Grange : La pétition jamaïcaine pour les réparations n’inclut pas de demande financière

La ministre jamaïcaine de la Culture, Olivia Grange, a tenté de dissiper ce qu’elle décrit comme des informations erronées entourant la pétition historique du pays en matière de réparations adressée au roi Charles III, en confirmant que le document a été déposé officiellement par les canaux requis lundi.

Grange a abordé ce sujet mercredi lors d’une réunion avec des membres de la diaspora jamaïcaine au National Windrush Museum au Royaume-Uni, deux jours seulement après le dépôt de la pétition.

« Je vous informe aujourd’hui que notre pétition a été déposée de manière fluide et réussie ce lundi », a déclaré Grange.

La pétition invite le Roi à renvoyer trois questions juridiques clés entourant l’esclavage et les réparations au Judicial Committee of the Privy Council pour détermination.

Parmi elles figure la question de savoir si l’esclavage transatlantique, tel qu’il était pratiqué en Jamaïque, était un jour licite en droit anglais ou s’il violait les principes fondamentaux du droit coutumier et les lois adoptées par le Parlement de Westminster.

La pétition cherche également à obtenir une détermination sur le fait que le transport forcé et l’asservissement des Africains ont enfreint des obligations juridiques internationales, y compris des interdictions relatives à l’esclavage, à la torture, à la discrimination raciale et aux crimes contre l’humanité.

Une troisième question interroge sur l’obligation juridique du Royaume‑Uni de fournir une réparation aux Jamaïcains en tant que descendants d’esclaves et en tant que société qui continue de ressentir les effets de l’esclavage.

Grange a insisté sur le fait que la pétition a été déposée auprès du roi malgré les critiques selon lesquelles elle n’avait pas remis personnellement le document au monarque.

« Le Gouvernement, agissant par l’intermédiaire du Gouverneur Général, est resté en contact avec le Palais au sujet du dépôt de la pétition », a-t-elle déclaré. « Le Palais nous a donné des directives sur la manière de déposer la pétition. Nous avons suivi le processus. »

Elle a précisé que le processus prescrit ne nécessitait pas que la pétition soit présentée physiquement au roi Charles.

Selon Grange, la délégation jamaïcaine avait sollicité une entrevue de courtoisie avec le monarque pour coïncider avec le dépôt, mais Buckingham Palace a informé que le roi serait à Balmoral.

Le gouvernement a également collaboré avec des membres de la diaspora jamaïcaine, y compris la génération Windrush et leurs descendants, pour organiser des activités au Royaume‑Uni visant à sensibiliser le public à la campagne de justice réparatrice de la Jamaïque.

Grange a indiqué que le dépôt avait été délibérément effectué à l’approche de l’anniversaire du 245e massacre de Zong. Un grand événement commémoratif s’est tenu dimanche à l’église baptiste New Park Road à Londres.

Le massacre de 1781 consistait à tuer plus de 130 Africains asservis qui ont été jetés par-dessus bord du navire négrier Zong lors de son voyage vers la Jamaïque.

Grange a déclaré que ce choix de timing visait à souligner les atrocités historiques au cœur de la poussée jamaïcaine pour la justice réparatrice et leur impact durable sur les descendants d’Africains réduits en esclavage.

Elle a également clarifié que, contrairement à certaines informations et commentaires en ligne, la pétition jamaïcaine ne prévoit pas de demande financière.

Cependant, elle a affirmé qu’il doit exister une réparation appropriée pour les effets de l’esclavage de type chattel.

« Il ne suffit pas de regretter les souffrances infligées par l’esclavage à nos ancêtres et de dire envisageons un avenir nouveau », a déclaré Grange.

« On nous a appris que lorsque l’on fait quelque chose de mal, il faut en assum er la responsabilité, présenter des excuses et tenter de remettre les choses en ordre. C’est là vraiment l’essence de la justice réparatrice. »

La pétition représente une étape significative dans la longue campagne de la Jamaïque en faveur de réparations de la part de la Grande‑Bretagne pour l’esclavage et le colonialisme, le gouvernement cherchant une clarification juridique sur l’éventualité que le Royaume‑Uni puisse en fin de compte être tenu de fournir une réparation.

Grange a appelé les Jamaïcains, aussi bien chez eux qu’à travers la diaspora, à soutenir cet effort.

« Si nous prenons ceci ensemble, rien ne pourra nous arrêter », a-t-elle conclu.

Luis Méndez

Luis Méndez

Je m’appelle Luis Méndez, journaliste originaire de Saint-Domingue et passionné par les récits de nos territoires. Depuis plus de dix ans, je parcours les Caraïbes pour raconter les histoires qui nous rassemblent, entre mémoire, culture et actualité. À Radio Télévision Caraïbes, je m’engage chaque jour à donner la parole à celles et ceux qui font battre le cœur de nos îles.