Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 T-Mobile/MetroPCS: 360.398.4333 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

-->
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
3.00