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Frantz Duval répond à Gessica Généus: « Où étiez-vous hier ? » « Où étiez-vous dimanche ? » « Où serez-vous demain ? »

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image Frantz Duval - Rédacteur en chef du Nouvelliste

Chers lecteurs, très chère Gessica,

Merci des réactions de tous ceux qui m’ont écrit pour féliciter, pour clarifier, pour contre-accuser, pour expliquer, pour dénoncer, pour s’offusquer après la publication de l’éditorial « Où étiez-vous dimanche ? ». Je suis autant que possible les débats qu’il provoque sur les réseaux sociaux et c’est une lettre postée sur Facebook qui me porte à réagir. Elle est de Gessica Généus.
Gessica, « Où étiez-vous dimanche ? » est la même question que celle posée à la fille à qui on a demandé (Maurice Sixto) «Kote w te ye, yè a 5è ? » Elle hésite. Elle cherche la réponse. En te lisant, j’ai vu que toi non plus, Gessica, tu ne peux pas répondre à la question « Où étiez-vous dimanche ? ». Alors tu passes à d’autres questions pour évacuer celle qui enquiquine.
Il y a cependant de tes argumentations qui demandent une réponse, Gessica. Je pense à toi et à d’autres, en écrivant ces lignes. À ceux qui ont encore un intérêt pour la chose publique en Haïti, pour le bien public.
Gessica, tu crois vraiment qu’en restant à attendre, la bonne heure sonnera un jour à ton horloge et que tu te lèveras, reconnaîtras les justes et tu te mettras à militer avec les meilleurs ?
Tu crois, ma chère Gessica, qu’il est mieux que tous les Haïtiens aient le pouce propre et la conscience tranquille, au lieu de mettre la main à la pâte et mille doutes en tête ? Tu crois vraiment dans les solutions magiques aux problèmes ?
Non, tu n’y crois pas. Tu sais bien propre que cela ne marche pas et c’est pourquoi mon édito te tourmente, Gessica. La question « Où étiez-vous dimanche ? » te tourmente, sinon tu n’aurais que tchuipe mon petit édito.
C’est bien que la question te tourmente. Un peu. Elle m’a aussi tourmenté avant que je ne publie le texte. Pourquoi me mettre à dos les 99% d’Haïtiens qui n’ont pas voté le dimanche 9 août 2015 ? Je me suis posé la question avant de me dire, il faut leur dire qu’ils font fausse route. Que personne ne gagne rien en renonçant.
Tu sais que tu es en train de reculer, de renoncer, d’abdiquer, Gessica ?
En posant la question « Ou étiez-vous dimanche ? », j’ai décidé de ne pas hurler avec les loups qui se sont réjouis de ne pas vous voir dans les rues dimanche, j’ai décidé de ne pas me résigner à rejoindre les abstentionnistes, les absentéistes, les « pito m pa la », les « m twò bèl pou m la ».
Car dimanche, il y a plusieurs catégories d’Haïtiens qui ne sont pas sortis voter. Chacun avait ses raisons. Je leur ai demandé où ils étaient car, depuis le vote de la Constitution, le 29 mars 1987, le nombre de ceux qui sortent voter diminue en Haïti. Cela m’inquiète. Les vieux, fatigués, dépités, bouke, s’éloignent de la politique, mais où sont les jeunes, où est la relève ?
Mais, Gessica, ma question va au-delà de dimanche ? Pourras-tu répondre si on te le demande : « Où étais-tu samedi ? », « Où étais-tu l’an dernier ? », « Où es-tu depuis tes dix-huit ans ? ».
Rassure-toi, peu d’Haïtiens peuvent répondre. De moins en moins d’Haïtiens peuvent répondre. Très peu seraient fiers de la réponse qu’ils peuvent avancer.
Qui était dans un parti politique ? Qui a été candidat ? Qui a milité dans les rangs de la société civile ? Qui a voté depuis 1987 ? Qui s’est battu pour une cause ? Qui s’est engagé ?
Je constate que tu n’as pas de candidat. Que tu ne sais pas lequel choisir. Que tu doutes des qualités de ceux qui le sont.
C’est bien de te poser des questions, Gessica.
Sais-tu que tu ne trouveras pas de réponse en te mettant à côté? Que tu ne pourras pas déterminer à l’avance qui sont les voleurs d’élections ? Détecter de loin les pilleurs d’espérance ? Encore moins que tu ne pourras pas ne pas les avoir dans ton univers, en leur laissant toute la place.
En posant ma question « Où étiez-vous dimanche ? », je ne te demande pas de participer, mais de ne pas renoncer sans une bonne raison. Même les abstentionnistes doivent revendiquer leur choix, à mon sens. Si la chose publique en Haïti et le bien public les intéressent encore.
Pour ce qui est des élections de dimanche, je ne les défends pas.
Je suis journaliste et éditorialiste. J'ai vu les irrégularités de dimanche. J'ai aussi vu les endroits où le vote a eu lieu. J’ai voté après avoir attendu qu’une bagarre s’arrête dans mon centre de vote.
J'ai aussi lu les rapports de mes collègues journalistes, une trentaine qui étaient un peu partout sur le terrain, dans 7 départements. J'ai lu ou entendu les rapports et protestations des observateurs et partis politiques. Il y a eu des problèmes et des irrégularités. Beaucoup.
Le CEP, la police, les observateurs, personne n'a dit toute la vérité. Une élection est un exercice partisan. Ceux qui dépensent diront que tout va bien, ceux qui perdent que tout va mal. Au milieu d'eux, il y a les coquins et les voleurs pour qui aussi tout va bien.
Comme personne intéressée à la vie publique en Haïti depuis plus de 30 ans, je suis pour les élections. Pour leur tenue. Mais je suis convaincu qu'il n'y aura pas, de mon vivant, d’élections parfaites en Haïti. J'ai le choix entre dire : ne faites plus d'élection en Haïti ou de trier le bon grain de l'ivraie à chaque élection.
Bien sûr, nous méritons mieux en termes d'élection, en termes de gouvernance, mais je te ferai remarquer, Gessica, que ce sont les Haïtiens, des Haïtiens qui ont mal organisé le scrutin de dimanche, qui ont causé les problèmes. Ce sont les Haïtiens, des Haïtiens qui ne sont pas sortis en grand nombre voter. Des Haïtiens qui étaient candidats. Des Haïtiens qui ont causé les violences. Ils seront les mêmes aux prochaines élections. La même clientèle. Les mêmes leaders. Il n'y aura pas de miracle.
Mais on peut améliorer le processus. À petits pas. Un problème à la fois. Chaque fois.
On peut aussi laisser les dérives s’installer en normes, aller de mal en pis dans la mauvaise direction, espérer que le mal tue le mal et ramasser la mise un jour ?
Quel est ton choix, Gessica ? Je te quitte sur cette question.
Cela dit, je me réjouis de cet échange et d’avoir allumé une petite flamme en toi et dans l’esprit de beaucoup d’autres. Ceux que j’ai énervés et ceux qui ont secoué la tête de dépit, d'étonnement ou de compréhension.
Dans l'attente, je ne me décourage pas de ce pays et, les yeux grands ouverts, je me demande chaque jour : « Où étais-je hier? » « Où serai-je demain ? ». je reste aussi convaincu qu'il n'y a pas de bonne option sans bonne action. Sans action.



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