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Un nouveau pouvoir en Haiti, une nouvelle approche économique : les défis à relever

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image Jovenel Moise - 58eme Président d'Haiti

Le 7 février 2017, Jovenel Moïse est devenu le 58ème Président de la République d’Haïti. Sorti d’un processus électoral compliqué et ayant été hautement éprouvé dans son cheminement vers la magistrature suprême, le nouveau Président hérite d’un pays qui est en lui-même un défi dans ses compartiments politique, social et économique.  Mais c’est surtout le dernier compartiment qui  interpelle le GEDH en raison de ses intérêts dans la question de croissance et de développement économique. Une économie engluée par la politique résistante des forces du milieu haïtien qui régissent la tendance au dépérissement du pays. Cette économie doit toutefois se frayer un chemin pour renaitre de ses cendres et imposer une nouvelle cadence à la société haïtienne, une cadence de progrès économique et social.

Une stagnation qui a trop duré

Le défi est de taille.  La situation économique héritée par le Président Jovenel Moïse est un entassement de 26 années de stagnation et de dégradation de la vie socio-économique du citoyen. Quelques indicateurs clés peuvent éclairer ceux-là qui ne sont pas trop habitués avec la littérature économique haïtienne. Pour faciliter l’appréciation, il est opportun de les comparer avec ceux du voisin de l’Est, la République Dominicaine.

Indicateur à surveiller Haiti République Dominicaine
  2009 2016 2009 2016
Population en milion d'habitants 9.76 10.85 9.9 10.4
Le taux de change gdes/$/Haiti;Peso/$RD 41.77 65.5 35.9 46.09
Importation (Milliard US $) 2.03 3.223 14.4 17
Exportation (Milliard US $) 0.551 1.05 6.16 10.7
Taux de chomage (mal défini ) 40% 50% 13.9% 14.1%
Informalisation 90% 95%   35%
PIB (milliards de dollars) 6.6 8.76 47.89 68
Taux de Croissance cumulée   11.7%   34.20%
PIB per capita ($US) 6774.3 727.8 4845 5946

L’évolution de certains indicateurs au cours des sept dernières années montre que l’économie haïtienne fait du surplace et n’est pas tout prêt de sortir de sa léthargie. Ceci se comprend plus facilement en comparant certaines variables clé des deux économies.  Durant la période 2009-2016, le PIB d’Haïti a cumulé une croissance de 11.7%, soit une moyenne de 1.7% par année alors que la République Dominicaine s’en est sorti avec 4.9%  par année pour un total de 34.2% sur la même période. On comprend dès lors que le produit intérieur brut per capita va être tout aussi maigre avec 674.3 dollars par tête face à une augmentation 1.1 millions d’habitants en sept ans, tandis que le voisin dominicain a ajouté seulement 500 mille habitants sur son total de 2009, ce qui lui a donné droit à une augmentation de 1 101 dollars en termes réels par tête d’habitant sur la période. Pour sa part, Haïti n’a pas pu faire mieux que 53.5 dollars par tête de 2009 à 2016, soit une moyenne de 7.6 dollars par année contre 220.2 par tête par année pour le voisin de l’Est. C’est un progrès misérable et paupérisant.

En fait, l’évolution du taux de change dit tout sur l’économie haïtienne. En raison de son abandon de sa parité de 5 gourdes pour un dollar qui s’était révélée insoutenable dès la fin des années 1980, les autorités économiques et monétaires ambitionnaient de maintenir un taux jugé raisonnable de 40 gourdes  pour un dollar au cours de la décennie 2000-2010. Les activités économiques n’ont pas pu dans la réalité soutenir cet objectif et, en 2009, le taux de change avait déjà crevé ce plafond pour dégringoler jusqu’à 65 gourdes en septembre 2016, alors que l’économie du voisin soutient encore son taux de change passé de 39 à 46 pesos pour un dollar de 2009 à 2016 (les deux monnaies haïtiennes et dominicaines étaient pratiquement à parité en 2009 avec de légères fluctuations quotidiennes l’une par rapport à l’autre).

Quant au commerce extérieur d’Haïti, notamment  le niveau de ses importations et de ses exportations, c’est un rapport trois pour un qui caractérise ces deux variables avec 3.05 milliards pour l’un et 1.105  milliards pour l’autre débouchant sur un déficit commercial de plus de  2 milliards de dollars, imputable surtout à l’augmentation de la consommation alimentaire que les 1.1 million d’habitants ont tiré à la hausse et qui est satisfaire seulement par les importations. Malgré une certaine augmentation des exportations entre 2009 et 2016, le déséquilibre  s’est poursuivi de 3.68 pour un à 3.07 pour sur la période. Le dilemme c’est bien moins le déficit que la cause de celui-ci. Le pays n’arrive pas à se nourrir ni mettre suffisamment d’autres produits sur le marché international pour payer sa facture alimentaire. On verra bien une prochaine fois comment tout cela finit par se résoudre.

Les secteurs stratégiques porteurs de croissance

C’est cette économie malade que le Président Jovenel Moïse doit redresser en 5 ans.   Et la tâche ne sera évidemment pas facile. Il faut cependant définir les objectifs et fixés les ambitions. Jovenel Moïse doit parvenir au doublement du Produit intérieur brut qu’il hérite au 7 février 2017 pour emprunter le chemin de l’accumulation de la richesse, ce qui renvoie à faire passer les 8.76 milliards du PIB au moins à 17.4 milliards et prétendre avoir décollé l’économie du pays en 2022. Une performance qui se traduit par un taux de croissance de 14% par année. Ce qui est en fait atteignable s’il parvient à mettre le pays en chantier. Atteindre cet objectif cependant implique que le nouveau pouvoir agisse vigoureusement sur quatre axes de croissance économique susceptibles de mettre le pays au travail.  

Croissance économique des deux dernières années

  Croissance économie des deux dernières et les objectifs à viser par le pouvoir de Jovenel Moïse

Axe de croissance Economique 2014- 2015 2015-2016 Objectif annuel 2017-2022
Secteur Agricole -5.44% 3.03% 7.00%
Industrie Manufacturière 4.56% 1.43% 25.00%
Batiments et Travaux Publics 2.27% 0.18% 20.00%
Commerce, restaurants et Hotels 2.75% 0.74% 10.00%
Autres activités 1.85% 1.60% 8.00%
Croissance 1.20% 1.40% 14.00%

Ces quatre axes forment des champs d’activités où toute intervention produira des impacts dans l’immédiat et contribuera à créer un dynamisme exceptionnel non encore vu dans le pays depuis des décennies.

Le secteur le plus fragile est en fait le secteur agricole. Mais il commande toutefois une attention soutenue  car il devra faire l’objet d’une politique visant la sécurité à court terme et l’autosuffisance alimentaire  à moyen terme et en même temps d’une stratégie axée sur l’augmentation dramatique de la productivité du travail et du rendement agricole. Ce qui signifie la  réorientation de la plus forte partie du travail agricole vers la transformation agro-alimentaire en vue d’alléger la pression sur les terres cultivables que constituent les 50% de la force de travail que celles-ci absorbent. La fragilité du secteur doit pourtant être gérée de manière à garantir au moins 7% de croissance par année, bon an mal an, impliquant sa mécanisation soutenue pour neutraliser les aléas climatiques  incontrôlables qui désarçonnent trop souvent la production agricole. Des choix intelligents, raisonnés et stratégiques peuvent guider le secteur dans sa recherche de solvabilité.  

Par contre l’industrie manufacturière est certainement le champs d’activité le plus prometteur. Au-delà  des possibilités offertes par les exportations  de ses produits vers des marchés qui lui sont déjà accessibles, cette industrie doit faire l’objet de rapatriement de la demande effective locale qui aujourd’hui est expatriée vers les pays de la région. La consommation locale des produits manufacturés doit faire l’objet d’une politique intégrant la promotion des petites industries légères locales  que produiront les petits et moyens entrepreneurs locaux appuyés par un système de financement agressif et contrôlé. Cette approche seule, une fois mise en place, deviendra un point d’appui solide à l’économie et à sa croissance par l’emploi qui sera créé, les revenus qui seront générés à la fois pour la population et pour l’Etat, la baisse de la pression sur la monnaie locale qui résultera, la croissance qui s’en suivra au bout de la ligne.  Pour le GEDH, c’est la porte de salut de l’économie et si l’on parvient à cibler et atteindre un taux de croissance 25% par année pour la petite industrie locale qui assurerait la viabilité économique dans les 1970.  

L’autre axe stratégique important touche le secteur des infrastructures et des bâtiments. C’est en fait celui qui apporte une solution complète car en mettant le pays en construction il crée les emplois à court terme tout en jetant la base de la productivité de l’économie à moyen et long termes. Sa fragilité découle cependant de sa dépendance de l’investissement étranger venant soit sous forme de l’aide publique au développement disponible chez  les institutions internationales ayant leurs propres conditionnalités ou de l’investissement international privé qui évolue seulement dans un climat politique serein que les hommes politiques haïtiens ne semblent pas prêts à créer. Si le pari de la sérénité est gagné, ce secteur est à lui seul capable d’assurer la prospérité avec un taux de croissance de plus 20% l’an. On parle ici de la construction des ports, des aéroports, des routes, des voies ferrées, des bâtiments d’administration publique à travers le pays.  En ce sens, le gouvernement de Moïse se voit devant l’obligation d’être un génie politique en mesure de créer cet environnement inspirant confiance localement et internationalement.

 L’autre secteur porteur sur lequel le gouvernement peut avoir un levier important est celui des activités commerciales et touristiques. Déjà, depuis plusieurs décennies le commerce occupe plus de 50% du produit intérieur brut d’Haïti. Mais les activités touristiques, en déclin depuis ces 30 dernières années, avaient montré quelques signes de reprise à partir de 2013. Une politique agressive placée dans le cadre d’un environnement assaini et un climat politique stable contribueront à créer les conditions de valorisation des ressources touristiques du pays. Ce secteur dans une large mesure marchera main dans la main avec celui des bâtiments et travaux publics sur le plan de l’attractivité. Le plus stable est le pays politiquement, le plus de touristes visiteront les hauts lieux historiques d’Haïti et ses plages réputées de niveau mondial.

Le défi financier

Ces chiffres du tableau des objectifs peuvent apparaitre mirobolants. Placés dans un contexte économique où tout est à faire, ils sont pour le moins modeste car le moindre progrès peut se traduire par une croissance de 100%  du secteur touché. Ce point est pour rappeler le tollé que ce tableau peut soulever par tout un chacun et particulière par ceux-là qui sont habitués au zéro progrès et aux éternelles programmes de lutte contre la pauvreté.  Cette lutte est maintenant à faire pour accumuler la richesse.

La principale question demeure cependant elle se rapporte au financement des investissements porteurs de croissance car on sait que Haïti n’a pas un secteur financier articulé avec l’ensemble de l’économie.   La réorganisation de ce secteur en le mettant au service du progrès économique est le principal souci qui doit traverser l’intelligence économique du pays. L’accumulation de la richesse par tous les haïtiens se trouve aujourd’hui heurtée au goulot d’étranglement  que représente la désarticulation de ce secteur qui est dominé par les banques mal orientées et subventionnées. Pour autant qu’il y a eu des progrès au niveau de la  bancarisation du pays enregistrée au cours des 20 dernières années, un pas positif nécessaire au développement économique, pour autant qu’il devient impératif que le prochain pas soit franchi pour aller de l’avant. La mise en place de banques de développement dans le pays ne peut plus attendre s’il faut s’attaquer au développement économique et une politique de la Banque Centrale qui vise à soutenir la politique économique ( quand il y en a une, bien entendu) à partir des instruments viables a  trop souffert.  Les banques de l’Etat ne doivent plus être des centres d’influences mais devenir des banques populaires mises au service de la production et de la croissance de l’économie.

En fait,  à côté du grand défi politique que le Président Moïse doit relever, la réforme du secteur financier est pour le GEDH l’autre défi majeur considéré comme autrement plus important qu’entreprendre les activités elles-mêmes : l’argent étant le nerf de la guerre. 

Groupe Econimique pour le Développement d'Haïti




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