Accueil | Opinion | Jean-Claude Duvalier : Entre funérailles privées, représentations et héritage

Jean-Claude Duvalier : Entre funérailles privées, représentations et héritage

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image Jean Claude Duvalier

Jean-Claude Duvalier n'a pas droit à des funérailles officielles, l'administration Martelly en a décidé ainsi suite à la vive polémique qu'a suscitée cette question. Des organisations à idéologie de gauche, des victimes du régime de Baby Doc et l'opposition politique se sont déchaînées contre le gouvernenement quand certains officiels annonçaient des funérailles nationales pour l'ancien dictateur. 

Malgré les évidences, le débat se poursuit autour des représentations dont on fait du pouvoir de Duvalier et de son héritage. 

Réprésentations autour du personnage-Jean-Claude Duvalier

Le décès de Jean-Claude Duvalier, dû à un arrêt cardiaque, survenu le samedi 4 octobre tôt dans la matinée a entrainé des réactions divergentes en Haïti et dans le reste du monde.  Ses fanatiques et admirateurs sont agonisés par le départ éternel de leur symbole emblématique, mais les familles de ceux et celles, qui ont été victimes durant ses 15 ans au pouvoir, regrettent qu’il n’ait pas eu le temps de répondre aux questions de la justice et payer pour les torts infligés à ses opposants d’antan.

Des voix se sont élevées, tant en Haïti qu’à l’étranger, contre toute l'idée d'offrir à Jean-Claude Duvalier des funérailles dignes d'un ancien chef d'état. Question de sympatiser avec les victimes du régime totalitaire. Face à ce constat, il y a lieu de relater des faits que personne ne peut changer.  Jean-Claude Duvalier reste et demeure populaire au sein de la société haïtienne, d'autant que les jeunes - dans la vingtaine et ceux qui abordent la trentaine - ne savent pas assez des atrocités commises sous son règne. Il est un fils du pays et il était président pendant 15 ans, et le plus jeune dans toute l’histoire d’Haïti. Beaucoup des victimes de son pouvoir lui ont pardonné, mais d'autres voulaient toujours son jugement. Mais personne n'osait croire que cela allait se faire sur un pouvoir à tendance idéologique de droite, taxé de néoduvaliériste. D'ailleurs, depuis le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, Joseph Michel Martely est le seul président issu de la droite à être élu démocratiquement. 

En tant que féroce dictateur,  tout le monde a tendance à dire que Jean-Claude Duvalier ne mérite pas de funérailles officielles. Mais quand on se rappelle qu'il figure sur la liste des présidents du pays, on se demandera : quelles funérailles lui l'offrir, au regard du protocole républicain ? Aussi, faut-il se poser la question de savoir si Jean-Claude Duvalier n'a rien laissé au pays comme patrimoine? A -t-il été tout simplement un dictateur? Son pouvoir n'a-t-il rien apporté de bon au pays? N'a-t-il eu aucune vision progressiste ? En quoi a-t-il marqué l'imaginaire social et politique des haïtiens? En dehors des émotions, quel serait le symbolisme des funérailles officielles à Jean-Claude Duvalier? En quoi ces dites funérailles officielles auraient empêché la justice de procéder à son jugement? Outre ce questionnement serein, d'aucuns s'interrogent sur les conséquences politiques de la décision de laisser partir Baby Doc comme un citoyen ordinaire. N'est-ce pas là un mauvais précécent dans la perspective d'un dialogue social et d'unité nationale?

Un mauvais précédent

Au regard de la tradition politique haitienne fortement caractérisée par la revanche, le déchoucage de l'adversaire et les chasses aux sorcières, les esprits prévoyants s'alarment déja, voyant commencer un nouveau conflit. Le décès de Duvalier coïncide avec des poursuites, justifiées ou non, contre l'ancien président Jean Bertrand Aristide. Dans ce cas, chaque haïtien a un devoir moral de se demander s'il y a un président à ne pas avoir commis de torts au pays pendant les trente dernières années de l'après Duvalier. Lequel de nos derniers présidents ne traine pas derrière lui des reproches? On dit de Lesly François Manigat qu'il accédé au pouvoir sur le sang du massacre de la Ruelle Vaillant et, en dehors de la grande admiration que lui valait son bel esprit, il est resté un homme politique controversé. On n'hésitait, pourtant, pas à lui accorder des funérailles nationales. Alors, pourquoi pas à Jean-Claude Duvalier?

Autant que les autorités évitent de blesser les victimes du régime de Baby Doc, autant qu'elles giflent ses admirateurs qui sont également des fils du pays et qui ne doivent pas être stigmatisés pour leurs positions politiques ou idéologiques.

Que se passera-t- il à l'avenir si cette polémique, soulevée autour de la nature des funérailles à organiser pour un ancien chef d'état (dictateur ou apprenti dictateur), se poursuit?

Autour de l'héritage de Jean-Claude Duvalier

En dehors des  faits reprochés à Jean-Claude Duvalier durant ses 15 ans au pouvoirs comme mauvais héritage, il a laissé le pays avec des souvenirs positifs inoubliables. Loin de vanter son régime, la comparaison des indicateurs, entre les années des Duvalier au pouvoir et la période d'après, montre en plusieurs points que son administration paraissait meilleure.

Aujourd'hui, la formation académique en Haïti est à son niveau le plus bas, les derniers résultats du bacccalauréat de juillet en témoignent grandement. Quant à la sécurité publique, l'état est comme inexistant. Les indices économiques actuels montrent que le pays n'a pas connu de développement ordonné après 1986.  Haïti ne dépendait pas totalement de l'aide internationale et ne vivait pas non plus de l'importation à outrance qui ne fait que dégrader son économie. En matière de téléphonie, le pays représentait le géant de la Caraïbe. Avant le départ de Jean-Claude Duvalier, Haïti n'était pas aussi pauvre. Les indicateurs de développement de l'ONU peuvent confirmer cette vérité. Cela signifie que le pays a dégringolé pendant les 25 ans d'exil de Jean-Claude Duvalier. On lui a malheureusement donné raison de demander: "Qu'avez vous fait de mon pays?"
 
Dans l’ensemble, Jean-Claude Duvalier se distingue de plusieurs de ses successeurs sur la manière d’accéder au pouvoir. Mais certains de ces derniers l'auraient rivalisé en pratiques dictatoriales, si le contexte international n'était pas celui qu'on connait aujourd'hui. Il était un dictateur et on s'en souviendra toujours. Mais cela ne devait pas faire oublier les services rendus à la nation. Car beaucoup se demandent pourquoi les hommes et femme (s), succédés au pouvoir après son départ, n'ont pas pu moderniser et aménager le pays sur les plans physique, économique, social, politique et culturel.

Par Jocelyn Jean Source:haitiactualites.com
[email protected]



Audionow:
Etats Unis: 641.552.5200 T-Mobile/MetroPCS: 360.398.4333 Canada: 438.795.4395 514.900.6012 Bresil 021 40 42 11 31 France: 01.90.14.14.75 Republique Dominicaine 849.936.7140 Mexique 08.99.27.46.700
Studio: 718) 355-9853 / (718) 303-2551 / (509) 2813-9450 / (509) 2813-9452 / (509) 2813-9456 Adresse: 45, Rue Chavannes Port au Prince, Haiti
Email: radiocaraibesfm<at>yahoo.fr
Tél: (509)4300-4300 / 3701-4300
WhatsApp: (509) 3701-4300

-->
Notes
Pas de note pour cet article
Estimez cet article
2.20