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Garry Conille : « Une nation se sauve, elle ne se venge pas. »

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Comment vous sentez-vous au Burundi?

Le Burundi ressemble beaucoup à Haïti, mon pays d’origine. Son panorama mouvementé, couvert de montagnes et de collines verdoyantes, me rappelle en tous points ma terre natale. Le peuple du Burundi affiche un sens chaleureux de la bienvenue et de l’hospitalité. Ici, j’ai été bien reçu et je me sens chez moi. Je ferais tout pour rendre à ce peuple admirable l’accueil de chaleur humaine qu’il m’a réservé.

Quelles sont les missions d’un coordonnateur résident du système des NU dans un pays?

Ma mission essentielle consiste non seulement à coordonner les activités des diverses agences des Nations Unies, mais encore à assurer une jonction ordonnée et fructueuse avec les autres acteurs opérant au pays (bailleurs, ONG, etc.).

Cette action double et concomitante doit se développer tant au niveau des axes programmatiques qu’humanitaires, avec un souci permanent de bien faire la liaison entre les deux. Naturellement, cette préoccupation serait vaine et illusoire si je négligeais l’une de mes responsabilités fondamentales, celle qui renvoie à la question primordiale de consolidation de la paix au pays. En dehors de ces tâches d’ordre externe, je suis chargé de veiller à la sécurité de l’ensemble du personnel et des équipements des Nations Unies.

Pour le bon accomplissement de mes fonctions aussi multiples que contraignantes, je suis assisté d’un office : le bureau du Coordinateur résident. Celui-ci s’assure que les différentes structures nécessaires au suivi des activités des Nations Unies fonctionnent convenablement et à plein rendement tant au niveau stratégique (avec les chefs d’agences) qu’au niveau technique.

En quoi diffère-t-il du représentant du Secrétaire général des NU?

En fait, nous avons des champs de compétences et d‘actions très différents. Certes, tout comme l’Envoyé spécial, je représente le Secrétaire général des NU à mon titre de Coordonnateur résident. Mais, le rôle de l’Envoyé spécial est de nature politique. Il travaille en correspondance et en concordance avec le Département des Affaires politiques à New York. Ma responsabilité est plutôt d’ordre programmatique et concerne essentiellement la mise en oeuvre du Plan Cadre de partenariat des Nations Unies pour le Burundi. Bien entendu, dans ce rôle, nous développons constamment des interactions avec le monde politique, et nous sommes amenés à travailler très étroitement avec les autorités nationales dans la poursuite des objectifs de développement durable et le plan d’action humanitaire. Mon rôle exige que je sois au courant des affaires politiques du pays….sans pour autant m’impliquer dans la politique active !

Vous êtes aussi Représentant résident du PNUD, n’est-ce pas un cumul de fonctions ?

Je suis, en effet, accrédité en tant que Représentant résident du PNUD au Burundi. Ce titre ne couvre à la vérité qu’un rôle de représentation sans attribution directe sur la marche des choses. Justement, pour éviter tout conflit d’intérêt ou dénier toute perception de cumul des fonctions, la gestion programmatique et opérationnelle du PNUD est assurée au quotidien par le Directeur pays, supporté dans sa tâche par un adjoint. A cet égard, pour lui permettre d’exercer pleinement sa fonction, le Directeur pays bénéficie d’une délégation d’autorité très large. C’est le Directeur pays du PNUD qui, par exemple, représente le PNUD dans toutes les réunions de coordination avec les autres agences. Mon rôle et mon souci primordial, lorsque par exemple je préside une réunion avec les chefs d’agences des NU, m’interdisent d’interférer dans les positions que le Directeur pays peut prendre et qu’il assume lui-même en totalité. Je pense que cette distribution des tâches, responsabilités et fonctions marche bien au Burundi. Nous n’avons jamais eu de problèmes à ce sujet.

Quelle est votre appréciation sur la situation socio-politique qui prévaut au Burundi ?

Je vois, à la fois, des préoccupations importantes et de grandes opportunités. Le Burundi se trouve encore une fois à un tournant important de son histoire, et les décisions qui seront prises dans les prochains mois seront déterminantes pour son avenir. Un relâchement de la situation sécuritaire, une aggravation de la situation des droits de l’Homme, un ralentissement des activités économiques, une recrudescence des actes de violence sont certainement des préoccupations constantes, nécessitant une vigilance continue et un engagement sans relâche de toutes les forces vives de la nation.

Mais, parallèlement, le peuple burundais a déjà montré au monde entier la qualité inaltérable de sa résilience et capacité de dépassement à toute épreuve. Ce sont là des vertus qui lui ont permis, dans le passé, d’émerger favorablement des situations les plus difficiles. Mes discussions récentes avec les secteurs-clés de la société laissent percer une volonté grandissante et quasi invincible des différents protagonistes de placer l’intérêt du Burundi au-dessus de tout. Cette posture nous inspire le plus grand respect pour ce peuple et ouvre de grandes avenues d’espérance sur le futur. De plus, depuis mon arrivée à Bujumbura, j’ai eu la fortune d’être chaleureusement reçu par des familles burundaises d’orientations politiques diverses ; j’ai participé à toutes sortes de cérémonies civiles comme les mariages, les levées de deuils, etc. Et ce qui frappe tout de suite et qui doit être retenu comme la donnée fondamentale de l’équation nationale du Burundi, c’est qu’il y a beaucoup plus de choses qui unissent les Burundais que de choses qui les divisent. Les liens sont trop puissants pour être durablement écartelés ou rompus par quelque conflit que ce soit…

Comment sont, actuellement, les relations entre les Nations Unies et le Burundi?

Les Nations Unies apprécient hautement les bonnes dispositions du Burundi à accueillir les réfugiés de la région, ainsi que sa contribution significative aux missions internationales de maintien de la paix. Dans leur ensemble, les agences de l’ONU dans le pays entretiennent de bonnes relations avec leurs partenaires burundais et continuent de travailler efficacement avec le Gouvernement pour appuyer le développement du pays et répondre à ses besoins humanitaires et socio-économiques. Le cas regrettable aura été la suspension en octobre 2016 de la coopération entre le gouvernement du Burundi et le Bureau du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme au Burundi, (OHCDH-Burundi), à la suite de la publication du rapport final de l’Enquête indépendante des Nations Unies sur le Burundi (EINUB). Depuis début 2017, l’OHCDH garde le contact avec les autorités burundaises en vue de renouer les liens d’une coopération efficiente et fructueuse, de finaliser notamment un nouvel accord hôte. L’OHCDH espère obtenir bientôt un résultat probant de manière à relancer une reprise intégrale des activités et de la coopération avec le Burundi. Des progrès ont d’ailleurs été notés lors des récentes discussions avec une mission du siège de l’OHCDH à Genève.

Le rapport de la Commission d’enquête indépendante des NU sur le Burundi conclut qu’il y a eu des crimes contre l’humanité depuis 2015. Est-ce votre lecture?

Je pense qu’il est important de rappeler que le terme « droit de l’homme » est mentionné à plusieurs fois dans la Charte fondatrice des Nations Unies, faisant de la promotion et de la protection des droits de l’homme un objectif primordial et un principe directeur de l’Organisation. C’est d’ailleurs dans cette optique que l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, avait lancé, en 2013, L’initiative « Les droits humains avant tout » (HRuF), avec pour objectif de porter le Système des Nations Unies à prendre des mesures rapides et efficaces pour prévenir ou combattre les violations en masse des droits de l’homme ou du droit international humanitaire. La protection des droits de l’homme est donc centrale au travail de l’équipe Pays au Burundi, que ce soit au niveau de ces actions culturelles, politiques ou opérationnelles. On le voit tous les jours avec le travail que fait l’UNICEF pour la protection de l’Enfant, FNUAP et ONUFEMME pour la protection des femmes, UNHCR pour la protection des réfugiés, L’ONUSIDA pour la protection des personnes vivant avec le VIH, le PAM, la FAO et le PNUD dans ces différents programmes de plaidoyer et de prévention, sans oublier le travail de l’UNESCO, de l’OIM, du FIDA, de l’OMS de OCHA et j’en passe .

Pourriez-vous commenter ce rapport ?

Il ne nous appartient pas de commenter le rapport de la Commission d’enquête indépendante établi par la résolution 33/24 du Conseil des Droits de l’Homme le 30 septembre 2016. Comme vous avez dû le suivre, ce rapport a été la base d’un dialogue interactif dans le cadre de la 36e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme, le 19 septembre passé à Genève. Il revient cependant aux agences onusiennes dans le pays de documenter les violations d’où qu’elle vienne, d’appuyer le renforcement des institutions responsables de la protections des droits de l’homme, de saluer les progrès et de relever les défis, y compris sur le plan sécuritaire et sur la situation des droits. Le rapport de la Commission d’enquête pourrait être pris en compte dans une telle évaluation. En outre, l’ensemble du Système des Nations Unies œuvrant au Burundi se tient à la disposition des autorités burundaises pour mettre en œuvre les recommandations issues de ce rapport, comme elles le font déjà pour les rapports des autres organes des Nations Unies. L’objectif est de contribuer à l’amélioration de la situation des droits de l’homme au Burundi. C’est un travail continu et qui nous concerne tous en tant que partenaires.

Le 13 septembre passé, nous avons appris que les locaux de l’Office du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme auraient été attaqués par des hommes armés. Pensez-vous que cela est lié à la publication du rapport de la Commission d’enquête sur le Burundi ?

En effet, dans la nuit du 12 au 13 septembre 2017, un groupe d’individus non identifiés dont un portant une arme est entré dans les locaux du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme à Bujumbura. Cet incident est inacceptable et regrettable, quels qu’en soient le mobile ou les auteurs. Nous avons partagé nos vives préoccupations pour la sécurité de notre personnel des Nations Unies et de nos locaux auprès des hautes autorités burundaises qui ont réagi promptement. Une plainte a été déposée le même jour et une enquête judiciaire suit son cours. C’est à son terme que nous connaîtrons les auteurs et les mobiles de cet acte inadmissible. J’en profite pour mettre l’emphase sur la qualité et les mérites de la mission des agences des Nations Unies au Burundi, y compris l’Office du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme qui œuvre aux côtés des autorités et du peuple burundais depuis plus de 20 ans.

Cet Office, avec un dévouement inlassable, contribue à la concrétisation des aspirations de tous les Burundais à la paix et à la sécurité, au développement et au respect des droits de l’homme. L’impact de notre travail dans ces trois piliers de la Charte des Nations Unies est visible et tangible sur le terrain en ce qui concerne globalement les droits humains, aussi bien civils et politiques qu’économiques, sociaux et culturels, et tout autant dans le domaine de l’humanitaire et du développement. Nous restons déterminés à poursuivre ces efforts. Nous comptons sur la bonne collaboration de tous pour faciliter l’exécution du mandat de chaque agence.

Le HCR est accusé de gonfler le chiffre des réfugiés burundais et de ne pas faciliter leur retour. Votre commentaire…

Le HCR travaille étroitement et coopère avec les gouvernements dans le pays d’asile comme dans les pays d’origine. Il est de la responsabilité première des États de recevoir et de protéger les réfugiés, et aussi de leur fournir l’assistance dont ils ont tant besoin.

L’enregistrement des demandeurs d’asile et des réfugiés est un préalable incontournable pour leur protection. Il appartient au Gouvernement de décider qui accepter comme réfugié. Le HCR n’intervient que pour fournir l’assistance technique et l’expertise. La procédure d’enregistrement des réfugiés burundais est en cours, y compris l’enregistrement biométrique.

Dans ce sens, chaque numéro identifie une personne reconnue comme telle par les pays d’asile. Les statistiques fournies par le HCR émanent des gouvernements d’accueil. Cependant, le HCR, en collaboration avec les gouvernements, entreprend régulièrement la vérification de tous les réfugiés. Cet exercice est planifié aussi pour les réfugiés burundais.

Le HCR préconise les solutions durables pour les réfugiés. Dans beaucoup de cas, le rapatriement volontaire constitue l’une des solutions durables prônées par le HCR, quand les conditions le permettent. Actuellement, le HCR en Tanzanie et au Burundi favorisent le retour volontaire des réfugiés. On attend le retour d’environ 12 000 Burundais ayant exprimé le souhait de retourner au pays. Les gouvernements des deux pays sont impliqués.

Quels sont les domaines d’intervention du PNUD au Burundi ?

Le PNUD travaille principalement dans trois domaines d’intervention ou piliers : La Gouvernance et l’État de droit ; le développement durable et la création d’emplois, avec comme corollaire les aspects environnementaux et de résilience communautaire qui leur sont liés ; Les politiques et stratégies avec un soutien appuyé à la promotion des Objectifs de développement durable et de l’Agenda 2030 (du développement durable).

Concrètement, comment le PNUD appuie-t-il la population burundaise ?

Le PNUD a appuyé la création d’emplois durables, surtout au profit des populations dites vulnérables, notamment en octroyant des microcrédits pour la création de micro-entreprises ou de coopératives déployant des activités génératrices de revenus. Ainsi, 411 emplois permanents, dont 50 % occupés par des femmes, et près de 17 000 emplois temporaires ont ainsi été créés sur les 2 dernières années. Le PNUD, avec d’autres partenaires des NU, est aussi engagé dans des projets de consolidation de la paix, prêchant et stimulant la cohésion sociale dans l’univers des jeunes touchés par les conflits, avec, ici, 3 provinces cibles ( Bujumbura Mairie, Bujumbura Rural et Bururi). Les solutions durables pour les rapatriés sont aussi au cœur du mandat du PNUD en collaboration avec le HCR.

Le PNUD appuie aussi des programmes visant la préservation de l’environnement, la biodiversité et l’adaptation aux changements climatiques, en partenariat avec le FEM (Fonds pour l’environnement mondial) et le gouvernement. Ces programmes ont permis la culture en serres et la plantation de 1 620 000 arbres forestiers pour rétablir les forêts et la flore des aires protégées, et l’octroi de plus de 900 chèvres permettant aux familles bénéficiaires de mener des activités génératrices de revenus.

En matière de Bonne Gouvernance et d’État de droit, le PNUD appuie le système judiciaire burundais pour améliorer l’accès au droit et à la justice pour tous les citoyens et citoyennes, pour promouvoir le renforcement de la chaîne pénale, pour soutenir la lutte contre les violences basées sur le genre, etc. Afin de réduire le nombre et la durée des détentions préventives, le PNUD participe périodiquement à des inspections de cachots ; il aide également à la prise de jugements rapides, ainsi qu’à leur exécution. Le PNUD œuvre aussi pour rapprocher l’administration publique des citoyens, notamment avec la décentralisation de Guichets administratifs Uniques Provinciaux, dont le lancement se fera à Ngozi le 12 octobre prochain.

Finalement, le Burundi a engagé avec l’appui du PNUD le processus de contextualisation et de priorisation des ODD dont le Rapport National a été adopté en Juillet 2017.

Un message particulier envers le gouvernement burundais et l’opposition?

Je dirais avec Danton : « Qu’une nation se sauve, elle ne se venge pas. »



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