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Me André Michel, opposant à Martelly, arrêté

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image Me André Michel assiégé dans son véhicule en face du sous-commissariat de Martissant, quelques minutes avant son arrestation Photo par Jean Marc Hervé Abélard

8 heures 23. « A bas Martelly, à bas Martelly !!! ». Des dizaines de jeunes hommes en sueur crachent leur colère au nez des policiers anti-émeutes qui encerclent  une Nissan grise immatriculée BB 49184, en face du sous-commissariat de Martissant, à l'entrée Sud de la capitale. Dedans, Me André Michel, l'un des plus farouches opposants au président Michel Joseph Martelly. L'avocat, sourire aux lèvres, manches retroussées, intervient en direct sur des radios dont les correspondants sur place multiplient les interviews. C'est un véritable concert d'indignation. Les noms d'oiseaux et les injures pleuvent.
 
D'un cran, la tension monte. « C'est Olivier qu'on doit arrêter pour le vol de l'argent du peuple, pas André Michel », gueule un jeune homme, rouge de colère. « Nous ne voulons plus de dictature », suffoque un autre supporteur de l'avocat, qui confie au journal avoir exigé qu'un juge de paix procède au constat de son véhicule après avoir été intercepté en se rendant chez lui à Fontamara 27. « J'ai dit au commissaire du gouvernement qu'il n'a pas assez de couilles pour me faire descendre du véhicule », confie André Michel, convaincu d'être dans son bon droit.

A quelques pas de là, dans une petite pièce, en face du bureau du chef de poste, Me Carlos Hercule, le bâtonnier de l'ordre des avocats, front perlé de sueur, lunettes sur le nez, évoque la Constitution.  Il est six heures passées, il n'y a aucune infraction, pas de flagrant délit, il ne peut pas y avoir d'arrestation, lâche Me Hercule, accompagné de quelques-uns de ses pairs, dont Stanley Gaston, Sabine Duvivier Morpeau. Des chants guerriers retentissent de la foule. On menace. « Si on nous tire dessus, on mettra le feu ».

Entre deux policiers du commissariat de Port-au-Prince, Pierre Espérance du RNDDH, très remonté, indique « que nous sommes en face d'un pouvoir totalitaire qui instrumentalise la police et la justice pour réprimer les citoyens ». Chapeau noir sur la tête, Jean Renel Sénatus, ex-commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, n'en revient pas. « C'est inconstitutionnel ce qui se passe ce soir. L'actuel commissaire du gouvernement est là, il sait qu'il n'a pas le droit de procéder à l'arrestation de Me André Michel après six heures du soir », balance-t-il, déplorant le choix de ce gouvernement de s'aventurer trop souvent dans des voies périlleuses et sans issues. Comme Jean Renel Sénatus, Me Samuel Madistin tranche. « Après six heures du soir, pas d'arrestation », indique-t-il, ajoutant avoir prévenu l'officier de police en charge de cette opération de son droit de ne pas obéir à des ordres manifestement illégaux venant de ses supérieurs. « La police n'est pas l'armée », martèle le juriste. 

Du regard, Ansyto Félix scrute la scène. « Je suis là pour dénoncer l'insécurité judiciaire et exprimer ma solidarité à un militant politique, à un citoyen dont les droits sont bafoués », indique tranquillement ce membre du parti Fanmi Lavalas. « Je suis là aussi pour dire qu'il fait échec au projet visant à réinstaurer la dictature en Haïti », ajoute-t-il.

Des parlementaires se mêlent à la foule. Dénius Franznet (l'Asile), Sinal Bertrand entre autres. « Je suis là en tant que citoyen, en tant que député pour dénoncer les représailles contre un citoyen », explique Sinal Bertrand, le député de Port-Salut. La pluie fine continue de tomber. Trop peu pour refroidir les ardeurs de manifestants énervés. Vers le sud, presque en face d'une station d'essence, une colonne de fumée noir monte du ciel.  Des pneus enflammés. La police, entre-temps, s'est renforcée. Presque en face de l'église Ste-Bernadette, on obstrue la chaussée avec des blocs, des pierres. Les esprits s'échauffent. Une rafale d'arme automatique. Cela sent le roussi. Des minutes filent. Les policiers lancent des grenades lacrymogènes. Ils chargent. Une colonne de fumée monte vers le ciel, des explosions retentissent ainsi que de nouvelles rafales d'armes automatiques. Des pierres ont des ailes. Elles tombent tout près des policiers anti-émeutes. Le bouclier autour du véhicule de Me André ne bouge pas. Tout le monde se met à l'abri. La police montre ses gros muscles. On suffoque. Dans le flou général, un peu après neuf heures, Me André Michel est conduit au commissariat de Port-au-Prince, au Champ de Mars.

En 2010, alors avocat de Enold Florestal, Me André Michel avait sollicité la présence de la police après des voies de fait exercées par Frantzy Duverseau sur son client.

Au moment de l'intervention de la police, les choses avaient tourné au vinaigre. Frantzy Duverseau, selon la police avait résisté à la police en se défendant avec une machette. Il avait été abattu. Au moins un policier est écroué au pénitencier national dans le cadre de cette affaire.  C'est un dossier monté de toutes pièces pour neutraliser Me André Michel ne cessent de répéter ses partisans. Me André Michel et Newton St-Juste-un autre avocat, ont, au nom de Enold Florestal incarcéré depuis plus d'un mois, déposé des plaintes pour corruption présumée contre la première dame, Sophie St-Rémy Martelly et son fils aîné Olivier Martelly. Dans le cadre de ce dossier, des grands commis de l'Etat, dont des ministres, ont été cités à comparaître par le juge Jean Serge Joseph le 2 juillet 2013. Le 13 juillet, le juge, soigné à l'hôpital Bernard Mevs pour un ACV, a rendu l'âme. Un rapport d'une commission d'enquête, dont le vote au Sénat de la République a suscité des controverses, a demandé de traîner devant la justice le président de la République, Michel Joseph Martelly, le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe, le ministre de la Justice Jean Renel Sanon pour parjure. Les sénateurs enquêteurs, dans leur travail, ont indiqué que ces hauts responsables de l'exécutif avaient menacé le juge Jean Serge Joseph pour qu'il abandonne les poursuites dans cette affaire de corruption présumée introduite par André Michel qui passe son premier soir en détention alors que les réactions pleuvent sur les ondes, sur la Toile. Cela s'enflamme. Et on redoute des réactions en chaîne dans les quartiers populeux où la cote du président Martelly a plus que chuté.

 Roberson Alphonse

Source: Le Nouvelliste



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