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Dans les méandres de l’importation des véhicules usagés en Haïti (traduit du NY Times)

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image Camions chargés à destination d'Haiti

Le quotidien new-yorkais The New york Times, l'un des plus prestigieux journaux américains, s’est longuement intéressé au processus d’importation de véhicules usagés en Haïti en provenance de New York. A lui seul, Louis Spano, armateur italien connu comme le loup blanc de la diaspora haïtienne vivant à New York, introduit chaque année, près de 5 000 véhicules pèpè sur le marché haïtien. Plus que tous les concessionnaires réunis. La rédaction publie la traduction de cet article paru dans les colonnes du quotidien new-yorkais la semaine dernière.

La semaine dernière, Louis Spano se tenait sur le pont d'un cargo à Red Hook, un quartier de Brooklyn, à New York, regardant par-dessus une grande quantité de véhicules attendant d'être chargés à bord.

Il y avait un camion Mack rempli de matelas, quelques autobus scolaires desquamés, deux gros monceaux d'équipements - des pièces d'une ancienne cimenterie - et des douzaines de modèles de voitures plus anciens. Si vous étiez assez près, vous pourriez voir qu'ils étaient pleins à craquer des couvertures, des tapis, des bicyclettes, des pneus de rechange, des micro-ondes, des paquets de jus de fruits, un faux sapin de Noël.

« Quel est le problème ? », s’enquérait M. Spano dans son walkie-talkie alors qu'une grue soulevait un camion sur le navire, le Beauforce. Le problème, ce jour-là, était que l'autre grue ne fonctionnait pas.

Les lignes maritimes prennent toutes sortes de marchandises dans et hors de New York. M. Spano, propriétaire de Red Hook Shipping Inc., âgé de 57 ans, se spécialise dans l'expédition de véhicules d'occasion de Brooklyn à Haïti. Mais pas que les voitures et les camions.

Les lois d'importation haïtiennes autorisent les véhicules usagés à contenir des effets personnels et des articles ménagers usagés. Et donc, deux fois par mois, M. Spano expédie des véhicules chargés de toutes sortes d'objets collectés par les immigrants haïtiens locaux pour les envoyer chez eux, des paquets de vêtements - connus sous le nom de pèpè en créole - aux sacs de riz, béquilles, pots et casseroles.

Les camions et les voitures sont devenus, dans un sens, des conteneurs d'expédition - une pratique que certains critiquent, pour avoir déversé sur Haïti des véhicules décrépits, tandis que d'autres la décrivent comme un lien vital - en particulier depuis le tremblement de terre dévastateur de 2010.

« Les gens envoyaient toujours des choses dans les véhicules, mais après le tremblement de terre, c'était plus », a déclaré E.Z. Vallon, un employé de Red Hook Shipping qui supervise le chargement des véhicules sur le bateau et aide à traduire pour M. Spano, qui ne parle que le créole de base. « C'était des choses dont ils avaient vraiment besoin. »

Michael Stamatis, président du Red Hook Container Terminal, a déclaré que c'est au pays qui importe les véhicules de leur permettre d'être chargés d'articles. « Dans d'autres véhicules que nous expédions en Afrique de l'Ouest », a-t-il dit, « ce n'est pas permis. » M. Stamatis croit que la politique d'Haïti découlait des « difficultés économiques liées aux catastrophes naturelles qui s'y sont produites ». 

Selon l’enquête datant de 2015 du Bureau de recensement (Census Bureau’s American Community Survey), près de 90 000 immigrants d'origine haïtienne vivent à New York. C’est l’une des plus grandes communautés haïtiennes à l'extérieur de Port-au-Prince, et après le tremblement de terre de 2010, la diaspora à travers la région a joué un rôle important dans la reconstruction du pays.

Pendant des années, Duperlo Nevil, qui vit à Irvington, dans le New Jersey, a économisé de l'argent de son travail en tant que chauffeur de camion pour envoyer des choses à sa sœur Junette. «La dernière chose que j'ai envoyée était des denrées alimentaires et des draps», a confié M. Nevil, qui achète de l'espace dans les véhicules des autres. En Haïti, M. Nevil a indiqué que sa sœur les avait récupérés au port. « Elle a aimé ça. Elle les a partagés avec sa familles. »

M. Spano facture à $1 500 pour l'expédition d'une S.U.V.; pour les gros véhicules à environ $150 par pied linéaire. Il se dit qu'il pourrait facturer davantage pour la cargaison supplémentaire qui est emballée à l'intérieur, mais il choisit de ne pas le faire.

« Laissez-les l'envoyer », lance M. Spano. « Laissez-les vivre. Ce que nous négligeons tous les jours, les poêles, les réfrigérateurs, c'est très précieux pour eux. »

Le poids n'est pas un problème sur les navires comme le Beauforce, qui peut contenir des milliers de tonnes, a-t-il expliqué. Ainsi, les clients sont libres de remplir les véhicules avec tout ce qui convient, ou de les attacher sur les toits, à condition que la marchandise elle-même ne viole pas les règlements douaniers.

« Si vous saviez combien je n'ai pas facturé, vous pourriez penser que je suis fou », indique M. Spano, qui se retrouve souvent à essayer de trouver de l'espace pour le canapé ou les cadeaux de la première communion avant de fermer l'écoutille.

M. Spano a trouvé sa vocation haïtienne, a-t-il dit, à travers un concours de circonstance. Élevé à Bay Ridge, Brooklyn, par des parents immigrés italiens, il a commencé dans l'industrie de la pizza. À la fin des années 1980, il avait abandonné ses pizzerias dans la banlieue du New Jersey et tenait un magasin de produits alimentaires à Newark lorsqu'il rencontra un Haïtien.

L'homme rendait visite au propriétaire d'un magasin de meubles où M. Spano passait ses après-midi à regarder la télévision. Je les entendais parler une autre langue. Je leur ai demandé: «De quoi parlez-vous?» L'homme lui a dit qu'il y avait une demande pour l'envoi de véhicules en Haïti: à cette époque, les Haïtiens devaient les transporter en camion vers la Floride. M. Spano lui a offert un emploi, avec l'idée de se développer dans le secteur maritime des Caraïbes. 

La première livraison de voitures n'a pas été un succès. « Je me suis anéanti, économiquement anéanti. Je ne savais pas ce que je faisais », a-t-il dit.

Puis, en 1991, un embargo international sur le commerce a été imposé à Haïti, paralysant les affaires. Anticipant la fin des sanctions, il a commencé à faire de la publicité sur les radios locales haïtiennes, et lorsque l'embargo a été levé en 1994, les affaires ont décollé.

M. Stamatis, le président du terminal, affirme que M. Spano avait été parmi les premiers dans la région à expédier des voitures en Haïti. « Beaucoup de gens l'ont copié. Ils ont essayé, ont échoué, sont partis. Ce n'est pas une affaire facile. »

Il y a eu quelques faux pas. Une fois, un navire a pris feu, brûlant les véhicules. « Je les ai encore livrés brûlés. Je me suis assis avec les gens et nous avons trouvé des arrangements », explique M. Spano. 

En 2006, Louis Spano et un complice ont été arrêtés après une tentative ratée de vol dans une banque du Queens, et il a purgé une peine d'un an, a-t-il dit. Les hommes ont essayé de percer un trou dans le toit de la banque pour atteindre la chambre forte - deux fois - mais ils ont été capturés. « J'ai changé ma vie », déclare Louis Spano. « J'ai fait un an et un jour. »

Depuis environ cinq ans, Louis Spano a repris ses activités et opère à partir de Red Hook. Là, les clients amènent des véhicules tous les jours de la semaine. Beaucoup sont des habitués qui envoient quelques véhicules d'occasion sur chaque navire, puis les vendent en Haïti. Certains véhicules ont des pneus crevés; d'autres sont plus amochés. M. Vallon, son employé, a déclaré: « Ils vont trouver quand même une manière de les utiliser. Vous pensez que quelque chose est comme une poubelle - ils vont lui donner une seconde vie. »

Ils vendent également l'espace précieux à l’intérieur des véhicules.

La semaine dernière, Pierre Bonner, d'East Flatbush, Brooklyn, était accroupi à l'arrière d'une camionnette de 20 pieds qu'il avait payée pour la remplir avec des choses. Autour du camion, des tonneaux prêts à être expédiés avec des noms et des adresses en Haïti, griffonnés dessus avec des crayons-feutres, des poubelles bourrées d'ustensiles de cuisine, une glacière pleine de cahiers, des jouets pour enfants. « Certaines de ces choses sont pour ma famille, la famille de ma femme », a-t-il dit. Le reste a été recueilli auprès d'étrangers.

La pile semblait faire environ deux fois la taille du camion. M. Bonner a entassé les choses, comme s'il s’agissait d’un puzzle qu'il avait assemblé et complété auparavant.

M. Vallon l’observait. « Quand il aura fini, rien ne restera dehors », a-t-il dit. « Tout sera dedans. »

De la même manière, M. Spano a emballé le Beauforce, chargeant 199 véhicules - pièces de cimenterie incluses - avec une seule grue, et en ne faisant qu’une heure supplémentaire.

Cette semaine, le navire atteindra Saint-Marc, un petit port situé non loin de Port-au-Prince. « Très petit », a déclaré Andrey Efimov, le capitaine du navire, qui vient de Russie. Il a estimé que le Beauforce faisait environ deux fois la longueur du quai. « Je pense que nous sommes le plus gros navire qui mouille dans ce port. »

M. Efimov a dit qu'il n'y avait pas de remorqueurs pour le guider, juste un petit bateau, et il doit le suivre de près; les eaux sont peu profondes, et il y a une barge submergée pour naviguer.

Quand ils atteignent la jetée à Saint-Marc, les gens grimpent à toute vitesse sur le navire. Les voleurs ne sont pas rares. Mais au milieu de la foule, M. Spano attendra. Il s'envole vers Haïti deux fois par mois, amenant parfois l'un de ses fils pour qu’il apprenne les ficelles du métier, pour qu’il surveille tous les navires déchargés.

On peut l'entendre crier en créole. 

M. Spano, qui expédie environ 4 800 camions remplis à ras bord par an, repousse les exigences inhabituelles de son entreprise.

« Quand vous êtes à Rome, faites comme les Romains, ... Il faut donc hurler avec les loups.»

Source : The New York Times  - Traduction Patrick ST Pre Le Nouvelliste



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